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COP17 : « Nous n’accepterons pas un mandat de Durban »

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La coalition "Climate Justice Now" lance l’appel "Pas de dérobade" au prétexte d’un "mandat de Durban", qui précise les raisons d’un refus de tout résultat ici à Durban qui bloquerait "le processus à de faibles ambitions et à l’inaction pour des années, condamnant des milliards de personnes en Afrique et partout dans le monde à subir les pires impacts du réchauffement climatique".

Un nouveau mandat pour un nouveau traité qui prenne la place du Protocole de Kyoto devrait être compris pour ce qu’il est vraiment : les pays riches reviennent sur leurs pas et renient les obligations qui les dérangent, au détriment des pauvres et de la planète.

Alors que les pays développés peuvent apparaître comme progressistes en demandant un mandat pour négocier un nouveau traité juridiquement contraignant, la vérité est que ce n’est rien de plus qu’une tentative voilée de tuer le Protocole de Kyoto et d’échapper à leurs obligations d’atténuation supplémentaires qu’ils devraient prendre, en vertu du mandat existant déjà dans le protocole lui-même et dans l’accord de 2005, pour négocier des réductions supplémentaires des émissions. Aboutir sur une déclaration politique annonçant la poursuite du protocole de Kyoto revient, en pratique, à l’enterrer. Ce ne sera rien de plus qu’un amendement formel légal et un processus de ratification qui aboutiront sur une coquille vide du Protocole de Kyoto.

Convenir d’un nouveau mandat signifierait que toute action est effectivement retardée de cinq à dix ans.
Un nouveau traité va prendre plusieurs années de négociations et plusieurs années nécessaires à sa ratification. De plus, il n’y a aucune assurance que les pays qui ont renié l’architecture juridique existante, comme les Etats-Unis, seront d’accord pour ratifier un nouvel accord, ni que cet accord ne soit pas un système faible et inefficace « d’engagements volontaires ».

Les pays développés doivent de toute urgence accroître leurs objectifs de réduction d’émissions. Comme les derniers rapports de l’Agence internationale de l’énergie l’indiquent clairement, des réductions drastiques des émissions sont aujourd’hui nécessaires pour avoir une chance réelle de limiter la hausse de la température à 1,5°C.

Les actuelles promesses de réduction d’émissions vont nous conduire à une augmentation de température de 5°C. Pour l’Afrique, cela signifie 7 ou 8°C de réchauffement et d’inimaginables souffrances humaines. C’est pourquoi une approche basée sur des engagements volontaires avec des règles de vérification faibles, plutôt que l’approche du Protocole de Kyoto, ses engagements juridiquement contraignants et des règles internationales qui donnent un sens à ces engagements, est totalement insuffisante pour assurer les réductions nécessaires d’émissions.

Alors que de nombreux pays développés conditionnent toute action ultérieure, y compris accomplir leurs obligations juridiquement contraignantes à travers une deuxième période d’engagement du Protocole de Kyoto, à des actions plus importantes de la part des économies émergentes, les promesses des pays en développement sont déjà bien plus importantes que les engagements pris par les pays développés. En fait, si l’on prend en compte tous les échappatoires existants et l’utilisation des marchés du carbone, les pays développés pourraient au final ne pas contribuer à la réduction des émissions d’ici 2020.

Alors que de nombreux pays développés cherchent à mettre fin au protocole de Kyoto, ils tentent simultanément de conserver et étendre les éléments du protocole de Kyoto qui ont leur faveur, comme les Mécanismes de Développement Propres (MDP), en les intégrant dans un nouvel accord et en déplaçant leurs propres responsabilités sur les pays en développement. Sans réduction d’émissions juridiquement contraignantes sous le Protocole de Kyoto, les pays développés ne doivent pas être autorisés à avoir accès aux marchés du carbone. En outre, avec l’effondrement du prix du carbone, les engagements dérisoires de réduction d’émissions des pays développés, il n’y a pas de justification à la poursuite des MDP ou à la création de nouveaux mécanismes de marché.

Les pays développés doivent augmenter leur ambition et cesser de blâmer les autres pays qui ont beaucoup moins contribué à la crise climatique, mais qui cependant se sont engagés sur des actions bien plus importantes. Les pays en développement sont à la hauteur de leurs promesses faites à Bali, tandis que les pays développés tentent de réécrire les règles du jeu pour éviter de satisfaire à leurs obligations.

Les pays développés refusent également aux pays en développement les financements et technologies nécessaires pour résoudre la crise climatique. La mise à disposition par les pays développés de financements aux pays en développement est une obligation en soi. Cela ne doit pas être utilisé comme monnaie d’échange dans les négociations de Durban, et les pays développés ne doivent pas les faire miroiter aux pays pauvres comme un pot de vin pour obtenir un mauvais accord en termes d’atténuation. Le même raisonnement s’applique à la mise en place du Fonds vert pour le climat. La réussite de Durban dépend du fait que le Fonds vert pour le climat ne soit pas transformé en une coquille vide et inefficace.

Nous n’accepterons pas un « mandat de Durban » ou tout autre résultat qui verrouille le processus à de faibles ambitions et à l’inaction pour des années, et qui condamne des milliards de personnes en Afrique et partout dans le monde à subir les pires impacts du réchauffement de la planète.

