• Informer - découvrir - comprendre
  • Espace Abonné
login
pass
Découvrez la lettre quotidienne d'information !
Inscription    Exemple ?  
Aides au solaire : ne pas faire n'importe quoi !
2600 visites
Article publié le 15/09/2008 à 11:35 par Hervé Nifenecker
 
Les recommandations du "Grenelle" sont d'implanter 5,4 GW de toits solaires à horizon 2020. Les aides publiques actuelles à la filière sont déraisonnables et représentent un formidable gâchis payé par les citoyens français. Et pourtant le photovoltaïque est une technique d'un très grand avenir. Etat des lieux et propositions.

Si les recommandations du Grenelle sont suivies, 5,4 GW de toits solaires seront installés en France en 2020.

Aides au solaire : un état des lieux

La principale incitation utilisée est l’obligation faite à EDF Distribution d’acheter le courant produit au tarif extrêmement rémunérateur de 0,55 €/kWh[(1), alors qu’EDF peut, normalement, s’approvisionner à environ 0,03 €/kWh grâce à ses barrages et à ses centrales nucléaires, et à moins de 0,07 €/kWh en moyenne sur le marché spot. Le surcoût pour EDF Distribution est donc de l’ordre de 0,50 €/kWh payés finalement par l’abonné ou l’actionnaire (c’est à dire, essentiellement le contribuable).

De plus un crédit d’impôt de 50% du coût du matériel a été instauré.

De confortables subventions sont aussi allouées par les collectivités, pouvant atteindre 50% du coût résiduel.

A titre d’exemple actuel, considérons une installation de 1 kWc (kilo Watt crête) vendue 12000 € dont 8000 de matériel. Un crédit d’impôt de 4000 € est alors obtenu. En moyenne les collectivités accordent des subventions de l’ordre de 1000 €. Le débours est donc de 7000 €. La production de l’installation est, typiquement, de 1200 kWh/an, soit un revenu de 660 €/an. L’investissement est donc remboursé (hors intérêts) en un peu plus de 10 ans. Le rendement de l’investissement initial est de l’ordre de 9,5%. Au bout de 20 ans l’investissement initial aura produit 13200 Euros soit près de deux fois la mise de fonds initiale. On comprend l’engouement dont bénéficient les équipements photovoltaïques…

La politique actuelle représente un formidable gâchis


Il est probable et à espérer que le coût d’investissement diminuera significativement dans l’avenir, ainsi donc que les subventions et crédit d’impôt. Pour cette raison nous limitons notre analyse aux conséquences de l’obligation d’achat gérée par des contrats de 20 ans.

Combien en coûtera-t-il aux consommateurs d’électricité lorsque les 5,4 GWc seront opérationnels ? A partir de la production de 1200 kWh/an/kWc on voit que les 5,4 GWc produiront environ 6,5 milliards de kWh(TWh). Chaque année les consommateurs devront donc débourser 3,3 milliards d’Euros, soit approximativement le prix d’un EPR. Comme les contrats durent 20 ans la somme totale payée par les consommateurs atteindra 65 milliards d’Euros(2). Avec une telle somme on pourrait installer 20 EPR produisant 240 TWh chaque année (37 fois plus que les 5,4 GW de Photovoltaïque). La vente du courant produit par ces EPR rembourserait d’ailleurs les sommes investies pour leur construction. On pourrait ainsi procéder à la conversion à l’électrique des chauffages utilisant le fioul et le gaz et développer l’usage des voitures électriques.

La politique actuelle représente un formidable gâchis au profit d’importateurs, opportunistes et riches investisseurs. Il est encore temps de réfléchir et de construire un vrai plan bâtissant nos filières nationales. Espérons que nos élus le feront avant le vote de la loi Grenelle.

La pratique actuelle de l’obligation d’achat cumulée, spécificité française, avec des subventions et crédit d’impôt conduit à un développement accéléré des importations, mais aussi d’installateurs qui seront en perdition quand on modérera (comme l’Allemagne) ou arrêtera (comme le Japon ou les Pays Bas) ces aides et obligation d’achat.

Photovoltaïque : une technique d’un très grand avenir...

Reste que le photovoltaïque est une technique d’un très grand avenir, connaissant un boom extraordinaire et qu’il est tout à fait possible de faire en sorte que notre pays redevienne le pionnier qu’il fut un temps. Il faut, tout d’abord, investir massivement dans la Recherche et Développement, dans la technologie des cellules certes, mais aussi dans le stockage et dans les applications basse tension et courant continu. Cet investissement dans la R et D pourrait être financé, au moins en partie, par la CSPE, à meilleur escient que l'obligation d'achat. Ensuite, développer les applications autonomes en aidant, en particulier, éventuellement par l’intermédiaire des mécanismes de développement propre, les pays qui ne disposent pas de réseaux de distribution d’électricité généralisés, à équiper des millions de villages de petites centrales photovoltaïques.

