Copenhague: questions à Yannick Jadot, député européen

Militant écologiste de la première heure,  l’ancien directeur des campagnes de Greenpeace France, Yannick Jadot a endossé depuis juin 2009, le costume de député européen du parti "Europe Ecologie".

Faisant partie de la délégation des observateurs présents à la Conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique, il nous livre ci-dessous ses objectifs et sa conception d’un "bon accord" aux termes des négociations.

La délégation de l’Union Européenne tenant un rôle d’observation, plus que de partie prenante à Copenhague, que penser du poids effectif du Parlement européen à ce sommet?

Le poids du Parlement européen pendant le Sommet peut en effet sembler limité. Mais le rôle des parlementaires présents ne sera pas tant d’influencer les négociations à Copenhague : ils ont eu l’occasion de le faire en adoptant une position par leur résolution sur la négociation climatique ou en travaillant sur le paquet énergie climat ou les autres politiques énergétiques européennes. Ils pourront échanger avec les parlementaires et les négociateurs des autres pays ou encore avec les associations et ainsi préparer le futur. Ils devront surtout aider au décryptage de l’accord qui sera obtenu à Copenhague. En effet, la négociation climatique est tellement complexe qu’il sera facile pour chaque pays, quel que soit l’accord final obtenu, d’imposer son plan de communication. Il sera tentant de tenir des discours grandiloquents sur la menace climatique, la photo de famille de dirigeants nous assurant que « le monde est sauvé »; il sera facile, en cas d’échec flagrant, de désigner un autre pays comme bouc émissaire et d’éviter ainsi d’assumer sa responsabilité. Si l’accord est mauvais et si l’UE se comporte mal dans la négociation, c’est notre responsabilité de le faire savoir et de porter notre analyse dans les medias.

Pourquoi l’Europe n’a-t-elle pas su maintenir le leadership en matière climatique, atteint en décembre 2008 avec l’adoption du paquet climat?

Que l’UE ait atteint le sommet de son leadership sur le climat avec l’adoption du paquet énergie climat me semble… discutable ! Tout d’abord, le paquet ne répondait pas à une question fondamentale : quel soutien financier l’Europe est-elle prête à apporter aux pays en développement pour les aider à faire face à la crise climatique? Elle avait pourtant l’occasion de s’engager, de manière ferme, à consacrer une partie du revenu de la mise aux enchères des droits à polluer des industriels à l’aide aux pays en développement. En y consacrant au moins 30 milliards d’euros par an comme le demande le Parlement européen, elle aurait eu une position équitable. Elle a échoué. Et un an après, elle n’a toujours pas réussi à répondre à cette question malgré ses promesses répétées de le faire. Deuxièmement, le paquet a sacralisé l’objectif européen de réduction des émissions de 20% d’ici à 2020 par rapport à 1990. Mais pas celui de 30%, quand les scientifiques recommandent 40%. 20% par rapport à 1990, c’est seulement 10% de moins par rapport à aujourd’hui ! A peine mieux que les engagements du Protocole de Kyoto. Donc non, l’adoption du paquet énergie climat n’a pas été l’âge d’or du leadership européen sur le climat. Et malheureusement, l’Europe n’a pas été capable d’avancer depuis, alors que le monde a profondément changé avec le retour des Américains sur la scène internationale, le retournement japonais ou les propositions ambitieuses de plusieurs grands pays émergents.

Pourquoi l’Europe n’arrive-t-elle pas à être le leader de la lutte contre les changements climatiques?

