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EELV et le combat du nucléaire, la machine à perdre du PS ?
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Article publié le 02/12/2011 à 15:13 par Cyril B
 
Malgré quelques timides tentatives de diversification de Jean-Vincent Placé, sénateur EELV (Europe Ecologie Les Verts) de l’Essonne, le parti écologiste français oriente sa campagne exclusivement sur le dossier nucléaire, profitant ainsi des retombées médiatiques du drame de Fukushima. Cette campagne monothématique est plus que risquée. D’une part elle balaye sous le tapis tous les autres combats écologistes qui pourtant mériteraient une attention toute particulière. Oubliés le réchauffement climatique, l’efficacité énergétique, la protection des écosystèmes, des espèces animales en voie de disparition ou encore le trou dans la couche d’ozone. Pourtant, les écologistes tels que nous avions l’habitude de les écouter ou de les lire n’étaient-ils pas les premiers, à juste titre, à clamer l’urgence devant laquelle nous nous trouvons toujours aujourd’hui ? D’autre part, dans un contexte de crise financière, de chômage, de resserrement du pouvoir d’achat et autres conséquences notamment fiscales du dernier plan de rigueur, parier que la sortie du nucléaire sera la préoccupation majeure des français en 2012 semble présomptueux et si l’opposition parvient à donner tort à EELV sur le seul terrain sur lequel il s’est engagé, il n’est pas à donner cher de la survie électorale d’Eva Joly et des siens.



Sortir ou ne pas sortir ?

Aujourd’hui, il est matériellement et surtout financièrement impossible d’envisager une sortie du nucléaire sans une compensation par des centrales thermiques classiques. Les énergies renouvelables ne peuvent que représenter une part modeste du mix énergétique et elles restent toute forme de coût incluse, plus chères que la filière nucléaire pour la production d’électricité, même en considérant la sous-estimation des coûts de démantèlement des centrales nucléaires. Les centrales thermiques, fonctionnant essentiellement aux combustibles gaz ou charbon, posent un problème évident de dégagement de gaz à effet de serre qui étonnement ne choque pas les écologistes. Plusieurs projets de centrales du type turbine à gaz ont d’ores et déjà mis en chantier en France. Finalement, le débat sur la sortie du nucléaire implique une question simple : de quoi devons-nous nous protéger le plus rapidement : de l’imperfection de la sûreté nucléaire (toutefois plus relative qu’au Japon qui vit sur un territoire souffrant de Parkinson) et des problèmes liés au stockage des déchets radioactifs ou bien du réchauffement climatique causé par le rejet de gaz à effet de serre et de toutes les conséquences qu’il implique? La réalité impose ce choix et tant qu’une véritable alternative capable de fournir de l’électricité en masse n’aura pas vu le jour, il faudra entretenir ou renouveler le parc nucléaire ou bien construire des centrales à gaz ou à charbon, les nouvelles énergies resteront un appoint.


Indépendance énergétique


Les industriels de la filière nucléaire en France se disent au service de l’indépendance énergétique du pays. Il leur est souvent rétorqué que l’uranium est en totalité importé et que finalement, la dépendance envers les pays producteurs d’uranium est entière. En réalité, l’uranium ne représente que 5% du coût de production d’un kW/h d’électricité, les finances françaises ne sont donc pas à la merci des fluctuations du prix de l’uranium et des pays producteurs comme cela est le cas pour les hydrocarbures. D’autre part,la Francedispose d’un choix plus large dans ses plans d’importation d’uranium et ne subit pas la loi d’un cartel comme c’est le cas pour le marché mondial du pétrole dominé par l’OPEP. Aujourd’hui, le Niger nous fournit une grande partie de notre uranium mais nous pourrions tout à fait envisager de se fournir auprès du Canada ou de l’Australie. Un luxe qui n’est pas permis pour les hydrocarbures à une guerre en Libye près. Il n’y a donc pas non plus de réelle dépendance géopolitique.


Mox or not mox ?

