Acceptabilité sociale et énergie : le coût du non consensus

Qu’entend-on par acceptabilité sociale ?

Contrairement à une vision trop répandue, l’acceptabilité sociale n’est pas l’acceptation d’un projet par la majorité des citoyens. Le niveau d’acceptabilité sociale d’un projet ne se résume pas au résultat d’un sondage départageant une population sur la base d’une vision binaire de « pour » ou « contre ». Cette conception démocratique est erronée, car elle néglige les conditions d’acceptabilité propres à chacune des parties prenantes sous prétexte que leur opinion est minoritaire. Cela a d’ailleurs été confirmé à de multiples reprises : l’opposition d’une minorité peut bel et bien suffire à bloquer un projet.

L’acceptabilité sociale est le résultat d’un processus durant lequel les parties prenantes construisent ensemble les conditions minimales à respecter pour qu’un projet s’intègre harmonieusement, à un moment donné, dans son milieu naturel et humain.

Enjeux de l’acceptabilité sociale pour les projets énergétiques

Les projets énergétiques et industriels font face aujourd’hui à des problèmes d’acceptabilité sociale grandissants, qui s’expliquent à la lumière des clefs de lecture proposées :

– De par leur nature même, les impacts potentiels sont conséquents ;
– Compte tenu de leur dimension technologique et technique, le public éprouve des difficultés à s’approprier le projet et à en saisir toutes les implications ;
– L’industrie souffre d’un passif pouvant nuire à sa capacité à générer la confiance auprès des parties prenantes ;
– Enfin, dans certains cas, le décalage culturel entre les porteurs de projet et les populations locales complique la donne.

Prendre en compte ces éléments lors du déploiement d’une stratégie de concertation en amont du développement du projet est recommandé. Quelques exemples parmi les plus frappants sont présentés ci-après.

Combien coûte le manque d’acceptabilité sociale ?

 

Eolien offshore & onshore

En termes d’acceptabilité sociale, le développement de projets éoliens échappe rarement à la controverse. Ainsi, et d’après une étude de l’EWEA (European Wind Energy Association) de Juillet 2010 portant sur le développement de projets éoliens au sein de l’Union Européenne des 27, le manque d’acceptabilité sociale est à l’origine de nombreux retards et avortements de projets, synonymes de pertes économiques conséquentes :

– 40 % des projets retardés le sont par des procès lors de la phase d’étude d’impact,
– 30 % des projets retardés le sont par l’action des ONG environnementales,
– 30 % des projets abandonnés le sont du fait d’assignations en justice et de résistance des communautés.

Hydroélectricité

Le développement des barrages hydroélectriques est controversé, au Nord comme au Sud, du fait des impacts potentiels : impacts sur la biodiversité, conflits d’usage, risques de rupture, et parfois déplacements de populations.

Dans le nord-est de l’Inde, la mobilisation des activistes, étudiants, scientifiques et politiques contre le projet de barrage de Subansiri a culminé en décembre 2011. Protestant contre l’ampleur des impacts environnementaux et des risques encourus par les populations du fait de la sismicité de la zone, le mouvement a gagné une bataille : la construction de l’ouvrage prévue pour 2012 a été repoussée à 2014 au plus tôt. Ce retard a accru le budget prévisionnel de 60 % , pour atteindre un montant de 1,5 milliards d’euros.

En France, l’exploitation du potentiel hydraulique restant est paralysé du fait de problèmes d’acceptabilité sociale.

Secteur minier

En 2006, le groupe britannique Vedanta Ressources prévoyait d’augmenter la capacité de raffinage de bauxite d’un site d’exploitation en Inde de 1 Mt/an à 6 Mt/an (et la capacité de la centrale d’électricité dédiée de 75 MW à 300 MW). Au-delà des répercussions environnementales de l’activité, le projet menaçait le cadre de vie de trois tribus locales (lieu de culte, ressources essentielles au développement des populations).Suite à quatre ans de mobilisation des communautés, le gouvernement indien a pris position contre l’industriel, allant jusqu’à menacer d’annuler le permis octroyé à Vedanta pour le raffinage d’aluminium dans la région.L’abandon forcé de ce projet a entraîné pertes financières et d’image pour l’entreprise, qui se sont traduites par une chute brutale de l’action de Vedanta à l’annonce du gouvernement indien en août 2010 : -6% dès l’ouverture des marchés, soit une perte de 300 millions de livres de sa valeur boursière.

Les clefs pour générer une plus grande acceptabilité sociale : transparence et ouverture

L’approche classique « Decide, Announce, Defend » est de moins en moins viable aujourd’hui. L’obtention d’une « license to operate » est devenu un pré-requis indispensable à l’intégration de nouvelles infrastructures sous peine de blocages sociétaux contre-productifs coûteux.

Il est donc nécessaire de déployer des mécanismes de concertation aboutissant à une création de valeur partagée. Il s’agit pour le porteur de projet de :

Comprendre le contexte : Le contexte d’implantation de chaque projet est unique. Il est capital d’appréhender ces spécificités, d’identifier l’ensemble des parties prenantes du projet ainsi que la manière dont celles-ci peuvent être impactées.

Ouvrir sur la concertation : Une approche marquée par la transparence et par la volonté des porteurs du projet d’entrer dans un processus de co-création permet de générer le climat de confiance nécessaire au dialogue. Cependant, pour être pertinente cette concertation doit être entamée le plus en amont possible, dès la phase de conception. Afin de supporter ce processus, des outils d’aide à la décision permettent de structurer le dialogue, notamment en priorisant et analysant l’évolution de perception des parties prenantes.

Pour aller plus loin…
ENEA Consulting – Acceptabilité sociale des projets industriels : lien

Sources
C3 Consensus, AFNOR – ISO 26000, Mitchell et Al (1997), Association Sherpa, EWEA – Wind barriers (2010), The Times of India (dec. 2010), The Hindu (Nov. 2010), The Guardian (Aout 2010), UQAR – Acceptabilité sociale et Eolienne (2008), IFC – Dialogue avec les Parties Prenantes (mai 2007), Peters R.G. & al – The determinants of trust and credibility in environmental communication: An empirical study (1997), R. Wüstenhagen et al – Social acceptance of renewable energy innovation : An introduction to the concept (2007), E.Brulé et D.Ramonjy LARGEPA / CNRS – La collaboration : pourquoi et avec quelles parties prenantes ? (2006), Albane Gaspard et Franck Jésus (ADEME) La concertation en Environnement (2011).

[ Archive ] – Cet article a été écrit par Thibault Lesueur

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