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A savoir sur les Agrocarburants
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Article publié le 13/12/2007 à 12:23 par Fredagence
 
225 ONGs européennes ont co-signée (novembre 2007) cette lettre ouverte envoyée au Conseil de l’Union Européenne, à la Commission Européenne, au Parlement Européen et aux citoyens européèns.

Le texte : Nous sommes extrêmement préoccupés par les projets de la Commission Européenne visant à incorporer un taux obligatoire de 10% d’agrocarburant dans le domaine des transports d’ici à 2020.

Mettre en oeuvre ces mesures conduirait l’Union Européenne à compromettre ses engagements internationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre, de protection de la biodiversité et des droits de l’Homme. En effet, comme nous pourrons le voir, le plan agrocarburant de l’Union Européenne aura pour conséquence de favoriser des cultures dont le bilan en gaz à effet de serre est discutable, de contribuer à la déforestation, à l’appauvrissement de la biodiversité, et à aggraver les conflits locaux pour l’utilisation des terres dans les pays du Sud.

Promouvoir l’utilisation d’agrocarburants sans véritables engagements pour réduire la consommation énergétique globale est contre-productif

Nous pensons que toutes les politiques énergétiques doivent d’abord et surtout s’attacher à diminuer le niveau général d’énergie consommée. Cependant, au lieu de poser le problème de la surconsommation énergétique en Europe, la Commission propose un objectif d’incorporation des agrocarburants dans le secteur des transports en pourcentage d’une consommation déjà croissante et non limitée en carburants. Cette approche doit être rejetée, car contre-productive. Le fait que le « Plan Énergie » de la Commission Européenne s’attache uniquement à intégrer les agrocarburants dans le secteur des transports et ne propose aucune autre alternative énergétique prouve que cette approche politique est insuffisante pour répondre à la problématique des émissions de gaz à effet de serre.

Des impacts négatifs pour les pays du Sud

L’Union Européenne suggère que la majorité des cultures pour la production d’agrocarburants devraient être réalisées dans les pays du Sud puis exportées vers l’Europe. Bien que présentées comme une opportunité pour l’économie de ces pays, il est évident que ces monocultures de palmier à huile, de soja, de canne à sucre ou encore de maïs conduisent à aggraver les atteintes à la biodiversité, à limiter les moyens de subsistance des populations rurales et autochtones- ce qui pose notamment l’enjeu de la sécurité alimentaire pour ces populations. Les impacts seraient très importants sur la qualité de l’eau, du sol, et au niveau du climat. Plusieurs ONGs des pays du Sud ont d’ores et déjà exprimé leurs inquiétudes et appellent donc au rejet de la proposition européenne en matière d’agrocarburant.

Agrocarburants : quel impact sur le climat ?

Il ne serait pas souhaitable que l’Union Européenne base son programme énergétique sur l’utilisation généralisée des agrocarburants. En effet, la production d’agrocarburants est consommatrice de ressources rares comme l’eau potable, les terres fertiles et dans la plupart des cultures réalisées aujourd’hui, les économies en gaz à effet de serre sont marginales par rapport à l’utilisation d’énergies fossiles. Une meilleure prise en compte des émissions dégagées tout au long du processus de production des agrocarburants est essentielle avant de garantir que l’utilisation de ceux-ci diminuera réellement les émissions de gaz à effet de serre. Les émissions de CO2 liées à la déforestation ne correspondent pas uniquement au relagage du carbone stocké dans la biomasse aérienne mais proviennent également du carbone issu du sol : en Indonésie sur les sols tourbeux, les émissions sont deux à huit fois supérieures à celles de la biomasse aérienne. Ces niveaux élevés d’émissions compromettent également les engagements de l’Europe à maintenir une augmentation globale de la température en deçà du seuil de 2°C. De plus, des chercheurs ont déjà montré que le bilan carbone de certaines cultures d’agrocarburants serait en réalité négatif si l’on prend en compte le processus complet de production. D’autres études sont donc nécessaires avant d’adopter des directives concernant l’utilisation d’agrocarburants

Les agrocarburants vont augmenter les pressions sur la production de denrées alimentaires, posant ainsi des problèmes de sécurité alimentaire

L’augmentation des prix pour les cultures d’agrocarburants qui sont également des produits alimentaires de base va non seulement aggraver la déforestation, mais aussi mettre en danger la sécurité alimentaire de certaines populations. Avec les objectifs actuels de l’Union Européenne qui encouragent une production dans les pays du Sud, l’Europe pourrait être responsable de la réduction des terres destinées à la production alimentaire, fragilisant ainsi les progrès réalisés en matière de sécurité alimentaire. Tout comme en Europe, les objectifs américains en matière d’agrocarburants ont été critiqués en raison d’une proportion excessive d’utilisation des cultures de maïs. Les pressions combinées des économies américaine et européenne sur des cultures destinées essentiellement à l’alimentation menacent sérieusement de faire augmenter les prix de la nourriture dans les pays pauvres. Aux États-Unis, la demande en maïs pour la filière agrocarburants a déjà creusé l’actuel déficit mondial en céréales, augmentant ainsi significativement le prix du maïs. En 2006, la FAO rendait compte d’un niveau historiquement bas du stock de céréales dans le monde et de niveaux record de la demande en culture à huile liée au boom des agrocarburants.

