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De bonnes ondes pour sauver des vies

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Un appareil développé à l’EPFL en collaboration avec des universités colombiennes permet de faire exploser les mines artisanales à distance en utilisant l’énergie électro- magnétique.

Composés d’éléments hétéroclites le plus souvent en plastique et de peu de métal, les «engins explosifs improvisés», communément appelées mines artisanales, sont très difficiles à détecter. En collaboration avec deux universités colombiennes, des chercheurs du Laboratoire de compatibilité électromagnétique de l’EPFL ont trouvé la parade. Ils ont développé un appareil permettant de faire exploser ces mines à distance en utilisant l’énergie de leurs impulsions électromagnétiques.

Outil privilégié des guérillas ou des forces terroristes dans des zones en conflit, ce type de mine est présent dans de nombreuses régions du monde, telles que la Colombie, l’Irak ou l’Afghanistan. Elles tuent ou mutilent plusieurs centaines de milliers de personnes par an, principalement des civils. Eux-mêmes colombiens et sensibilisés à ce problème, Félix Vega et Nicolas Mora, doctorants à l’EPFL, ont décidé de faire de ce projet le sujet de leur thèse.

Les chercheurs ont dû faire face à deux difficultés. Tout d’abord, il fallait trouver le moyen d’induire un courant suffisamment fort pour déclencher à distance le détonateur de ces engins, enterrés parfois assez profondément dans le sol. Ensuite, il s’agissait de pouvoir être sûr d’atteindre les fréquences de résonance de toutes ces mines, conçue de manière aléatoire et donc toutes différentes les unes des autres.

Pour balayer le plus de fréquences possible, il est nécessaire de créer des impulsions courtes, ayant un temps de montée très rapide. Or, en ratissant ainsi une large bande de résonance, «seule une fraction de l’impulsion que nous créons atteint la bonne cible, et le courant n’est alors plus assez fort pour faire exploser l’engin», explique le professeur Farhad Rachidi.

«Nous nous sommes ensuite rendus compte que malgré la grande diversité de ces mines, elles se trouvent tout de même dans des bandes de fréquences assez semblables, décrit Nicolas Mora. Nous avons donc développé un système qui se concentre sur celles-là et perd ainsi moins d’énergie.» Un système que l’équipe du Laboratoire de compatibilité électromagnétique a pu tester en novembre dernier en Colombie sur de véritables engins explosifs improvisés que lui a fournis un corps de démineurs professionnels, et qu’elle a pu tous faire exploser à une distance de 20 mètres en moyenne.

Ceci est le résultat d’un long travail de recherche de deux ans. «Notre but est maintenant de faire un prototype plus petit, plus résistant aux intempéries et surtout plus facilement transportable sur le terrain, note Félix Vega. En Colombie, il s’agit souvent de petits chemins ruraux…»

Mené sur quatre ans en tout, le projet est mené en collaboration avec l’Université nationale de Colombie et l’Université de Los Andes.

** EPFL – École Polytechnique Fédérale de Lausanne


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