CO2 : la menace des zones mortes en expansion

Les océanologues s’inquiètent depuis plusieurs décennies de l’expansion des zones mortes, ces immenses nappes d’eau dépourvues d’oxygène où les espèces supérieures ne peuvent pas survivre.

Les principaux responsables de ces désastres écologiques sont les engrais agricoles drainés aux embouchures des fleuves. Ainsi, toutes les formes de vie supérieure ont disparu en quelques dizaines d’années autour du delta du Mississipi et dans plus d’un quart de la mer Baltique. Les bactéries qui occupaient ces espaces avant l’apparition de la première forme de vie terrestre ont repris le contrôle de ces mers, annihilant plusieurs milliards d’années d’évolution.

Une équipe de chercheurs danois vient de dresser un constat encore plus alarmant de la situation, en interprétant une dramatique expansion de ces zones comme un effet secondaire du réchauffement qui touche notre planète. Si leurs prédictions sont exactes, les océans du monde entier pourraient à terme abriter plus de dix fois plus de zones mortes qu’aujourd’hui. Si les scientifiques espèrent que la vie pourra reconquérir les zones mortes côtières grâce à un contrôle accru des engrais agricoles, ce n’est pas le cas des nouvelles zones déficitaires en oxygène, qui le resteraient pour des millénaires. Un grand nombre d’écosystèmes océaniques serait alors à jamais perturbés. Les conclusions de cette étude ont été publiées dans la revue Nature Geoscience.

Le professeur Gary Shaffer, du Niels Bohr Institute à l’Université de Copenhague a utilisé le modèle informatique du DCESS (Danish Center for Earth System Science) pour effectuer des projections sur les 100.000 prochaines années. L’accumulation de dioxyde de carbone dans l’atmosphère réchauffe la planète et, beaucoup plus lentement, les océans. Ce phénomène altère la chimie marine et diminue en particulier la capacité des mers à absorber l’oxygène, créant ainsi de nouvelles zones mortes en surface. La décomposition des animaux morts d’anoxie contribue alors naturellement à l’expansion de ces zones. Le réchauffement devrait par ailleurs entraîner une baisse considérable de l’intensité des courants marins qui empêchent aujourd’hui la propagation des zones mortes en brassant en permanence les eaux dénuées d’oxygène.

"Notre modèle prévoit des phénomènes importants de disparition des poissons et crustacés, particulièrement au large des côtes ouest des continents américains. Ceci est très inquiétant en raison de ce que l’on sait du passé" explique Gary Shaffer. L’appauvrissement des mers en oxygène est en effet le probable responsable de plusieurs des extinctions de masses qui ont touché notre planète. De plus la dénitrification engendrée par l’absence d’oxygène vide les mers de certains nutriments essentiels, au profit de planctons qui sont capables de fixer l’azote dissout. Ceci, combiné à l’acidification des mers qui résulte également de la présence de gaz à effets de serre, augure des bouleversements futurs profonds et imprévisibles dans les chaînes alimentaires marines.

"C’est le futur de la fonction de garde-manger perpétuel des océans qui sera menacé par l’expansion des zones mortes" met en garde le professeur Shaffer. "Il faut réduire la présence de CO2 dans l’atmosphère pour éviter l’appauvrissement en oxygène et l’acidification des océans, et surtout se prémunir de leurs terribles conséquences à long terme."

BE Danemark numéro 23 (28/07/2009) – Ambassade de France au Danemark / ADIT – http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/60139.htm

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