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Comment nourrir la planète en 2050 ?
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Article publié le 16/06/2008 à 11:56 par René Tregouët
 
Au cours de la conférence internationale de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), qui s’est tenue du 3 au 5 juin à Rome, les principaux dirigeants de la planète ont pris l’ampleur du nouveau défi mondial que représente la sécurité alimentaire qui doit simultanément faire face à une forte augmentation de la demande et des prix, aux effets du réchauffement climatique et la concurrence croissante des productions d’agrocarburants.

A l’issue de ce sommet, les pays se sont engagés à lutter "par tous les moyens" contre la crise alimentaire, qui touche de plein fouet les pays les plus pauvres et provoque des émeutes en Afrique et en Asie. Les états s’engagent également à réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées pour 2015 au plus tard.

Environ 850 millions de personnes souffrent de malnutrition dans le monde et la crise actuelle, marquée notamment par une augmentation de 50 % du cours des céréales en 6 mois, met en danger 100 millions de personnes supplémentaires. La Banque mondiale a averti que l’inflation alimentaire n’est pas un phénomène temporaire et que les cours devraient rester supérieurs à ceux de 2004 jusqu’en 2015.

Selon les prévisions, il sera nécessaire de doubler la production agricole d’ici à 2050, au regard de la croissance démographique et de l’évolution des habitudes alimentaires. Avec l’élévation du niveau de vie, la consommation de viande augmente, et donc les besoins en céréales pour nourrir le bétail également. Les habitants des pays en voie de développement, qui, récemment encore, se contentaient de peu, veulent maintenant de la viande et des produits laitiers. Conséquence : afin de nourrir le bétail, la demande de céréales augmente de manière considérable. Pour produire un kilo de viande, il faut 7 kilos de céréales. En 20 ans, a constaté la FAO, la consommation annuelle de viande par habitant en Chine est passée de 20 kilos à 50.

Selon l’ONU, la production alimentaire doit augmenter de 50 % d’ici 2030 pour faire face à la demande, ce qui exige un effort financier de 15 à 20 milliards de dollars par an. Les émeutes contre la "vie chère" ont fait prendre conscience qu’il fallait produire plus et vite. Selon les projections 2007 du Food and Agricultural Policy Research Institute (Fapri), un centre de recherche américain, le monde aura besoin de 200 millions de tonnes de céréales supplémentaires dès 2015 - il en a produit 2,1 milliards en 2007.

Pour produire plus, deux leviers existent : l’augmentation des surfaces et celle des rendements. Selon la FAO, il y a 1,5 milliard de terres cultivées à l’échelle mondiale, et 4 milliards de cultivables. Avec plus ou moins de potentiel néanmoins, car celles cultivées aujourd’hui sont les meilleures et les plus accessibles.

"Il est certes possible d’augmenter le nombre de terres cultivées, mais cela se fera au détriment des forêts ou des pâtures, des surfaces importantes pour le stockage du carbone et la biodiversité", explique Bruno Dorin, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).

Tout cela est donc question d’arbitrages. "Les pâtures servant à l’alimentation animale, ne vaut-il pas mieux laisser brouter le bétail que de cultiver des céréales pour le nourrir ?", interroge l’économiste. Deux autres points font également question : le développement des agrocarburants et la culture des OGM.

Le niveau élevé des prix agricoles devrait constituer l’une des principales incitations à produire davantage, estime l’institut technique Arvalis dans sa revue Perspectives agricoles. Selon la Commission, l’UE pourrait, dans les dix ans, augmenter sa production de céréales de 50 millions de tonnes (256 millions en 2007). Elle envisage d’en gagner 38 millions par une hausse de 1 % des rendements par an, le reste provenant d’hectares supplémentaires. La jachère pourrait être supprimée.

Selon l’indice FAO des prix alimentaires, la moyenne des quatre premiers mois de l’année est supérieure à 53 % à la même période de 2007. Cette crise touche les plus pauvres, qui consacrent la plus grande partie de leur budget à l’alimentation. Ce n’est donc plus seulement la sécurité alimentaire de la planète qui est en jeu, mais la paix mondiale.