A mon avis, répondre à ce défi requiert de s’engager dans une véritable transition énergétique. De passer du pétrole, du gaz, du charbon ou de fausses solutions comme le nucléaire, aux économies d’énergie et aux énergies renouvelables. Mais les dirigeants européens restent prisonniers de l’ancien modèle énergétique. Au mieux, ils sont prêts à modifier la répartition énergétique entre le gaz, le charbon, le pétrole et nucléaire. Mais ils ne croient fondamentalement pas dans les économies d’énergie et les énergies renouvelables. Ils comprennent que c’est populaire mais n’y voient qu’une niche, un peu comme le bio. Cela ne fait pas partie de leur logiciel, de leur schéma de pensée, bien qu’il y ait des millions d’emplois nouveaux à la clef et une formidable opportunité pour réduire notre dépendance et nos factures énergétiques. Les dirigeants français sont trop attachés au modèle énergétique traditionnel, représenté par des grandes entreprises industrielles françaises et multinationales, ses pseudo-fleurons, comme EDF, Areva, Total, Renault ou Peugeot. Combiné à la faiblesse du lobby des énergies renouvelables par rapport à ces mastodontes, ou à la quasi inexistence du lobby des économies d’énergie, on peut comprendre pourquoi on ne s’engage pas dans une véritable transition énergétique. Et c’est également les raisons pour lesquelles la directive votée en 2008 pour limiter les émissions des voitures est si faible – le plan de relance européen se focalise sur la capture et stockage du carbone – et aussi pourquoi l’engagement européen de réduction de 20% de la consommation d’énergie n’est pas juridiquement contraignant.

Un accord politique à la place d’un accord juridiquement contraignant serait-il un échec pour l’Union Européenne?

Un accord non contraignant serait un échec pour l’Union européenne mais surtout pour le monde. Ceci étant, ce n’est pas parce que l’accord trouvé à Copenhague n’est pas contraignant qu’il ne le deviendra pas dans les mois qui suivent. A Copenhague, il faut se mettre d’accord sur des objectifs ambitieux mais aussi sur le fait que, à terme, l’accord devienne juridiquement contraignant. C’est un point sur lequel l’Europe doit rester forte face aux Américains, dont les réticences au multilatéralisme et à tout accord international contraignant sont bien connues. À Obama de changer cela, de remettre les Etats-Unis réellement au cœur du système multilatéral.

Quel sens donner aux contraintes en termes d’émissions de gaz à effet de serre de l’UE (objectif, -20%), si elle seule s’impose des limites?

Il faut arrêter de faire comme si seule l’Europe agissait pour réduire ses émissions. Les autres pays industrialisés sont en train d’acter des politiques nationales de plus en plus ambitieuses pour réduire leur consommation d’énergie, développer les énergies et donc réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Les engagements qu’ils sont prêts à prendre en termes d’objectifs sont bien souvent comparables à ceux de l’Europe. N’oublions pas que, quand l’Union européenne dit qu’elle va réduire ses émissions de 20% d’ici à 2020, c’est par rapport à 1990, pas par rapport à maintenant ! En fait, comme je l’ai indiqué précédemment, il s’agit d’une réduction de seulement 10% par rapport à aujourd’hui. Tous les pays riches doivent faire mieux, et cela est aussi vrai pour l’Europe. Les choses vont davantage dans le bon sens côté grands pays émergents. Contrairement à ce qu’on peut entendre ici et là, ils agissent déjà et sont prêts à agir encore plus. Des études montrent même qu’ils font des efforts plus importants que les pays riches en général, dont l’Europe ! N’oubliez pas que la Chine est en train de devenir le leader mondial des énergies renouvelables, et qu’elle a amélioré son efficacité énergétique de 20% en 5 ans ! Donc l’Europe n’est pas la seule à faire des efforts. Et elle a beaucoup à gagner à agir plus : des millions d’emplois nouveaux, moins de dépendance aux importations énergétiques, plus d’innovation…

Les tensions internes à l’UE, entre derniers pays entrants et Europe de l’Ouest relatives au financement de l’aide à l’adaptation au changement climatique ont-elles une chance de se résoudre? Ces tensions sont-elles symptomatiques des tensions globales entre Pays du Nord et Pays du Sud?