Dans notre pays il devrait être possible de coupler la production d’électricité solaire à la climatisation puisque le soleil brille surtout en été et aux heures les plus chaudes. Une autre application prometteuse concerne la recharge des batteries de voitures électriques dont on voit bien qu’elles se développeront rapidement.
Dans les bâtiments neufs ou dans les rénovations majeures on peut envisager d’encourager les toits intégrant les fonctions de production d’eau chaude et d’électricité solaire. On faudra normaliser pour simplifier et faire baisser les coûts.

... si on ne fait pas n'importe quoi en matière d'aides publiques

La vente au réseau ne devrait se faire que selon les règles du marché.

Il est aussi capital de définir une politique conduisant à une baisse des prix, ce que ne réussissent pas à faire les techniques de subventions, celles ci conduisant généralement à une hausse correspondante des prix. Il faudrait sans doute revenir à des mécanismes d’appel d’offre lancée, par exemple, par les bailleurs sociaux, pour aboutir à des produits normalisés de qualité et bon marché.


(1)Nous donnons ici un calcul d’ordre de grandeur. Il est prévu que le tarif d’achat augmente chaque année. Ainsi il vaut actuellement, en septembre 2008, fixé à 57,187 €/MWh. Ce tarif est valable pour les installations intégrées au bâti (c’est évidemment toujours le cas pour les constructions neuves). Pour les installations posées il est de 31,193 €/MWh. Toutefois il est probable que, compte tenu de l’importante différence de rentabilité la proportion des installations posées diminuera rapidement. Il est également question de créer un tarif unifié aligné sur le tarif intégré. Dans notre calcul le fait que nous ayons retenu le prix d’achat pour les installations intégrées est largement compensé par le fait que nous ne tenons compte ni des crédits d’impôt ni des subventions. Dans un calcul plus complet Patrick Jourde (voir sur notre site: http://sauvonsleclimat.org/new/spip/spip.php?article208) arrive à un surcoût de 62,80 G€, à comparer à notre estimation de 65,00 G€.

(2)On peut, évidemment, utiliser la somme de 65 G€ de diverses manières. Ainsi l’un de nous, Patrick Jourde, un des pionniers du Photovoltaïque propose de maintenir l’équipement de 5,4 GWc de Photovoltaïque, mais avec seulement 12 G€ produisant 6 ,5 TWh, de 25 GW d’éolien produisant 23,5 TWh pour 20 G€, ce qui permettrait à la fois de respecter les objectifs proposés par le Grenelle de l’Environnement et de construire 10 EPR (120 TWh) pour 33 G€.

 
 
A l'auteur,
Et si vous aussi...
vous faisiez partie des petits producteurs d'électricité d'origine radiative.
Et si vous aussi vous aviez perçu subventions et credit d'impôt...
Auriez-vous alors moins qu'aujourd'hui le sentiment d'être du mauvais côté du manche ?
Il est évident que le tarif d'achat particulièrement favorable aujourd'hui est une mesure incitative afin de doper l'essor de ce marché émergent en france (émergent depuis plus de 25 ans). Ce n'est ni plus ni moins qu'une subvention de plus. D'ailleurs, il est interressant de se pencher sur la proportion des 0.57 euros financée par l'acheteur, EDF, enercoop ou autre, et d'autre part, la proportion à charge de la caisse de compensation.
Ceci étant, l'amende européenne assénée aux états mauvais élèves en matière de production d'énergie d'origine renouvelable est, elle aussi, prélevée sur les deniers du contribuable. Et particulièrement coûteuse selon les dernières évaluations.

petite précision technique: le gisement solaire moyen français est légèrement inférieur à 1200kWh (AC)/kWc (DC) /an. Surtout si l'on se penche sur les rendements effectifs et non pas les rendements théoriques. Un rendement effectif comprend des pertes liées au système (module+onduleur+câblage) qui, selon les installateurs aura un pourçentage de perte pouvant aller de 15 à 25%, voire plus lorsque certains générateurs sont posés à l'ombre ou au Nord...
Trouvez vous ce commentaire pertinent ?   2     1
 
"il devrait être possible de coupler la production d?électricité solaire à la climatisation puisque le soleil brille surtout en été et aux heures les plus chaudes"
Ca oui, se serait un vrai gachi d'électricité...

Je ne vois pas l'intérêt de comparer de cette manière le coût de la production d'électricité photovolataique avec de la production nucléaire...