Il est vrai que depuis presque un demi siècle, les pays développés ont favorisé dans le Tiers Monde les cultures de rente et d’exportation, comme le coton, au détriment d’une agriculture destinée à nourrir les populations locales.

Le Président Sarkozy a eu le courage et la lucidité de dénoncer, à Rome, cette « erreur stratégique historique ». Son idée de création d’un groupe d’experts sur la sécurité alimentaire, comme il en existe un sur le climat (le GIEC), est utile et la création d’un tel organisme est urgente.

S’agissant des mesures à prendre pour s’attaquer réellement à ce fléau, elles sont à la fois d’ordre conjoncturelles et structurelles. La première urgence est de renflouer le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM), dont le déficit de financement atteint 500 millions de dollars, comme le souligne la Banque mondiale qui s’engage par ailleurs à doubler le volume de son prêt en Afrique subsaharienne pour accroître la productivité. Robert Zoellick, de la Banque Mondiale, lance aussi l’idée que les fonds souverains pourraient consacrer 30 milliards de dollars, soit 1 % de leur actif de 3.000 milliards de dollars, aux investissements en Afrique.

Face à une demande alimentaire mondiale qui explose, il faut également réhabiliter et favoriser par tous les moyens les cultures vivrières qui ont petit à petit cédé le terrain à une agriculture non nourricière. Cette tendance s’est étendue jusqu’en Afrique subsaharienne qui se trouve aujourd’hui contrainte d’importer des produits de base à des prix exorbitants.

Face à cette évolution, il faut également traiter la question clé des subventions agricoles dans les échanges mondiaux. L’OMC soutient par exemple que si la libéralisation joue contre les pays importateurs de denrées parce qu’elle entraîne une hausse des prix, elle représente une chance pour les pays en voie de développement et leurs fermiers.

Actuellement, pour un dollar de denrées qu’il produit, un agriculteur d’un des 30 pays membres de l’OCDE reçoit en moyenne près de 30 cents de subvention. Il peut ainsi vendre moins cher ses aliments tout en réalisant un profit. Privé de subventions, le producteur du tiers monde ne peut concurrencer ces prix artificiellement bas, et se voit exclu du marché.

Mais la question des subventions agricoles est complexe car si la diminution de ces subventions peut améliorer le sort de certains pays, elle risque également d’aggraver la situation d’autres états, comme l’Égypte ou l’Indonésie qui sont des importateurs nets de denrées alimentaires et dont la facture agricole est actuellement allégée par les subventions des produits qu’ils importent.

Mais l’éradication de la faim dans le monde passera également par des modifications profondes de nos modes de vie et de nos habitudes, même si cela représente un vrai défi social, culturel et politique. Il faut un demi hectare (5000 m2) de terre cultivable pour produire 70 kg de boeuf ou 10000 kg de pommes de terre.

Entre 30000 et 60000 litres d’eau sont nécessaires pour produire 1 kg de viande de boeuf contre seulement 800 litres pour 1 kg de blé. La production de viande utilise ainsi 60 % des réserves d’eau mondiale. Le bétail des pays riches mange autant de céréales que les indiens et les chinois réunis (2,5 milliards d’êtres humains. Près de 50 % de toutes les récoltes alimentaires dans le monde servent à nourrir le bétail et 64 % des terres cultivables servent à la production de viande (pâturages et fourrage). En terme d’impact économique et écologique, nous devons donc nous interroger sur nos modes de vie et nos choix alimentaires qui ne seront sans doute plus supportables pour la planète dans un monde de 9 milliards d’habitants.

Nous devons aussi sérieusement réévaluer l’intérêt d’accroître la production mondiale des agrocarburants. Pour produire 10 % de leur consommation en 2020, les Etats-Unis devraient mobiliser 43 % de leur surface agricole et l’Europe 38 %, selon l’AIE ! Alors que les terres en jachère ne représentent que 7 % de la surface agricole de l’Union.

