Comment repenser les villes pour améliorer la qualité de vie des citadins ?

Cette étude montre notamment que la consommation énergétique aura des conséquences déterminantes sur la qualité de l’eau, élément vital pour les habitants. De leur côté, les habitants des villes détermineront l’adoption des outils de communication. Agir sur un seul de ces réseaux aura donc des conséquences sur l’intégralité du système. D’où l’importance de ne pas se contenter de capter des données mais de faire en permanence un suivi de l’état des réseaux. Et également de doter ces derniers d’outils de mesure précis et interconnectés qui permettront d’analyser et mutualiser les données.

Cette étude montre également que les enjeux ne concernent pas que l’optimisation des ressources et souligne que "mieux ces systèmes fonctionnent, plus il y a de chances pour que la ville crée une prospérité durable". Ces différents outils créeront également de nouvelles perspectives pour les entreprises. "Par exemple, le besoin de rendre les systèmes d’une ville plus écologiques est une opportunité pour deux types d’entreprises" précise l’étude "Celles qui travaillent sur l’utilisation plus efficace des ressources rares et celles qui proposent des solutions moins polluantes". Ce développement des villes intelligentes stimulera aussi l’innovation et la compétitivité. Et sera donc source de création d’emplois.

L’étude indique qu’un investissement de 7 milliards d’euros dans l’énergie verte, la santé et le haut débit devrait créer près d’un million d’emplois aux Etats-Unis et que, pour réussir à saisir ces opportunités de rendre la ville intelligente, il vaut mieux être audacieux. "Attendre le consensus politique ou que des solutions sans risque, faciles, avérées, soient validées, ce n’est pas la bonne approche". Pour Susanne Dirks, qui a dirigé cette étude, les gagnants de ce jeu seront ceux qui se montreront intrépides et rapides. Côté technologie, la collecte des informations s’effectuera par exemple via des capteurs, qui relèvent des données sur la qualité ou l’efficacité du système d’eau, ou encore les problématiques de congestion du trafic.

Mais rendre la ville intelligente ne passe pas forcément par de nouvelles infrastructures. Il faut également innover dans l’utilisation des outils et équipements existants. C’est ainsi que pour prédire l’intensité des prochaines inondations aux Etats-Unis, des chercheurs de l’Université de Tel Aviv (TAU) utilisent les antennes relais des réseaux mobiles. Ils ont constaté que l’humidité détériore la qualité des signaux émis par les antennes lorsque les utilisateurs téléphonent ou s’envoient des messages. Du coup,"en calculant le taux d’humidité ambiante autour des antennes relais et en le comparant avec la qualité du signal émis, il est possible de construire un modèle de prédiction efficace", explique Pinhas Alpert, responsable du projet.

Ces donnés couplées avec la pluviométrie ont permis aux chercheurs d’améliorer les modèles prévisionnels d’alerte contre les inondations. Pour mettre au point leur technologie, les chercheurs ont réalisé des tests dans une zone inondable du désert de Judée en Israël, où le nombre d’antennes relais est assez important. Cette étude a été réalisée en partenariat avec les opérateurs israéliens Cellcom et Pelephone, qui ont fourni les données nécessaires aux mesures. Ce nouvel outil permet d’anticiper les changements de climat et d’éventuelles catastrophes pour évacuer les populations. Selon ces concepteurs, cette technologie est très facile à mettre en place puisque l’infrastructure existe déjà : des centaines de milliers d’antennes sont déjà installées.

En Europe, la cité italienne de Salerno et IBM ont lancé quatre projets qui numérisent les outils urbains existants. Le but est de rendre la ville plus adaptée aux besoins des citoyens. Par exemple, afin de moderniser et de développer le tourisme, ils ont installé des étiquettes RFID à travers la ville afin de mieux exploiter le potentiel culturel de la cité. Cela crée un chemin touristique capable de fournir des informations complémentaire sur les monuments en "push" directement sur les mobiles des passants.

Salerno va également mettre en place un outil de gestion du trafic en utilisant les feux de signalisation et les caméras de surveillance. Ce, afin de mettre en place un central d’information sur la circulation, les places de parking disponibles en centre ville et le prix de ces stationnements. Un autre projet va rendre la ville accessible aux personnes malvoyantes, en créant une route qui mènera les aveugles d’un parking précis au théâtre.

Pour cela, des capteurs sont installés le long du chemin, sur les trottoirs. La canne du non voyant intègre également des capteurs qui repèrent l’environnement et transfère ces données au mobile. Enfin, pour améliorer le quotidien des personnes âgées, un outil de monitoring à distance de la santé sera mis en place. Il se compose d’un appareil électronique baptisé "je me sens bien". Il contrôle la pression sanguine, rappelle aux anciens de prendre leurs médicaments et met en ligne des rapports accessibles au médecin et à la famille sur l’état de santé de la personne.

Mais la technologie n’est pas tout et les grands défis urbains du futur, comme la pollution, ne seront surmontés qu’en innovant également au niveau des usages et des comportements. Pour amener les pouvoirs publics à réagir, on peut aussi s’appuyer sur une action citoyenne et des outils communautaires.

Pour faire prendre conscience au public des conditions environnementales dans les villes américaines, les chercheurs d’Intel et de l’université de Berkeley proposent de créer une dynamique communautaire et civique pour entraîner des changements dans la gestion publique. Ils ont donc conçu et mis en ligne des outils collaboratifs accessibles via Internet et mobiles. Le but est d’obtenir des interprétations communes des phénomènes et un moyen de lancer des actions collectives. Les chercheurs apportent ainsi les outils nécessaires à la création d’une cartographie sociale de l’environnement.

Pour recueillir les données, ils ont créé un réseau mobile de capteurs qui analysent en permanence la qualité de l’air. Dans le cas de San Francisco, ce sont les véhicules des services de voirie qui ont été équipés. Les senseurs embarquent des GPS afin de relever leur position dans la ville. Ils mesurent le monoxyde et le dioxyde d’azote, le carbone, l’ozone, la température et l’humidité. Les données sont envoyées vers une base de données par message texte sur le réseau GSM. Elles sont ensuite rendues visibles grâce à un outil de visualisation sur Internet et mobile. Cette action s’inscrit dans le projet Common Sens (sens commun) qui vise à développer une plate-forme de capteurs et de logiciels. Les groupes et des individus sont ainsi à même de collecter des données environnementales. D’autres actions sont mises en place dans les principales villes des Etats-Unis. Dans ces cas, ce sont les citoyens qui embarquent des capteurs afin de faire les relevés.

Ces récentes études et expérimentations urbaines montrent que les défis liés au changement climatique, à la pollution et aux transports nous obligent à repenser les concepts qui fondent l’urbanisme. Il faut agir simultanément sur trois niveaux d’innovation distincts bien qu’interdépendants : le niveau techno-économique, en faisant les bons choix stratégiques en matière d’activités économiques et d’outils technologiques, le niveau socio-culturel, en valorisant le capital culturel local et en favorisant la mixité et la fluidité sociale et le niveau civique et coopératif, en inventant de nouveaux outils démocratiques et de nouvelles formes de participation interactive aux processus de décisions politiques, afin que les habitants s’approprient les politiques urbaines et participent de manière active à leur mise en œuvre et à leur évaluation.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par René Tregouët

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