Bouleversement en vue dans l’électricité européenne !

Il semble que les choses vont cette fois bouger assez fortement. C’est le résultat d’initiatives diverses sur le marché européen où les grandes manœuvres ont déjà commencées. Pour mémoire la prise de contrôle avortée de l’espagnol Endesa par l’allemand E.ON qui s’est terminée par l’arrivée d’Enel, l’EDF italien en Espagne et la récupération de quelques actifs, dont certains en France, par E.ON. Autre bataille, la reprise de l’électricien écossais Scottish Power par l’espagnol Iberdrola, spécialiste de l’éolien, et peu accueillant pour EDF qui souhaiterait pourtant bien le croquer.

En cours actuellement la privatisation de l’opérateur nucléaire britannique Bristish Energy sur lequel EDF s’est prépositionné habilement en achetant d’avance les terrains autours de ses centrales nucléaires existantes. Une manière de préempter la concurrence, voire de la forcer à composer avec EDF si cette dernière perdait la privatisation. Résultat des courses dans quelques semaines. GDF/Suez qui n’ont pu participer à la privatisation de British Energy, ont néamoins racheté récemment et discrètement, la plus grosse centrale électrique du Royaume Uni. Ils disposeront ainsi de l’équivalent de la production de deux tranches nucléaires.

Toujours dans le domaine industriel, la fusion Suez GDF, qui va désormais se mettre en place, a pour corollaire la cession de différentes activités gazières et électriques. C’est ainsi que Suez/GDF va se trouver à la tête de 1100 MW de capacité de vente d’électricité en Italie en provenance des centrales à gaz du pétrolier national italien, ENI, en échange des activités gazières de Distrigaz en Belgique. EDF de son coté récupérera le lot de consolation avec le producteur belge d’electricité SPE, second électricien sur le marché.

Dans un tout autre domaine, le négoce et les échanges d’électricité, signalons la création d’une bourse européenne de l’électricité par l’alliance des deux opérateurs de marché dans ce domaine, le français Powernext et l’allemand EEX (European Energy Exchange). Dans un marché à l’échelle de l’Europe et qui va se morceler au fil des ans et de la concurrence dans chaque pays, il va falloir en effet pouvoir acheter ou vendre de l’électricité pour livraison dans n’importe quel endroit du territoire européen.Contrairement à d’autres énergies, l’électricité voyage en effet assez mal. Elle ne se stocke pas et se transforme en chaleur dans les lignes électriques! C’est sans doute le "produit" énergétique qui génèrera le plus de transactions d’achat/ventes une fois le marché établi.

L’alliance Powernext/EEX est prévue s’établir à Paris. Elle a vocation à accueillir d’autres partenaires comme le Belge Belpex ou surtout le gestionnaire du marché nordique, NordPool Spot, pionnier dans ce domaine.

Autre bouleversement en gestation depuis longtemps sous l’égide de la Commission Européenne la séparation éventuelle des réseaux de distribution et des producteurs.

Nul doute que tout ceci préfigure une redéfinition complète du paysage de la production et de la distribution d’électricité en Europe. Mais, me direz vous, tout ceci n’est que du meccano industriel qui ne va pas nous toucher, nous consommateurs particuliers en bout de chaine, de si tôt. Voici une autre initiative qui devrait vous toucher de plus près. C’est celle de Carrefour en Belgique qui tâte le terrain de la vente d’électricité au consommateur final. Il s’agit pour eux d’apprendre ce marché nouveau pour en comprendre les motivations et les pièges avant de lancer, très vraisemblablement, une attaque d’envergure. Reproduire en quelque sorte ce que la Grande Distribution a parfaitement réussi avec les carburants puis le fioul domestique. Il s’agit presque de défendre leur marché! En plus, c’est infiniment plus simple pour eux que d’entrer dans le marché des carburants puisque les réseaux arrivent déjà chez leur client et qu’il n’y a donc aucune logistique lourde à mettre en place dans ce cas. Un appel d’offre aux producteurs ( c’est leur métier) et le tour est joué. Avec la main mise sur le marché d’EDF en France, il ne sera pas difficile de trouver un ou plusieurs producteur étranger prêt à jouer le jeu pour prendre sa part du marché français qu’EDF de toute façon devra lâcher sous la pression de l’Europe comme France Télécom a du le faire dans le domaine voisin des télécoms.

L’offre est basée sur une vente d’électricité garantie "verte", qui peut être couplée à un contrat d’approvisionnement en gaz.Carrefour propose des contrats de 1,2,ou 3 ans et s’occupe des formalités de changement d’opérateurs. Il s’engage sur un prix fixe inférieurs aux tarifs régulés. En plus, il vous permet par son engagement de fourniture en électricité verte d’économiser l’émission d’une tonne de CO2 par an en moyenne. Un argumentaire déjà bien au point et attractif

Nul doute que tout ceci va faire éclater un marché jusque là très statique. Bien malin qui peut dire ce qu’il en résultera in fine….

NB les Associations de Consommateurs via UFC/Que Choisir ont déjà fait part officiellement en termes sévères de leur opposition à ce que la Grande Distribution pénètrent dans ce marché. Un peu comme si, il y a trente ans, au moment où la Grande Distribution se préparait pour entrer dans la distribution de carburant, l’UFC/Que Choisir leur avait écrit alors pour juger "inopportune" une telle entrée de leur part !!!

[ Archive ] – Cet article a été écrit par CaDerange

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