Alcimed : 5 ans après Fukushima où en est l’Allemagne ?

La réduction des émissions de CO2 et le développement des énergies renouvelables sont devenus en 5 ans des préoccupations clés dans la plupart des pays du monde, à l’image de la conférence sur le climat (COP21) qui vient de se dérouler à Paris.

En France, la loi sur « la transition énergétique pour la croissance verte » acte une réduction de la part du nucléaire à 50% en 2025 (75% aujourd’hui) et une augmentation des énergies renouvelables d’ici 2030 à 40% de la production d’électricité et 32% de la consommation énergétique. Si les objectifs sont bien définis, les moyens pour les atteindre ne sont cependant pas encore déterminés.

Alcimed, société de conseil en innovation et développement de nouveaux marchés, apporte un éclairage sur la transition amorcée par l’Allemagne, véritable laboratoire mondial.

« L’Allemagne a fait 2 choix clairs et forts pour rendre possible sa transition. En premier, le consommateur final (les particuliers principalement) supportera le prix de la transition et les surcoûts associés au virage amorcé pour la production d’électricité. Ce choix fort repose sur une responsabilisation et l’attente d’un effort au niveau de l’ensemble de la population ; une conséquence de ces efforts est une réduction des consommations à titre individuel et des gains en efficacité énergétique au niveau des comportements individuels à court et moyen terme.

En deuxième, la compétitivité de l’appareil productif industriel du pays a été protégée et préservée via des mécanismes financiers directs ou fiscaux. Cela permet de soutenir les entreprises industrielles, quelles que soient leurs tailles, dans la compétition mondiale et dans leur capacité à exporter ou à rester compétitives sur leurs marchés domestiques. C’est aussi un moyen de préserver l’emploi versus le pouvoir d’achat ! » introduit Jean-Philippe Tridant-Bel, Partner Energie & Environnement chez Alcimed.

En Allemagne, un développement spectaculaire des énergies renouvelables mais une réduction des émissions de CO2 bien inférieure aux objectifs

La loi de transition énergétique (« Energiewende ») est entrée en vigueur en avril 2000 et a été modifiée plusieurs fois, notamment en 2014. La sortie du nucléaire, décidée par l’Etat après la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon en 2009, a renforcé la volonté d’une transition énergétique rapide et a montré l’ambition du gouvernement allemand.

Les objectifs sont les suivants :

– une réduction des émissions de CO2 de 40% en 2020 par rapport à 1990 (soit une réduction de 1250 Mt CO2 / an à 750 Mt CO2 / an)

– une augmentation graduelle de la part de la production d’électricité à partir des énergies renouvelables jusqu’à 80% en 2050 :
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En 2014, les énergies renouvelables représentaient 25,8% de la production d’électricité, en augmentation de plus de 10 points par rapport à 2009. Cette forte augmentation a été permise à la fois par des objectifs d’installation annuels cohérents avec la loi de transition énergétique (par exemple PV et éolien onshore : 2,4 à 2,6 GW / an ; biomasse : 100 MW / an, etc.), et par des subventions garantissant les prix de vente de l’électricité renouvelable pendant 20 ans. Les acteurs du secteur s’accordent à dire que l’objectif de 35% d’ici 2020 est atteignable.

Cependant, la part du lignite et du charbon dans la production d’électricité n’a pas diminué au profit des énergies renouvelables, mais a même augmenté légèrement depuis 5 ans pour compenser la sortie du nucléaire et profitant de la baisse des prix du charbon. Ainsi, la réduction des émissions de CO2 est plus faible que prévue, avec en 2013 une diminution de 23,8% par rapport à 1990, ce qui rend quasiment impossible l’atteinte de la cible des 40% de réduction d’ici 2020, malgré un nouveau Plan annoncé fin 2014 pour diminuer les émissions des centrales à charbon.

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Une transition coûteuse pour les énergéticiens et les consommateurs allemands

Cette transition particulièrement rapide ne va pas sans poser quelques défis, notamment économiques.

