Ascenseur

Les étages ne sont plus facteurs d’exclusion des handicapés de toutes natures, à commencer par les personnes âgées et les familles encombrées de poussettes. Il y a aujourd’hui des ascenseurs qui parlent, pour les aveugles, avec les numéros des étages en braille, et bien sûr, on veillera à ce que les ouvertures et la taille de la cage permettent le bon accès d’un handicapé moteur. L’ascenseur dégage un potentiel pour améliorer la vie de tous, et c’est déjà un sacré atout. L’ascenseur social, toujours bienvenu dans le développement durable, prend aussi du sens au propre comme au figuré. Il devient parfois élément décoratif. Il permet de vivre la ville en 3D, de penser volume plutôt que surface. Il ouvre des perspectives en hauteur et en sous-sol[1]. C’est le moyen de transport le plus utilisé en France, 100 millions de personnes par jour.

Un urbanisme compact, concentrant sur une faible surface un grand nombre d’habitants et (pas ou, surtout) d’emplois, est le fruit de l’ascenseur. Il en est de même pour les monuments que constituent certaines tours, dont les hauteurs nous interpellent, comme la tour Tappei 101 à Taiwan, 508 mètres, ou le Burj Dubaï, en construction dans l’émirat, qui a dépassé cette altitude et dont on ne sait pas à quel étage elle s’arrêtera… 150e ? Le débat sur les tours est ouvert, mais gardons-nous d’avoir une attitude uniforme : entre les villes ou les quartiers neufs d’une part et les tissus urbains traditionnels et à forte valeur patrimoniale d’autre part, il y a sans doute des politiques différentes à conduire.

Quand l’ascenseur fait la une des journaux, c’est que ça va mal. Ce sont les accidents qui font parler des ascenseurs. Sur un registre moins dramatique, dans un immeuble, on oublie vite le service rendu par l’ascenseur, jusqu’au jour où il tombe en panne, ce qui arrive dans 0,0004 % des cas. C’est comme les trains, dont on ne parle que quand ils ne sont pas à l’heure. Au cinéma[2], il devient même l’arme du crime du simple fait de sa panne, ou plutôt d’une panne faussement annoncée. L’ascenseur, comme toute mécanique, a besoin d’être entretenu, surveillé régulièrement. Il s’agit d’un système complexe, avec un puits, des rails, un moteur, une cage, et un tas de logiciels et de procédés informatiques pour gérer l’ensemble avec le maximum d’efficacité. Une maintenance régulière[3] est le prix à payer pour bénéficier de ses services dans de bonnes conditions.

Densité urbaine dans de bonnes conditions de confort et de sécurité, instrument de lutte contre l’exclusion, l’ascenseur a bien commencé son examen de passage de durabilité. Mais il a d’autres épreuves à franchir. Qu’a-t’il à répondre quand on l’accuse de consommer de l’énergie ? L’ascenseur pèse entre 2 et 4% dans les consommations d’énergie d’un immeuble, selon la hauteur dudit immeuble. Ce n’est pas énorme, mais ce n’est pas une raison pour ne pas faire de mieux en mieux. Cumulés sur le grand nombre d’ascenseurs dans un pays comme la France, les gains ne sont pas négligeables. Il y a encore des gisements d’économies pour les bâtiments neufs, et bien sûr dans le parc existant, où de vieilles techniques grosses consommatrices sont encore en marche. Si on les remplace par un matériel performant, on bénéficie d’ailleurs d’un crédit d’impôt[4].

Côté déchets et pollutions, l’ascenseur a aussi fait des progrès. Pour les installer ou les entretenir, il en faut des matériaux, des produits : l’amiante est heureusement interdit, mais on trouve encore de l’huile, des piles, du papier et du carton, des métaux, des tubes néon/fluo, des matières plastiques[5], des cartes électroniques, des emballages souillés, etc. Les techniques modernes tentent de réduire la quantité de ces produits, de les confiner, mais comme dans la HQE[6], la propreté des chantiers est de rigueur.

L’ascenseur fait du bruit. Le moteur, l’ouverture et la fermeture des portes palières, les mouvements de personnes et de leurs bagages, tout cela s’entend dans les appartements, ça peut vous agacer, et même vous réveiller, si l’immeuble n’a pas bien été conçu, avec des cloisons trop minces, des chambres à coucher contre les ascenseurs. La réglementation acoustique s’applique sur ce point pour les constructions neuves, mais il est vrai que, quand on insère un ascenseur dans un immeuble ancien, cette question doit être étudiée de très près. Il ne faut pas que le confort apporté par l’ascenseur soit gâché par son bruit.

On pourrait passer en revue de nombreux aspects techniques de l’ascenseur, et on verrai qu’il y a eu de nombreux progrès ces dernières années, qu’il y en a encore en réserve, et qu’il faut surtout en faire bon usage et les diffuser dans le parc existant, notamment d’habitat social. Une durabilité à portée de main, pour qui fait l’effort.

Une dernière critique : l’ascenseur rend paresseux. Au lieu de prendre l’escalier, j’empreinte l’ascenseur, même pour un ou deux étages. Ça consomme de l’énergie (même très peu, cumulé, ça finit par compter), ça fait du bruit (même modéré), et je ne fais plus d’effort physique, je m’empâte ! C’est que l’accès au confort ne doit pas devenir une obligation. Souvent, les escaliers sont devenus des lieux à part, dédiés à la sécurité, avec des portes qui pèsent des tonnes, et qu’on oublie vite. La mobilité verticale se réduit trop souvent à l’ascenseur. Il faut réhabiliter l’escalier, en complément de l’ascenseur. Qu’on le trouve aisément, qu’il soit gai, propre, bien éclairé, agréable. C’est l’équivalent du vélo et de la marche à pied pour les déplacements en ville, pour des petites distances. C’est bon pour l’environnement en général, et ça maintient en forme !

[1] Voir à ce sujet la chronique Souterrain du 25/10/2006 et n°71 dans Coup de shampoing sur le développement durable, (www.ibispress.com)
[2] L’heure zéro, film de Pascal Thomas, d’après le roman d’Agatha Christie Towards Zero
[3] Celle-ci est bligatoire depuis la loi du 2 juillet 2003 sur la sécurité des ascenseurs
[4] Loi de finance 2005 (article 91 de la loi 2004-1484)
[5] Plastique, chronique du 11/12/2006
[6] HQE (08/11/2007)

[ Archive ] – Cet article a été écrit par Dominique Bidou

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