Les coûts de l'uranium nécessaire au fonctionnement (alors que le rayonnement solaire est gratuit), le coût de stockage des déchets, le coût de décontamination et de démantelement des centrales nucléaires, et les risques sur la santé en cas d'accident, les avez vous pris en compte ?

Peut-être serait-il mieux de subventionner plus les recherches sur le solaire en France que la production électrique, mais c'est une autre question.
Trouvez vous ce commentaire pertinent ?   0     2
 
La problématique est planétaire .Faire croire par un article de la sorte que nous pouvons y trouver une solution gratuite et nationale est un non sens total.
Nos énergies fossiles sont mortes sous quelques décennies et l'indépendance énergétique française est une pure utopie (nous n'avons qu'un peu de bois et d'hydraulique ... et très peu d'exploitation du vent et du soleil ).Nous importons notre pétrole ,gaz et uranium d'autres pays.
Mélanger tarif de rachat ,crédit d'impôt, coût de production d'électricité en faisant croire que tout cela est immuable et comparer à un investissement (illusoire) d'un réacteur EPR pour culpabiliser les producteurs actuels du photovoltaïque et condamner les futurs pionniers de l'énergie à l'immobilisme.
La problématique est planétaire.Elle n'est pas qu'énergétique aussi.Trouvons y vite (si ce n'est pas trop tard) un mix de solutions (une seule solution n'est pas suffisante).Il y aura un prix à payer. Peu importe si c'est sur nos impôts, notre facture EDF ou notre plein de voiture ou en investissant notre argent dans un toit solaire (ou autres énergies renouvelables).
Nous avons des solutions existantes sous la main
Personnellement pour le futur c'est 100% dans les économies,l'efficacité et les énergies renouvelables et 0% dans le nucléaire mais on ne peut pas s'affranchir du passé (passif) à court terme. Alors entre l'inondation à long terme de la Camargue ou un accident nucléaire dans la vallée du Rhône(3 cet été) nota j'habite entre des 2 ...Je vais choisir de gagner de l'argent avec le photovoltaïque ou une autre ENR
De toute façon on me fera payer l'investissement de l'EPR sans me demander mon avis (même si il ne produit jamais le moindre KWh dans l'avenir)
Trouvez vous ce commentaire pertinent ?   0     2
 
à Patrick-Paul : il s'agit d'un raisonnement global, concernant l'ensemble de ce que payent tous les Français, et la richesse _collective_.

A titre personnel, même si j'avais posé des panneaux solaires, le raisonnement présenté me ferait frémir :
une telle gabegie implique que tôt ou tard, les contrats de rachat d'électricité ne seront pas honorés, et les particuliers qui comptaient dessus pour amortir leurs installations en seront pour leur frais (la parole de l'Etat en matière de contrats sur plusieurs décennie est rarement tenue, voir les retraites et autres casseroles budgétaires).

Seuls les importateurs de panneaux et quelques investisseurs auront gagné de l'argent, comme H. Nifenecker le souligne.

Lors d'une ruée vers l'or, seuls les marchands de pelles s'enrichissent...

A Sébastien et au dernier commentateur :
il n'y a pas contradiction entre nucléaire et solaire, voir la petite note (2) de l'article et la solution proposée par un PARTISAN du solaire, pour le même coût ! (et avec de l'éolien en prime)
Trouvez vous ce commentaire pertinent ?   2     0

Participer vous aussi à ce forum
ATTENTION, vous devez préalablement vous inscrire et être connecté

Vous avez la possibilité de laisser un commentaire dans notre forum de discussion afin d'éclaicir et d'enrichir l'article publié ci-dessus.

N'hésitez pas à nous signaler toutes formes d'abus en cliquant sur le lien présent en bas de chaque commentaire pour pouvoir le supprimer rapidement. Nous vous demanderons d'indiquer le motif de l'abus, ainsi qu'une courte explication ...

Pour pouvoir commenter, donner votre vote à un commentaire ou signaler un abus, vous devez préalablement vous enregistrer. Merci de vous connecter ici avec vos identifiants. Si vous n'êtes pas enregistré, inscrivez vous ici.

Cet article vous paraît intéressant ?
(Pour voter, faîtes 1 clic sur l'une des 8 étoiles ci-dessous)

Pertinence: 4.8/8 (37 votes)

 Hervé Nifenecker - Vizille (38)
Mon site Internet
Ingénieur diplômé de l’Ecole Polytechnique (X55), docteur ès Sciences, Prix Leconte de l'Académie des Sciences, animateur de la commission "énergie" de la Société Française de Physique.

Président du collectif « Sauvons le Climat ».

Membre du conseil d'administration de l'AFIS. 

Auteur de : "L'énergie dans le monde", "L'énergie nucléaire a-t-elle un avenir ?", "L'énergie de demain".
Du même auteur :