Tout d’abord, comme en France, les subventions pour les énergies renouvelables sont financées par les consommateurs d’électricité, via une éco-redevance. L’évolution de cette éco-redevance (appelée EEG) n’est pas planifiée et évolue en fonction des dépenses allouée à la transition énergétique. Entre 2009 et 2014, l’EEG est passée de 1,13 c€/kWh à 6,24 c€/kWh, augmentant le prix de l’électricité pour les particuliers jusqu’à 29,7 c€/kWh, soit un des prix les plus chers en Europe (juste derrière le Danemark avec 30,4 c€/kWh).

Ainsi, même si environ la moitié des énergies renouvelables sont installées chez les particuliers en Allemagne, l’acceptation des consommateurs pour payer l’EEG a diminué de 56% en 2011 à 46% en 2014.

En parallèle, les grands énergéticiens allemands subissent également de plein fouet cette transition, pour 2 raisons principales :

– La sortie du nucléaire a creusé de lourdes pertes chez des acteurs comme E.ON, RWE et Vattenfall (avec notamment 36 milliards € pour le démantèlement des centrales et pour la gestion des déchets nucléaires)

– Le développement des énergies renouvelables a fait baisser le prix de l’électricité sur le marché de gros, forçant les énergéticiens à faire fonctionner leurs centrales thermiques à perte. Nombreux sont ceux à avoir décidé de diminuer voire de se séparer de leur activité de centrales au charbon et au gaz, la rentabilité étant de plus en plus difficile à atteindre.

 
Les coûts de la transition incluent également le coût du développement du réseau d’électricité. Celui-ci est nécessaire pour compenser la surproduction d’électricité dans le nord. Les couts seront entre 27,5 et 42,5 milliards d’Euros de 2012 à 2030 pour la modification du réseau d’électricité et l’installation entre 134 000 et 193 000 km en plus.

Au total, le coût de la transition énergétique s’élèverait à 300 milliards € et pourrait atteindre 680 milliards € d’ici 2022 selon l’ex-ministre de l’Environnement Peter Altmaier.

Le stockage de l’énergie, indispensable pour réussir la transition énergétique

L’enjeu aujourd’hui de l’Allemagne pour réduire ses émissions CO2 est de limiter le nombre de centrales à charbon et de développer le stockage. Selon les experts le stockage sera indispensable si la part des énergies renouvelables dépasse 60% (chiffre déjà dépassé certains jours sous conditions favorables).

A titre d’exemple, de nombreux projets de stockage se développent, notamment les projets « Power2Gas », dans lesquels des grandes entreprises comme Linde ou Siemens construisent des pilotes (H2 et piles à combustible) avec des subventions de l’Etat. De même, les consommateurs allemands installent de plus en plus de systèmes de stockage de batteries (ex. : depuis 2013, 10 100 systèmes installés, budget de 163 millions €). En revanche, les installations de stockage H2 ne sont pas encore rentables par rapport aux batteries.

« La transition énergétique est un sujet majeur et il faut des chemins clairs et bien définis par les autorités pour pouvoir effectivement réaliser cette transition. Les perspectives les plus importantes en Allemagne sont la diminution des émissions de CO2 et le développement du réseau et du stockage pour pouvoir mieux intégrer les énergies renouvelables. » résume Jean-Philippe Tridant Bel.

« Si la France envisage vraiment d’atteindre les objectifs de la transition énergétique pour la croissance verte d’ici 2025, il reste encore beaucoup à faire. En revanche, les conditions sont tout de même plus favorables aujourd’hui avec un prix du solaire PV compétitif par rapport aux énergies fossiles et au nucléaire, et la possibilité de tirer les conclusions venant du « laboratoire Allemagne » conclut-il.

