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Climat : le compte-à-rebours est lancé

I. Une problématique mondiale

Décrite sous différents angles par de nombreux experts, les changements climatiques vécus par plusieurs régions du globe sont incontestablement un des plus grands défis des décennies à venir tant l’ampleur et surtout la rapidité des évolutions en cours semblent s’accélérer année après année.

Mais parce qu’il n’y a pas d’autre solution que de traiter le problème à l’échelle mondiale, que les intérêts respectifs des pays engagés dans ce combat sont très différents et qu’il met en évidence d’importants freins culturels, la mise en oeuvre rapide de solutions très contraignantes est malheureusement peu probable. Le récent accord USA – Chine, qualifié d’historique, en est une nouvelle illustration. Si l’accord en tant que tel mérite d’être salué, d’un point de vue climatique, l’inquiétude demeure tant les objectifs affichés par les 2 pays les plus émetteurs de CO2 sont insuffisants pour contenir les effets des changements climatiques futurs.

II. L’hypocrisie des chiffres

Autre raison qui n’incite pas à l’optimisme : l’hypocrisie des chiffres. Que ce soit les objectifs chiffrés de réduction où les émissions de CO2 en tant que tel, difficile de quantifier précisément les émissions évitées étant donné la part qui revient très souvent aux consommateurs. Que ce soit le secteur automobile ou celui du bâtiment par exemple, à l’épreuve de la vraie vie, les très bonnes performances annoncées par les constructeurs ne sont que trop rarement au rendez-vous.

Et l’hypocrisie ne s’arrête pas là. Dans les pays développés par exemple, les produits manufacturés tel que ordinateurs, smartphones, tablettes, écrans plats, etc… importés par millions chaque année sont à mettre au crédit des pays producteurs. Comment dans ces conditions, réussir à convaincre les pays producteurs de réduire leurs émissions de CO2 si les bénéfices ne leur reviennent pas directement ?

Même constat s’agissant du transport aérien : profitant à plein des faiblesses de la réglementation, les émissions de CO2 de l’aviation civile continuent de progresser à un rythme inquiétant, sans aucune sanction financière, pour le plus grand bonheur de quelques centaines de millions de privilégiés qui parcourent le globe pendant que les 5 milliards restant regardent les avions passés dans le ciel.

II . Une vraie question citoyenne

Outre la part de responsabilité qui revient aux décideurs politiques et aux multi-nationales très émettrices, rappelons qu’à l’origine des importantes émissions de CO2 et de CH4, il y a des modes de vie et des attentes citoyennes qui n’incitent pas vraiment à l’optimisme. Ce constat vaut tout particulièrement pour les habitants des pays développés qui font rarement preuve de volontarisme pour limiter d’eux même leurs émissions de gaz à effet de serre en adoptant des modes de vie beaucoup plus sobres et plus vertueux.Quant au cas de la France et de sa relative exemplarité en matière de rejet de CO2 par habitant, est-il besoin de rappeler que celle-ci est en très grande partie due à la part du nucléaire dans la production électrique nationale? Une performance non reproductible à l’échelle mondiale qui pose par ailleurs d’énormes interrogations quant à la gestion durable des déchets radioactifs à longue vie et au démantèlement futur des centrales les plus anciennes.

IV. Dire la vérité aux citoyens

Parmi les raisons qui freinent la mise en place d’un nouveau modèle, la foi sans limite en la technologie toute puissante. Pourtant, ce que veulent les français, c’est entendre la vérité. Les promesses non tenues, sur un sujet aussi grave que celui-là, les citoyens en ont assez.
Là encore, le cas de l’industrie automobile est assez révélateur : ces 15 dernières années, de nombreuses innovations pour réduire la consommation de carburant des voitures ont vu le jour. Hélas, au quotidien, force est de constater que les économies réalisées sont loin d’être à la hauteur des promesses. La généralisation à venir des technologies hybride et électrique n’y changera pas grand chose : on est là face à un problème de volume. Les énergies renouvelables ont beau offrir des perspectives très prometteuses pour l’avenir, en aucun cas, elles n’auront la capacité de remplacer à l’identique les énergies fossiles en tête desquelles le pétrole qui alimente aujourd’hui le parc automobile mondial.

Le vrai potentiel est donc ailleurs : faire passer l’automobile à pétrole du statut de propriété individuelle à celui de service en mobilité. Couplée aux nouveaux outils numériques, l’automobile dispose d’un potentiel d’optimisation de ses usages considérable, notamment à l’intérieur des grandes agglomérations. Une seule condition : en finir avec les vieux modèles économiques du passé qui font la part belle à la production de masse et à la propriété individuelle plutôt qu’à l’économie des ressources naturelles, à l’efficacité et à l’usage.

V. Vers un nouveau modèle de développement

Finalement, quand on y réfléchit bien, cette problématique du changement climatique n’est rien d’autre qu’un très gros problème de physique dans lequel, la question indirectement posée est la suivante : quelle quantité de ressources naturelles l’humanité peut-elle capter chaque année sans mettre en péril les conditions même de son existence ?

Sur la base du modèle actuel – celui du toujours plus – les limites de la planète sont déjà atteintes quand elles ne sont pas déjà dépassées. Pourtant à écouter nos (vieux) décideurs, la croissance du PIB demeure leur préoccupation n°1 quand bien même elle n’a plus aucune réalité physique.

Si à court et moyen terme, l’amélioration de l’efficacité énergétique constitue un levier d’action à ne pas négliger, à plus long terme, on revient inéluctablement à la question posée précédemment.

A ce titre, la révolution numérique en cours constitue un levier parmi d’autre pour réduire la pression sur les écosystèmes malgré les effets induits que l’on sait. Un levier à ne pas négliger, générateur de centaines de milliers d’emplois potentiels, qu’il serait regrettable de ne pas accompagner positivement au prétexte qu’il est aussi synonyme de destruction massive d’emplois existants. Sur ce point, la balle est plus que jamais dans le camp des décideurs. Pas sûr que tous en aient conscience. Espérons au moins qu’ils se réveilleront à temps faute d’avoir su laisser leur place à d’autres personnalités mieux éclairées et mieux à même de traiter la question…

Vive le futur sobre et intelligent!

[ Archive ] – Cet article a été écrit par G. Porcher



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