Ces tensions intra-européennes sur le financement sont évidemment symptomatiques des tensions entre le Nord et le Sud au niveau mondial. Ce que demandent les pays de l’Est, c’est que l’effort financier européen soit réparti de manière équitable. Pour eux, cela veut dire répartir cet effort principalement en fonction du niveau de richesse de chaque pays. Leur demande est légitime : c’est ainsi qu’on s’est réparti l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre ou de développement des renouvelables dans le cadre du paquet énergie-climat ! C’est ainsi qu’on a résolu la question de la solidarité entre pays européens. Mais de grands pays de l’Ouest s’opposent à ce qu’on applique le même mécanisme de solidarité au niveau international. Ils souhaitent répartir l’effort financier surtout en fonction des niveaux d’émissions actuels; afin de réduire leur contribution individuelle et la contribution collective européenne. Pourquoi ce qui est équitable au sein de l’Europe ne le serait-il pas à l’extérieur ? Avec ce cynisme, l’Europe ne joue pas son rôle : être un laboratoire de résolution solidaire des problèmes internationaux.

Quel serait pour vous, un bon accord à Copenhague?

Ce serait un accord cohérent avec les recommandations des scientifiques, et dans lequel les pays riches assumeraient leur devoir de solidarité envers les pays du sud. Un accord, qui deviendrait par la suite contraignant, et qui conduirait les pays riches à réduire leurs émissions dans le haut de la fourchette 25-40% d’ici à 2020 par rapport à 1990, comme recommandé par les scientifiques. Un accord dans lequel les grands pays émergents s’engageraient à renforcer leurs politiques nationales de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Un accord dans lequel les pays riches s’engageraient à mobiliser environ 7 milliards d’euros par an dès l’année prochaine pour aider les pays du Sud, cette contribution augmentant ensuite pour atteindre au moins 30 milliards en 2020.

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9 Commentaires sur "Copenhague: questions à Yannick Jadot, député européen"

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irisyak
Invité

Merci à un député européen qui fait un très gros effort de pédagogie. C’est rare qd il est question des affaires européennes! Ceci dit nous disons que le CO² n’est qu’une toute petite partie d’un tout beaucoup plus vaste: Il faut ajouter le méthane (plus grave!), la surpopulation, biodiversité, albedo, finance, urbanisme à reconstruire etc.. cf:

