BIP / Enerpresse : Interview de Gérard Mestrallet

« Parti de rien », le groupe que préside Gérard Mestrallet est devenu, via des partenariats, le leader mondial de la production indépendante d’électricité. Et ceci sans rien acheter : « nous avons tout construit ».

Morceaux choisis dans un entretien réalisé entre G. Mestrallet et nos confrères BIP/Enerpresse.

Trois questions sur le projet de loi sur la nouvelle organisation du marché de l’électricité (Nome)

BIP/Enerpresse
. Seriez-vous prêt à participer aux investissements d’extension de la durée d’exploitation des centrales, selon une proposition du sénateur Poniatowski au projet de loi Nome ?

Gérard Mestrallet – Oui tout à fait, si bien entendu les conditions économiques et financières la rendent possible et économiquement viable. Cela revient à ce qu’EDF vende des capacités en échange d’investissement. Je suis tout à fait d’accord sur le principe. Il faut souligner que normalement – c’est le cas en Belgique – il est plus rentable d’étendre la durée d’exploitation des centrales existantes que d’investir dans des nouvelles unités.

BIP/Enerpresse. Une dérive des tractations autour du projet de loi Nome risque de faire que la concurrence sur le marché domestique ne soit pas favorisée. Est-ce acceptable pour vous ?

Gérard Mestrallet – Absolument pas, c’est inacceptable. Nous souhaitons le développement de la concurrence sur le marché des particuliers. Nous avons nos clients gaz à qui nous souhaitons proposer une offre électrique. Et pour ce faire, il faut que le prix de cession auquel EDF doit vendre son électricité nucléaire à ses concurrents soit le même que celui qu’il incorpore dans le tarif bleu, soit 35 euros/MWh. L’autre solution, si l’on impose un prix de cession autour de 40-42 euros, est d’augmenter les tarifs. Nous ne le demandons pas. Nous souhaitons uniquement les conditions qui permettent une concurrence équitable sur le marché des particuliers.

BIP/Enerpresse. Vous vous êtes mobilisé contre une proposition d’intégrer la production hydroélectrique dans le calcul du volume Arenh (1). Pourquoi ?

Gérard Mestrallet
– L’hydraulique ne peut être comparée à l’énergie nucléaire dans ses usages. La production hydroélectrique ne peut pas être intégrée dans l’Arenh car il ne s’agit pas d’une production "de base". D’autre part, dans tous les pays d’Europe, les régulateurs et les Etats ont imposé aux anciens monopoles de vendre des capacités à leurs concurrents. En Italie, la part d’Enel a été réduite à 40 %, part rachetée notamment par Edison/EDF. En Allemagne, E .ON et RWE ont dû faire de même. En Belgique, nous avons dû vendre des capacités nucléaires à EDF/SPE. La loi Nome sanctuarise le parc nucléaire français. Il est fait en contrepartie obligation à EDF de vendre à ses concurrents de l’électricité – pas des capacités – produite par son parc nucléaire. L’objectif est de créer de la concurrence, pas d’affaiblir les concurrents.

Concernant le réacteur Atmea, un réacteur destiné à répondre à la demande de réacteurs nucléaires de moyenne puissance, voici ce qu’il répond :

BIP/Enerpresse. A-t-on besoin d’Atmea ?

Gérard Mestrallet. Franchement 1 000 MW sur un parc de 120 000MW cela ne va pas changer profondément les équilibres. D’autant que la France importe de plus en plus d’électricité. En définitive, il n’y a que des avantages pour la collectivité à construire ce réacteur.

J’ajoute que GDF Suez ne demande aucune subvention pour le construire.

BIP/Enerpresse. Atmea pourrait-il être réalisé en partenariat ?

Gérard Mestrallet. Oui bien sûr, en partenariat avec d’autres acteurs du secteur de l’énergie ou des industriels (des chimistes par exemple) qui ont besoin d’avoir accès à de l’électricité au coût de production.

Le propre du nucléaire c’est d’avoir une visibilité à 40-50 ans sur le coût de l’électricité. C’est pourquoi nous voulons que sa part dans notre mix soit de 15 % à terme.

 


(1) l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique.

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1 Commentaire sur "BIP / Enerpresse : Interview de Gérard Mestrallet"

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Oeil de cain
Invité

Dommage que M. MESTRALLET ne s’oriente pas comme les Ecossais vers la turbine à H², parce que dans 20 ans il peut racheter EDF ……… Eolien+Solaire  ……… H² …………Turbine à gaz ………….. électricité verte la moins chère …. et à la demande …………..

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