Afrique : L’ « oeil noir », une arme anti-famine

Une culture longtemps négligée, pourtant capable de combattre la faim qui touche des millions de personnes en Afrique, de soutenir la révolution de l’élevage en cours dans les pays en développement, de régénérer les sols appauvris, et même de nourrir les astronautes en missions de longue durée dans l’espace, attire des centaines de chercheurs de tous les coins du monde vers le Sénégal cette semaine, pour la Cinquième Conférence mondiale de recherche sur le niébé (Cornille).

« Il est difficile d’imaginer une culture plus parfaite, surtout pour l’Afrique où la production alimentaire est en retard sur la croissance démographique, où la demande des produits de l’élevage monte en flèche et où le changement climatique exerce plus de pression sur des conditions de culture déjà fortement éprouvées » a déclaré Christian Fatokun, sélectionneur de niébé à l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), coorganisateur de cette conférence avec l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA), l’Université Purdue, et la Fondation Africaine pour les Technologies Agricoles (AATF).

« Mais pour tenir la promesse associée à cette merveilleuse légumineuse, des efforts intensifs doivent être déployés contre les contraintes à la production et au stockage de longue durée » a-t-il ajouté. « La bonne nouvelle au Sénégal est que les chercheurs lèveront le voile sur les méthodes nouvelles et innovantes de lutte contre les ravageurs et adventices qui s’attaquent au niébé à chaque stade de son cycle cultural, et les charançons voraces qui dévorent les gousses sèches du niébé »

Le niébé ou haricot à œil noir, est l’une des plus anciennes cultures du monde. Il couvre actuellement 10 millions d’hectares, principalement en Afrique centrale et occidentale; mais on le trouve également en Inde, en Australie, en Amérique du Nord et dans quelques régions de l’Europe. Il est arrivé aux Amériques dans des navires négriers, et est devenu la culture préférée du Président Georges Washington qui cherchait une variété de pois –qu’il appela « pease »–, capable de résister aux climats chauds du Sud des Etats-Unis. Les espèces de niébé sont appréciées pour leur forte teneur en protéine (les graines contiennent jusqu’à 25% de protéines), leurs feuilles et tiges qui constituent un fourrage de haute valeur nutritive pour l’alimentation des vaches, d’où son nom (cowpea, ou pois à vache), et d’autres animaux; et pour le fait que leurs racines fournissent de l’azote aux sols appauvris. Pour beaucoup de personnes en Afrique, le niébé est une importante source d’alimentation pendant la période de soudure, à la fin de la saison pluvieuse, moment où les produits vivriers deviennent extrêmement rares dans les zones semi-arides de l’Afrique subsaharienne.

Les nombreuses qualités du niébé sont découvertes à nouveau pour un certain nombre de raisons. L’une d’entre elles est sa teneur protéique potentiellement élevée qui peut aider à satisfaire les besoins alimentaires dans les pays en développement confrontés à des crises alimentaires, particulièrement en Afrique où plus de 200 millions de personnes sont sous-alimentées.

Le niébé donne de hauts rendements même dans des milieux chauds ou secs, et les chercheurs s’emploient à mettre au point des variétés encore plus résistantes. Il y a des risques de plus en plus inquiétants que la production des produits de base comme le maïs et le riz connaisse une chute voire s’annule dans certaines régions, à cause du changement climatique qui provoque la chaleur en Afrique subsaharienne. Il en résultera un vide que seules les cultures soi-disant « tout climat » comme le niébé, pourront remplir.

De surcroît, le niébé peut offrir du fourrage bon marché et de haute qualité pour l’alimentation des animaux. De nos jours, cette culture attire les spécialistes de l’élevage qui sont en quête d’approches pérennes face à la demande en croissance rapide de viande et de lait dans les pays en développement. Les chercheurs de l’IITA et de l’Institut international de recherches sur l’élevage (ILRI) affirment que les variétés de niébé à double usage créées pour satisfaire les besoins nutritionnels aussi bien de l’homme que des animaux, pourraient générer entre 299 millions et 1,1 milliard $EU d’ici à 2020, du fait de leur aptitude à doper la production animale et combattre la faim.

Le niébé est aussi bien connu pour son aptitude à transmettre sa teneur azotée aux sols, ce qui fait de lui une culture qui pourrait être fortement appréciée en Afrique où bon nombre de paysans s’échinent sur des sols pauvres, les plus problématiques du monde.

Même la National Aeronautics and Space Administration (NASA) suit le mouvement du niébé. Etant donné la capacité du niébé à produire des feuilles nutritives au bout de 20 jours seulement, les scientifiques de la NASA envisagent d’envoyer le niébé à la station spatiale internationale où il pourrait être cultivé pour nourrir les astronautes.

Cet intérêt pour le niébé qui s’intensifie et se répand comme une traînée de poudre, sera mis en relief à la Conférence mondiale sur le niébé où seront présentées toutes les percées de la recherche sur la production du niébé.

Par exemple, les résultats des nouveaux travaux de recherche qui seront présentés par les chercheurs de l’IITA et l’Université de Californie-Riverside porteront sur l’utilisation réussie d’outils et de techniques de pointe d’analyse génomique pour sonder l’ADN du niébé en vue des caractéristiques associées aux qualités prisées comme la résistance à la sécheresse et aux maladies.

« Lorsque nous pourrons viser un endroit précis du génome et toucher essentiellement l’ADN concerné par le caractère que nous recherchons, le délai de sélection de variétés améliorées de niébé pourrait être ramené d’une décennie ou plus à trois ans ou moins » a déclaré Fatokoun, spécialiste de la génomique du niébé.

Les chercheurs dresseront également l’état des lieux des efforts visant à utiliser la biotechnologie pour emprunter un gène à une bactérie tellurique, bacillus thuringiensis ou Bt, en vue de la création d’une variété transgénique de niébé. Il s’agit de fournir aux agriculteurs un niébé capable de repousser les attaques d’une chenille connue sous le nom de Maruca, ou foreuse des gousses qui détruit couramment des champs entiers. Les chercheurs aborderont également la possibilité d’introduire dans les variétés de niébé un gène issu d’un haricot vulgaire afin de leur offrir une protection contre les infestations en entrepôt.

Des discussions connexes porteront sur les travaux de recherche récents qui touchent à l’évaluation des risques inhérents aux croisements spontanés des niébé Bt transgéniques avec leurs parents sauvages – très courants en Afrique de l’Ouest, le « centre ou l’origine » de la culture – croisements capables de transformer le niébé en une super adventice difficile à combattre.

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3 Commentaires sur "Afrique : L’ « oeil noir », une arme anti-famine"

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Pastilleverte
Invité

on évoque très clairement les possibilités d’OGMiser le niébé, déjà paré de toutes les vertus (remaquez c’est normalement pour le plus grand bien de l’humanité subsahélienne), et aucune réaction ? Vont-il également introduire le gène de l’oleuspetrus pour en faire une biomasse à carburant ?

Bia.vals
Invité

CE n’est un 1er Avril j’espére . Enfin, vas-ton, vaincre la faim ? dans ces pays ? Afrique, inde, Amérique du sud,Asie, etc….! je le souhaite le plus vivement. Pourquoi, ne pas avoir,semer et developper ce haricot,avant que tous ces problèmes surgissent?

Yaodagnon
Invité

je souhaite avoir d’article pour avoir plus de notion sur les légumineuses en général et sur le niébé en particulier. merci pour votre aide

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