Une aggravation des violations des droits de l’homme due à l’extension de ces monocultures

D’importantes violations des droits humains ont été signalées au Brésil, en Argentine, au Paraguay, en Colombie et en Asie du Sud-est dans les plantations de canne à sucre, de palmier à huile et de soja. Il s’agit d’esclavage, de conditions de travail précaires et de salaires très faibles, de violents conflits fonciers, de maladies et même de décès dus à l’utilisation de pesticides et aux impacts de la déforestation.

Des objectifs qui vont alimenter la course aux OGM


Le secteur des biotechnologies promeut le développement des agrocarburants afin de conquérir de nouveaux marchés. Les variétés génétiquement modifiées de plusieurs cultures désormais utilisées pour les agrocarburants (comme le maïs, le soja, le colza) ont rencontré de fortes oppositions quant à leur utilisation pour l’alimentaire, particulièrement en Europe. Cette industrie espère ainsi que par leur promotion en tant qu’agrocarburants ces cultures soient également admises pour l’alimentaire. Pourtant, le problème relatif aux OGM est bien réel et ne devrait pas être remis en cause. L’introduction de cultures d’OGM dans les pays du Sud a eu un impact considérable sur les techniques agricoles, les droits humains et l’environnement. Un des objectifs de l’Union Européenne serait alors indirectement d’encourager le développement des industries OGM. Cette industrie prévoit également l’utilisation d’OGM pour modifier la composition en lignine et en cellulose des plantes afin d’augmenter le rendement des agrocarburants. Ceci aura des conséquences que l’on ne peut pas prévoir à l’heure actuelle.

Des encouragements et subventions aux effets pervers


Si l’Union Européenne introduit des subventions en faveur de l’utilisation d’agrocarburants, ceci va d’autant plus intensifier toutes les pressions sur l’environnement évoquées précédemment. Ceci va également altérer les marchés et creuser le niveau de production alimentaire. Ces aides ne devraient pas être appliquées alors qu’il subsiste des interrogations concernant le potentiel réel des agrocarburants et ses effets sur le climat. Enfin, les encouragements en faveur de l’utilisation des agrocarburants sont en contradiction avec les stratégies d’éradication de la pauvreté fixées par les Objectifs du Millénaire pour le Développement. Par ailleurs, ces incitations à l’utilisation de d’agrocarburants ne respectent pas les objectifs pris pour 2010 lors du Sommet de la Terre de Johannesburg dans la mesure où ils ont des impacts négatifs sur la conservation de la biodiversité.

Pas de certification crédible à ce jour

Une certification de durabilité est souvent proposée comme un moyen de répondre à beaucoup de problèmes cités précédemment. Cependant, le Plan Energie de la Commission Européenne n’affirme pas clairement si un projet de certification pour les agrocarburants va être mis en place, et si celui-ci aura un caractère volontaire ou obligatoire. De précédentes initiatives, ont montré que les certifications qui se sont imposées d’elles-mêmes n’ont pas été aptes à rendre compte des enjeux environnementaux et sociaux, particulièrement dans des pays connus pour leurs lacunes en matière de droits de l’Homme, de gouvernance environnementale et de réglementation du travail. La « Table ronde sur la production soutenable du soja » - un procédé de certification volontaire mené par différentes ONG environnementales et des entreprises- a été fortement critiquée par d’autres ONG et par des associations de petits agriculteurs latino-américains (ceux-ci estimant qu’elle affichait des intérêts incompatibles avec les leurs). La « Table ronde sur le palmier à huile durable » (RSPO) doit encore parvenir à un accord sur les procédures de vérification du respect des standards introduits. De plus, quelques groupes industriels membres de la RSPO continuent à détruire de larges zones de forets tropicales et convoitent ouvertement des subventions tout en transgressant les principes fondamentaux du RSPO. Les mêmes problèmes se posent pour Wilmar International sur l’île Bugala en Ouganda, ou PT SMART pour l’expansion de l’huile de palme en Indonésie. A l’heure actuelle, il n’existe aucun processus de certification crédible au niveau des pays producteurs qui imposerait des standards exigeants et obligatoires, ainsi que la participation des populations locales concernées. Définir des objectifs d’utilisation des agrocarburants avant d’en avoir étudié les enjeux ne devrait pas être admis.