Premiers signataires :

Africa Trade Network
Alternative Information Development Centre
Democratic Left Front
Friends of the Earth International
groundWork, Friends of the Earth, South Africa
Jubilee South (Asia Pacific)
Pan African Climate Justice Alliance
Rural Women’s Alliance
South Durban Community Environmental Alliance
Southern African Faith Communities’ Environment Institute
Third World Network
Trust for Community Outreach and Education
Institute for Agriculture and Trade Policy
Philippine Movement for Climate Justice
Fairwatch – Italy
Greenovation Hub
Earth Day for Almost Extinct Animals
KRuHA – Indonesia; people’s coalition for the right to water
Focus on the Global South
African Biodiversity Network
Polaris Institute, Canada
IBON International
The Peoples Movement on Climate Change
Ecologistas en Acción – Spain
ATTAC – France
Aitec
Council of Canadians
Centre for Civil Society Environmental Justice Project (Durban)
Unitarian Universalist Association of Congregations
College of the Atlantic
Earth in Brackets
Labour,Health and Human Rights Development Centre
Institute for Sustainable Development, Addis Ababa, Ethiopia
Center for 21st Century Issues (C21st), Nigeria
Gender, Environment and Climate Action Network (GECAN), Nigeria
Economic Justice Network of the Fellowship of Christian Councils in Southern Africa
International Institute for Climate Action Theory
Center for Biological Diversity
Umphilo waManzi
International Forum on Globalization
CRBM (Italy)
Gender Action
International Foundation for African Children (IFAC)
Occupational and Environmental Health, Nelson R. Mandela School of Medicine
ActionAid International
The Zygote Project
Center for Environmental Concerns – Philippines
Centre for Civil Society Environmental Justice Project
Syabangena Medea
Energy and Climate Policy Institute Korea


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    9 Commentaires sur "COP17 : « Nous n’accepterons pas un mandat de Durban »"

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    Pastilleverte
    Invité
    à force de répéter des approximations et des choses infondées incorrectes ou carrèment fausses, on va finir par y croire ! Ce CO2 centrisme, soit-disant LA solution aux conséquences environnementales, économiques et sociales de tout changement climatique important, quel qu’en soit la cause, est un bon moyen pour aller dans le mur en octroyant des sommes colossales à des causes qui n’envalent pas la peine. Education santé, alimentation, accès à l’eau et à l’assainissement, etc, voir les 8 objectifs du millénaire, définis par l’ONU, qui n’évoquent aucunement le RC, sont déjà des objectifs très ambitieux et indispensables, eux, à la… Lire plus »
    Wilfried
    Invité

    Bien avant les émissions de CO2 et de gaz à effet de serre de l’ère industrielle, le climat a chagé d’une façon considérable enAfrique et ailleurs. La preuve la plus évidente, c’est le Sahara qui, il y a six mille ans voyait des gazelles, des girafes … galoper dans la savane, poursuivies par des lions. Ce dont témoignent de nombreuses peintures rupestres aux abords de différents massifs montagneux . Le niveau de la méditerranée a aussi varié de façon relativement importante en méditerranée, depuis l’antiquité, comme le montrent diverses recherches archéoloiques.

    Nicias
    Invité
    Le niveau de la méditerranée a aussi varié de façon relativement importante en méditerranée, depuis l’antiquité, comme le montrent diverses recherches archéoloiques. Oui je me souviens d’un archéologue qui travaillait sur des ruines, ils avaient du refaire la carte d’une ile greque. Le niveau de la mer était 1,5m plus haut aujourd’hui ! Et dans mon Thucydide, le traducteur corrige sans cesse les valeurs historiques (taille des iles, largeur des détroits etc …). Soit l’historien avait le compas dans l’œil, soit ces distances ont changé. Ceci dit, pour la Grèce, je pense que c’est plus sismique que climatique. Quand au… Lire plus »
    Reivilo
    Invité

    Si JM Jancovici fait preuve de beaucoup d’aveuglement sur le nucléaire, par contre on ne peut pas nier que son site soit une mine d’information pour répondre à vos questions sur le dérèglement climatique. Même si aujourd’hui il semble un peu farfelu et Claude-Allègrien de discutter encore sur la véracité du phénomène ou sur sa corrélation avec l’utilisation des ressources fossiles.

    Dan1
    Invité

    Qui croire : Milankovitch ou le GIEC ? Réponse : les deux, car on parle de deux choses différentes. On peut raisonnablement espérer le retour d’une ère glaciaire… mais pas en 2100 ! D’ici là, le forçage anthropique sera peut être un poil trop fort pour les générations futures. Pour les historiens : lire le livre de Emmanuel Le Roy Ladurie « histoire du climat depuis l’an mil ».

    Nicias
    Invité

    Je crois que vous vous méprenez, le sahara vert, c’est au début de l’holocène, soit l’interglaciaire actuel. Il y faisait probablement plus chaud qu’aujourd’hui même si les reconstructions sont pas super fiables (on ne notait pas encore les dates des vendanges qui sont pas très fiables non plus…). Pour en savoir plus:

    Dan1
    Invité

    Pour Nicias. Oui je savais que le Sahara avait été vert juste avant « l’histoire » et d’ailleurs il en subsiste quelques traces. Cela n’est pas incompatible avec Milankovith et le GIEC.

    Nicias
    Invité
    @Dan1 J’avais déduit de votre référence à Milankovitch, dont personne n’avait parlé, que vous pensiez qu’à l’époque du Sahara vert, la terre était plus froide. Vos traces, ce sont sans doute les énormes quantitées d’eau souterraines qui servent au Niger à l’exploitation des mines d’uranium^^ C’est d’autant moins incompatible avec le GIEC qu’il me semble que les modèles prévoient un déplacement des précipitations d’équateur vers le nord. Cela doit être plus compliqué que cela, mais je n’irai pas vérifier, je n’ai pas un cerveau formaté pour comprendre rapidement ce genre de choses. @Revilo Si JM Jancovici fait preuve de beaucoup… Lire plus »
    Dan1
    Invité

    Non je ne pensais pas aux eaux souterraines mais à celles de surface qui ont permis des choses assez incroyables comme la survie des crocodiles en plein désert : C’est pour cette raison qu’il existe une espèce particulière :

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