A PROPOS D’ALCIMED

ALCIMED est une société de conseil en innovation et développement de nouveaux marchés, spécialisée dans les sciences de la vie (santé, biotech, agroalimentaire), la chimie, les matériaux et l’énergie ainsi que dans l’aéronautique, le spatial, la défense et les Politiques Publiques. ALCIMED s’appuie sur une équipe de 180 collaborateurs, répartis par secteur et capables de prendre en charge des missions extrêmement variées depuis des sujets marketing & ventes (études de marché, ciblage de nouveaux besoins, positionnement d’un nouveau produit…) jusqu’à des problématiques stratégiques (stratégie de développement, recherche & évaluation de cibles d’acquisition, organisation d’une activité, conception / évaluation / déploiement de politiques publiques…). La société dont le siège est à Paris, est présente à Lyon et à Toulouse ainsi qu’en Allemagne, en Belgique, en Suisse, en Angleterre et aux Etats-Unis.

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8 Commentaires sur "Alcimed : 5 ans après Fukushima où en est l’Allemagne ?"

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Papijo
Invité
La question que l’on doit se poser à ce sujet: “Tout ça, ça sert à quoi ?” Une étude de Mc Kinsey – Allemagne résume (pardon pour la “traduction” automatique Google) la situation (), par rapport à ses objectifs de 2020: – Réduction des émissions de CO2: il faudrait -3,5% par an, on en est à -0,7% (mon commentaire: merci la crise !). – La “productivité énergétique” (ratio CO2/PIB) devrait augmenter de 4,3%/an, on en est à 1,4%. – La consommation d’électricité devrait avoir baissé à 589 TWh/an, elle en est à 600 ! etc. Manifestement, l’Allemagne ne respectera pas… Lire plus »
chiedo
Invité

Les patates …. C’est vrai que l’énergie fossile ne rejette que du CO2, les quelques millions de morts annuel lier à sont utilisation sont la pour en témoigner … Ha bas non en fait ils sont plus la… Et en allemagne c’est vrai que les exploitations de lignite ca fait des tres beau paysages. 🙂

Xa
Invité
ahhhh… Il est loin le temps ou les patates était plantée à la bonne date, ou l’on pouvait patiner sur des lacs gelés, où l’hiver était synonyme de rigeur et de peltage de neige. Loin aussi les metres de neige devant les portes. Par contre, les hivers qui s’éternisent, les printemps pourris et les secheresse estivales, ça il semble qu’il y en ai plus. Alors oui le climat change et non ce n’est pas 2 degrès en plus chez nous que l’on va ressentir. Faudrait arreter de parler de réchauffement climatique mais de changement climatique. On perturbera moins les vieux… Lire plus »
Temb
Invité

Si on ajoute l’année 2015 l’analyse change car sur la durée charbon ET lignite ont baissé. 2016 s’annonce sur la mêm tendance, plus accentuée encore.

Tech
Invité
très difficile d’analyser en période de transition! de plus les progrès ont été tels en rendements PV ou éoliens ou biomasse qu’il est difficile de se baser sur les chiffres “du passé”. l’investissement en “grid” change le tableau ainsi que les liaisons transfrontalières. associé à du stockage de régulation. les premiers essais plus grande échelle de stockage véhicule se multipient. les habitudes d’usage mettrons au moins un génération à se mettre en place non Papys jo ou pas n’aiment pas le changement dans leur façon de consommer du moment qu’ils ont leur petit confort celui de leurs petits enfants, ils… Lire plus »
Dan1
Invité

Ce n’est pas bien dur de trouver les chiffres 2015, d’autant que je les ai déjà présentés sur Enerzine en janvier 2016 :

Papijo
Invité
Pour les petits jeunes qui seraient bien incapables de nous expliquer ce qu’est un climat “bien réglé” et qui croient tous les bobards qu’ils ont entendu à la télé (avez-vous connu par exemple le “bug de l’an 2000” ? renseignez vous !), un petit coup d’oeil à ce document (pas très récent) ! (au assage, merci au site “Gloubik Sciences” qui l’a exhumé !) Des hivers doux, il y en a toujours eu, et des étés pourris aussi. Heureusement, grâce au pétrole et à l’électricité disponibles en quantité à des prix modérés, ces évènements ne se traduisent plus par des… Lire plus »
Papijo
Invité

Un autre point de vue sur l’Allemagne rédigé par P. Audigier (ingénieur du corps des mines):

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