Nous appelons donc les États Membres à rejeter les objectifs européens sur les agrocarburants pour les transports et à interrompre toute autre initiative en faveur de leur production qui pourrait avoir pour des impacts négatifs sur l’environnement, la biodiversité, ou les droits humains.

L’objectif à atteindre serait au contraire de parvenir à une réduction conséquente de notre utilisation en énergie et de soutenir de réelles énergies renouvelables et durables.



Traduction du texte : Sophie Esmiol et Stéphanie Hirtz
Source : les amis de la Terre

Pour en savoir plus : www.biofuelwatch.org.uk

 
 
Cet article pratique des amalgames grossiers ; il y a des bons arguments qui incitent à être prudents en matière de développement des agrocarburants ; les sénateurs Saunier et Lafitte l'ont évoqué dans leur rapport ; le colloque "Energies et effet de serre" qui s'est déroulé au Sénat le 10 octobre à l'initiative de l'association Sauvons le Climat (dont notre association, l'AFIS, était co-organisatrice) a évoqué aussi cette question.

Par contre c'est absolument n'importe quoi que de lire que : "Les variétés génétiquement modifiées de plusieurs cultures désormais utilisées pour les agrocarburants (comme le maïs, le soja, le colza) ont rencontré de fortes oppositions quant à leur utilisation pour l?alimentaire, particulièrement en Europe. (...)le problème relatif aux OGM est bien réel et ne devrait pas être remis en cause. L?introduction de cultures d?OGM dans les pays du Sud a eu un impact considérable sur les techniques agricoles, les droits humains et l?environnement."

La seule chose qui est vraie dans ce paragraphe c'est celle faisant état des réticences rencontrées en Europe à propos des plantes génétiquement modifiées. Oser déduire de ces difficultés que "les problèmes sont bien réels" (en ne distinguant même pas entre les plantes : le maïs n'est pas le colza par exemple) est absolument mensonger. Ce paragraphe tient de la manipulation pure et simple. Il n'y a aucun problème réel, scientifiquement fondé, avec la culture du maîs génétiquement modifié actuellement autorisé en Europe, au contraire ! Si problème il y a il est intégralement politique car les biotechnologies ont été prises en otage de débats de société qui ne les concernent pas.

Alors de grace, parlons des biocarburants de façon rationnelle et laissons les prêcheurs de l'apocalypse en dehors de ces questions. Je poste de façon séparée un article présentant les données factuelles sur la culture du maïs transgénique (la seule aujourd'hui autorisée en France et en Europe)
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Je suis en assez d'accord avec l'article, sauf sur la phrase :
"ont rencontré de fortes oppositions quant à leur utilisation pour l'alimentaire".
Il m'aurait semblé plus judicieux de dire :
"ont rencontré, par endroits, des oppositions, parfois avec usage de la force"

En effet, comment mesurer une opposition alors qu'aucun grand débat public n'est ouvert?

D'un côté on a le silence du à l'absence d'un tel débat (et le secret de ceux qui en profitent) et de l'autre le bruit de ceux qui s'auto-proclament les détenteurs de la vérité et se permettent l'emploi de la violence au nom de leur vérité.

Dans ces conditions le citoyen lambda a beaucoup de mal à se faire une opinion :
- s'il avance un argument à connotation scientifique il se fait souvent rembarrer par des scientifiques souvent condescendants, voire arrogants
- et s'il avance un argument politique il subit soit les foudres de ceux qui confondent passion et raison, soit, au mieux, le mépris des politiques.

Cette difficulté existe aussi dans le non débat sur l'usage du nucléaire civil en cette période d'affolement climatique.

En définitive, ce que je commence à comprendre c'est que:
si l'on n'est pas un scientifique d'un bon niveau,
ou si l'on n'est pas un politique d'un rang suffisant
ou si on n'est pas un écologiste adhérant à un parti vert
alors le droit à l'opinion devient un combat quasiment perdu d'avance.

Pour ma part je ne dirai pas que l'article visé pratique "l'amalgame grossier" mais plutôt "la confusion", en laissant à son auteur, sans doute emporté par sa passion, le bénéfice de la bonne foi.
Le débat ouvert aux citoyens aura d'autant plus de chance d'avoir lieu si les différents protagonistes ne se constituent pas préalablement en place fortes, en ce domaine nous ne sommes pas dans un conflit social où chaque partie doit, préalablement à la discussion, conforter les rapports de force à son avantage.
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