En 2008, on estime que 15 millions d’hectares étaient utilisés au niveau mondial pour la production d’agrocarburants, soit 1 % du total des terres arables. Selon les prévisions de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), si les pays adoptent les politiques en cours d’examen sur la sécurité énergétique et les émissions de CO2, alors 52,8 millions d’hectares seront nécessaires à la culture d’agrocarburants, soit cette fois 3,8 % du total des terres arables. Compte tenu de la raréfaction des terres agricoles et l’augmentation de la demande agricole mondiale, une perspective est-elle vraiment souhaitable ?

On voit donc que cette question essentielle de la sécurité alimentaire et de l’éradication de la faim dans le monde doit être abordée non seulement sous l’angle économique et politique mais également dans ses dimensions sociales et culturelles et chacun d’entre nous, par ses choix de vie personnels et ses attitudes de consommation "équitables", peut contribuer à résoudre ce redoutable problème.

 
 
Au lieu de vouloir nourrir les humains surnuméraires qui vont à leur tour procréer sans avoir les moyens de nourrir leur progéniture, il faudrait se préoccuper de l'éducation des populations pauvres pour leur apprendre à maitriser leur sexualité. On se heurte là à un tabou. Nourrir des populations incapables de subvenir à leur existence revient à remettre de l'huile dans un moteur dont les joints sont fuyants.
La faim dans le monde et la guerre (on le voit particulièrement bien en Afrique) sont certainement les mécanismes naturels les plus implacables pour réduire les excès de la prolifération humaine.
La décroissance doit concerner aussi l'espèce humaine et pas seulement l'économie...
Nous y parvenons dans les pays développés, aidons les pays pauvres à en faire autant et surtout favorisons chez eux les initiatives qui leurs permettront de ne pas aller dans un modèle de croissance à l'occidentale dont on voit maintenant les ravages à l'échelle planétaire.
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Ton analyse, Xpair, est à mon sens fausse et ses conclusions sont choquantes. Il est loin d'être évident que le seul facteur rendant une population pauvre est sa démographie galopante. Il y a aussi des explications historiques (colonialisme, guerres...) et d'autres plus actuelles comme l'inéquité des échanges commerciaux, des régimes politiques autocratiques etc... D'autre part, si au court de notre histoire récente, notre taux de natalité (dans les pays occidentaux) a baissé c'est en partie parce que nous sommes devenus plus riches. L'éducation joue bien-sûr, mais l'accroissement des richesses rend moins impérative la nécessité de former des familles nombreuses, solidaires. Dans les pays du tiers monde, comme cela a été le cas chez nous il y a encore quelques decennies, avoir de nombreux enfants est une vraie richesse, au sens économique du terme. Certes il faut aider ses populations pauvres à avoir accès à l'éducation, mais mettre en place des accords commerciaux plus équitables, en clair leur donner la possibilité de se développer comme nous l'avons fait est grandement souhaitable. La décroissance est un concept intéressant, surtout si on l'applique pour nous qui avons tant, mais il est fallacieux de mélanger cette idée avec un darwinisme social implacable qui te permet de culpabiliser ses populations et d'oublier que la priorité reste de sauver des vies humaines en les aidant.
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Je trouve pour ma part choquant que la nécessité de produire des enfant dans les pays pauvres soit dicté par la valeur économique de ces enfants.

Qu'en est-il de la valeur humaine de ces êtres mis aux monde par des parents qui seront incapables de les nourrir?

Si la richesse consiste à exploiter la capacité des enfants à entretenir leurs parents au lieu que les parents se soucient de leur donner les moyens d'être libérés de la faim pour assurer leur avenir, je ne peux pas considérer que nous devons continuer à cette abomination en continuant à prôner la croissance.
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René TREGOUET est Sénateur Honoraire, Président de "ALTIVIS" s.a.s.
Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat et Rédacteur en Chef des Lettres @RT Flash et @ALTI news

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