A propos du mox auquel le parti écologiste a déclaré une guerre jusqu’à ce que mort s’en suive, une fois n’est pas coutume, EELV démontre une certaine incohérence. Le mox est un combustible nucléaire fabriqué à partir du recyclage de produits de fission usés. Dans ses négociations avec le PS, EELV avait menacé de claquer la porte tant le parti était farouchement opposé à la poursuite de l’activité de fabrication de mox par Areva. Dans la situation actuelle, vouloir se priver de filière mox équivaut à tolérer plus de déchets radioactifs ultimes, difficile à envisager... Non dénuée d’ironie, la situation voudrait qu’au contraire EELV défende la production du mox puisqu’en attendant une éventuelle sortie progressive du nucléaire elle permet de recycler des déchets et de limiter l’exploitation de la ressource naturelle uranium.


Et l’emploi ?

Concernant la supposée vague de création d’emploi grâce aux énergies renouvelables. Sortir du nucléaire nécessiterait le développement massif et dans l’urgence d’énergies alternatives. Le fait qu’il y aura bien des créations d’emploi. Toutefois le problème sera double. Premièrement, le secteur français des énergies renouvelables accuse un retard certain sur d’autres pays européens et force est de constater que la plupart des projets aboutis sur le territoire français ont été remportés par des entreprises étrangères et notamment allemandes. Deuxièmement, les emplois dans les énergies renouvelables ne s’inscrivent pas dans la durée, on multiplie les offres de CDD pendant les phases de construction mais les emplois de maintenance, d’entretien et d’exploitation sont quantitativement bien inférieurs à la filière nucléaire, un sérieux souci de précarité de l’emploi qui devrait en toute logique ébranler plus qu’ils ne le sont les verts et les socialistes.


Finalement, en concevant l’idée d’une sortie du nucléaire, EELV séduit beaucoup d’électeurs mais déçoit dans sa manière d’appréhender un projet crédible et viable économiquement. Avant d’envisager l’arrêt de la production du mox, il serait plus censé de réduire la part du nucléaire pour réduire la quantité de déchets radioactifs en amont de la chaîne et avant d’envisager cette réduction de la part du nucléaire, il faudrait soutenir les entreprises françaises spécialisées dans les énergies renouvelables, mettre en place des mesures incitatives plus significatives et relancer la défiscalisation des particuliers qui font le choix du renouvelable.

Au-delà de sa crédibilité douteuse sur le dossier nucléaire, EELV tombe de surcroit dans le piège du buzz médiatique en s’affranchissant d’autres questions environnementales sans lien avec le nucléaire et pourtant incontournables. Il a contaminé le PS dans cette obsession pour le dossier nucléaire et ses ambitions électoralistes dans ses négociations de parachutage politique pour les prochaines municipales et législatives avec les socialistes ont désormais relayé au second plan les idéaux que le parti écologiste est censé représenter, une perte d’identité dommageable tant le contexte actuel impose un autre regard sur l’écologie.

 
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Je rajouterais quelques petites choses :

- Comme vous l'avez dit nous importons notre uranium mais la majorité des opérations de préparation du combustible se font en France : concentration, enrichissement et fabrication des barres de combustible. Une activité d'exportation par ailleurs. Qui est amenée à se développer car au Royaume-Uni ils s'apprêtent à s'y lancer selon les conseils de la Royal Society.

- L'uranium est un combustible extrêmement dense en énergie et ses stocks prennent peu de place. Ce qui fait que l'on a actuellement assez d'uranium pour assurer à l'ensemble de nos centrales 3 à 4 ans de fonctionnement. C'est un fait unique à souligner. Sans compter le combustible usagé qui est certainement une source future d'énergie si l'on continue à développer le nucléaire sur le long terme.

- Le MOX est un combustible de recyclage. Etrange que les Verts seraient contre le retraitement ? Etrange. Pendant ce temps le MOX assure 17% de la production de l'électricité nucléaire. Et on peut encore monter en cadence et dans un plus grand nombre de réacteurs. A ce titre l'EPR consomme plus de MOX qu'un réacteur plus classique.

