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Sables bitumineux: des bactéries pour le rendre utilisable ?
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Article publié le 09/01/2008 à 11:23 par Caderange
 
J'ai eu l'occasion dans des messages des 30 mai et 5 juin 2007 de vous signaler les énormes difficultés rencontrées au Canada par tous les pétroliers pour y exploiter les fameux sables bitumineux.

Car si les réserves de ces sables très lourds sont considérables, la manière de les exploiter est loin d'être simple. C'est pour cette raison d'ailleurs qu'il a fallu attendre que le baril de brut conventionnel atteigne les 50 dollars pour que l'exploitation de cet "Or Lourd" commence réellement.

Imaginez de gigantesques mines à ciel ouvert qui éventrent le sol de la région de l'Athabasca dans laquelle ces sables se trouvent. Il faut d'énormes grues et des norias d'énormes camions pour extraire le "minerai" qu'il aura fallu fluidifier d'abord à grand renfort de vapeur tellement les dits sables sont proches d'un bitume extralourd. Même fluidifié, le "brut" ne peut pas être traité tel quel dans des raffineries conventionnelles. On le vend  donc nettement moins cher qu'un brut léger type Mer du Nord ou Arab Light avec lequel il va falloir le mélanger. Au point que les pétroliers ont prévu de monter des raffineries simplifiées en Athabasca pour transformer cet Or Lourd en un brut synthétique qui, lui, pourra être vendu au prix normal d'un brut léger et traité dans toutes les raffineries du monde.

Tout ceci ne permet d'extraire des mines de l'Athabasca que 17pct environ du pétrole présent contre une trentaine de pour cent pour un brut leger classique extrait d'un gisement souterrain traditionnel. De plus,la quantité d'énergie nécessaire au traitement de fludification à la vapeur et celle utilisée pour le pomper, et l'extraire ensuite de la mine est énorme. C'est même la raison qui a fait que le Canada ne pourra satisfaire les engagements de diminution de ses émissions de CO2 qu'il avait pris en signant Kyoto.

Toute méthode plus économique en énergie et de meilleur rendement serait donc la bienvenue. L'une des voies envisagée est l'utilisation de bactéries sur laquelle de nombreuses équipes travaillent dans le monde. Rien d'extraordinaire sur le principe car les bactéries vivant sous terre dans des conditions sans oxygène (anaérobies) existent déjà et travaillent discrètement sous nos pieds à transformer le brut en... méthane, un hydrocarbure gazeux bien connu que l'on peut utiliser pour se chauffer ou produire toute sorte de produits chimiques. Seul inconvénient, ces bactéries travaillent très lentement puisqu'il leur faut 10 millions d'années en moyenne pour gazéifier le brut.

Des chercheurs viennent de faire un pas en avant en réussissant à reproduire en laboratoire le processus de transformation du brut en méthane. La recette pour y arriver rapidement ? L'alimentation de ces petites bactéries courageuses à grand renfort de sels minéraux, d'azote, de potassium et de phosphore. Un nouveau marché pour les engrais dont la formule s'en rapproche terriblement. Suralimentées de cette manière, il parait que les dites bactéries seraient capables de transformer le brut en méthane dans un délai réduit à seulement...une dizaine d'année quand même !

L'étape suivante consiste à passer à l'expérimentation in situ, dans les gisements eux mêmes en Athabasca. En principe ce type d'expérimentation devrait démarrer dès 2009. Le bénéfice sur le cout de traitement en serait sans doute très important mais l'avantage le plus marquant serait d'augmenter considérablement le montant des réserves récupérables. Estimées actuellement, avec les techniques existantes, aux 2/3 des réserves récupérables de l'Arabie Séoudite, elle passeraient subitement, du fait de l'efficacité du travail des bactéries, à 2000 Milliards de barils, contre 264 pour celles de l'Arabie Séoudite!

A suivre avec intérêt donc.

 

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