Pastilleverte
Invité
en accord assez fort avec Vincent Courtillot : 1/ la démographie (avec en parallèle l’éducation, notamment des femmes dans les PVD) 2/ l’accès à leau potable et à l’assaisnissement 3/ contrôler l’urbanisation galopante en particulier les déchéts 4/ s’attaquer massivement aux grandes maladies (malaria, sida, infections pulmonaires…) 5/ régler le problème de la faim/nutrition 6/ poser une politique globale sur la déforestation/reforestation  7/ trouver les meilleurs solutions (équilibre coûts/rendement/robustesse/simplicité) pour des énergies “vraiment” renouvelables et “vraiment vertes” (analysées en cycle de vie) NB ce point 7/ recouvre la réduction du CO2 et c’est le seul endroit où ce point devrait être… Lire plus »
Dan1
Invité
Yannick Jadot dit : “N’oublions pas que, quand l’Union européenne dit qu’elle va réduire ses émissions de 20% d’ici à 2020, c’est par rapport à 1990, pas par rapport à maintenant ! En fait, comme je l’ai indiqué précédemment, il s’agit d’une réduction de seulement 10% par rapport à aujourd’hui.” Puis : “Un accord, qui deviendrait par la suite contraignant, et qui conduirait les pays riches à réduire leurs émissions dans le haut de la fourchette 25-40% d’ici à 2020 par rapport à 1990” Il sous-entend d’abord qu’une réduction de 20 % rapport au niveau de 1990 est moins contraignant qu’un… Lire plus »
David c.
Invité
Citoyen ! Les soi disant scientifiques du GIEC ( ) ont été pris la main dans le sac, depuis des années ils ont manipulé l’opinion mondiale afin de faire croire au réchauffement globale pour faire plier les dirigeants politique devant leur folie idéologique. Le scandale du Climate Gate sera le scandale qui changera l’histoire ! La fin de l’aventure humaine ? Les écologistes radicales et les financiers internationaux se sont associés dans une bataille pour instaurer des politiques d’austérité, des politiques de coupes claires de budgets, de remboursement de la dette avec des taxes soi disant verte, comme sous les… Lire plus »
Dan1
Invité
Ce lien est très visuel, c’est plus pratique que de fouiller dans les tableaux de données. Nous sommes donc bien d’accord sur le calcul : 1990 est moins contraignant que 2009 pour ceux qui ont fait l’effort de réduire leurs émissions plus tôt. En revanche, 1990 est plus contraignant pour ceux qui ont laissé filer leurs émissions et ont donc tout intérêt à prendre pour référence une date beaucoup plus récente. En résumé, L’Europe (enfin certains pays, mais pas l’Espagne par exemple) a intérêt à garder 1990, en revanche les Etats Unis et a fortiori la Chine ont intérêt à prendre 2005… Lire plus »
Guydegif(91)
Invité
Merci à Benkebab pour son analyse et le lien super intéressant: ce super graphique interactif des émissions mondiales (merci Le Monde). Graphiques dynamiques interactifs super utiles, intéressants et bien faits. Dommage qu’il y manque les données pour le périmètre UE en guise de référence, puisque comme l’a fait remarquer qqu’un c’est l’UE qui est prise comme réf. plutôt que chacun des 27 pays constituants en individuel…. Merci à l’auteur (c/o Le Monde), Enerzine où ceux qui établissent les réf. pour Copenhague de réactualiser (2006 -> 2008) et de rajouter le sigma pour l’UE.. Faut espérer que nos chefs d’état, ministres de tutelle et spécialistes du… Lire plus »
trimtab
Invité
Pastillevert dans ça ‘liste’ de ce qui sera ‘un bon accord’ à Copenhague semble avoir pris une ‘copie/coller’ dans les travaux de Lester Brown sur les ‘thèmes’ à aborder pour ‘sauver notre civilisation’, détaillé dans son livre Plan B 4.0 :   ()   Et la ‘mobilisation’ qu’il faut pour y arriver.     Mais sommes nous capable de se ‘mobiliser’ assez vite.   Brown pense que oui, dès que suffisamment des gens sont convaincu de ‘la nécessité  de la faire’,  en évoquant comme exemple la ‘mobilisation’ et transformation industrielle des USA en 1941 lors de leur entrée dans la Second… Lire plus »
David c.
Invité
Copenhague : Annulons le sommet de la dépopulation ! Par Helga Zepp LaRouche (www.solidariteetprogres.org) Le sommet de l’ONU sur le climat, qui se tiendra à Copenhague du 6 au 18 décembre, avec la participation de 193 nations, 65 chefs d’Etats et de gouvernement et 20 000 délégués, repose sur une fraude gigantesque et doit être immédiatement annulé. Il ne s’agit pas uniquement d’économiser les frais d’un évènement dont le seul but est de promouvoir le malthusianisme, mais d’empêcher l’instauration de facto d’un gouvernement mondial. Alors que plus de mille scientifiques ont pris leurs distances avec la thèse du GIEC (Groupe… Lire plus »
B chappellier
Invité
    Question à Madame Chantal Jouanno,  secrétaire d’Etat à l’Ecologie.     Dans le monde, ce sont les pays du Sud, et les 325 millions de personnes les plus pauvres qui sont les plus touchées par le changement climatique. Ouragans, cyclones, inondations, pluies torrentielles, vagues de sécheresse, élévation du niveau de la mer… menacent de nombreux pays et des milliards d’hommes et de femmes, les obligeants a immigrer sur des terres plus accueillantes.   En France le Gouvernement de Monsieur .SARKOZY souhaite une immigration choisie, qu’est ce que cela veut dire, quand des millions de personnes femmes et enfants… Lire plus »
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