- En fait les Verts ont visé le MOX car ils connaissent la filière nucléaire. Plus que la majorité des politiques ! En particulier les négociateurs d'Hollande qui n'y comprenaient pas grand chose. Car l'usine de La Hague si elle vient à fermer son activité de recyclage cela signifie que l'on abandonne la quatrième génération et la possibilité de fabriquer du combustible à partir de plutonium, d'uranium retraité et d'éventuels actinides mineurs... D'où l'intérêt des Verts à fermer ce site. Leur position est inflexible et pour eux tout nucléaire est mauvais.

- Les USA tirent la moitié de leur électricité d'origine nucléaire en retraitant du combustible d'anciennes bombes nucléaires. Pourquoi ne pourrait-on pas le faire en France ? On finira par se débarrasser de nos bombinettes... Vouloir sortir du nucléaire civil c'est ainsi vouloir pérenniser le nucléaire militaire : ah ironie quand tu nous tiens !

- Finalement EELV pose une bonne question "Il n'y a pas de débat autour de l'énergie en France !" mais ils répondent aussitôt "On va sortir du nucléaire, on décide pour vous". Crier à la démocratie, cela marche jusqu'à temps qu'on puisse imposer ses propres idées en court-circuitant le vote souverain par des accords électoralistes...

- Pour les énergies renouvelables il est évident insupportable de penser que l'on paie (la part de la CSPE pour les EnR est un impôt d'après la CRE) pour financer les capacités de productions étrangères... Or nous avons des fleurons en France et des instituts de recherche qui ne demande qu'à se développer ! Le nucléaire est une opportunité pour la France car elle va nous permettre de ne pas investir maintenant dans le remplacement de la production électrique (car il y a des postes d'investissement plus prioritaire comme la rénovation ! Sujet qui a lui aussi passé à la trappe or la précarité énergétique c'est essentiel) et donner le temps de faire mûrir nos entreprises dans le domaine.

Voir le nucléaire, je sais ça peut paraître fou, mais c'est un avantage !
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Pile je gagne face tu perds
ce genre de proposition faussée fait sourire
c'est pourtant la même chose avec la proposition "on sort du nucléaire ou on lutte contre l'effet de serre ?"
Avec moins de 5% d?énergie nucléaire dans le mix énergétique du monde, son impact sur le réchauffement climatique est faible
la vrai question est "est-il souhaitable et possible de multiplier le nombre de centrales nucléaires par 10 pour que ça ait un impact sur le réchauffement climatique?"
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Le développement du nucléaire à l'échelle mondiale est un autre débat. L'article se concentre sur le cas français et la vision des dirigeants politiques français sur le nucléaire.
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>EELV et le combat du nucléaire, la machine à perdre du PS ?

 
Il est étonnant de parler du parler du réchauffement climatique sans avoir une réflexion planétaire (ce que je fait est-il transposable?)
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>EELV et le combat du nucléaire, la machine à perdre du PS ?

 
Nous sommes d'accord, seulement la problématique du réchauffement climatique aussi mondiale soit-elle ne présente pas les mêmes enjeux et les mêmes solutions potentielles en fonction des pays. Les lourdeurs des pourparlers internationaux poussent les pays à devoir prendre des initiatives. Devant l'inefficacité de la communauté internationale chaque pays doit prendre ses responsabilités avec la situation énergétique qui est la sienne. Le fait est que lorsque le problème du réchauffement climatique est "mutualisé", chacun dénonce les efforts non effectués par les voisins et il y toujours des passagers clandestins. Finalement, les pays se doivent d'être autonomes, lutter individuellement contre le réchauffement climatique est toujours mieux que d'attendre qu'un traité international pointe le bout de sa plume. Le nucléaire est donc une réponse apportée par la France et pour la France au réchauffement climatique ce qui ne veut pas dire qu'elle doit être la réponse des autres pays, chacun doit faire en fonction de sa situation.
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>EELV et le combat du nucléaire, la machine à perdre du PS ?

 
Bien sur il faut développer le renouvelable ,mais pas n'importe comment ;en particulier il ne faut pas etre obligé de d'utiliser du charbon fuel ou gaz pour assurer la demande d'électricité lorsque la ressource renouvelable vient à manquer . Le pire serait d'etre obligé d'en construire car alors on doublerait les investissements nécéssaires .
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