Défaut

Le développement durable, qui doit permettre à neuf milliards d’êtres humains de vivre dignement dès 2050, et pour longtemps, sans pour autant nous obliger à se serrer la ceinture, nous conduit sur une démarche de progrès, où nous cherchons ensemble des réponses originales aux nombreux défis qui nous sont proposés. Zéro défaut, vision un peu rude de la qualité, tel est l’objectif symbolique qui anime notre marche vers un développement durable.

Cette recherche du zéro défaut n’est pas nouvelle. Elle s’est notamment développée pour la conquête spatiale. Analogie intéressante, avec d’un côté la planète et de l’autre le vaisseau spatial : les échelles sont différentes, mais l’idée que l’on doit trouver des solutions avec les moyens du bord est bien présente dans les deux cas. Le zéro défaut s’impose dans l’espace, où chaque faute peut être mortelle, peut conduire à la désagrégation du vaisseau. Les secours sont bien compliqués à mettre en place, et aléatoires. Des procédures très strictes ont ainsi été mises au point, de manière à s’assurer que toutes les pièces des engins, tous les instruments, toutes les charnières et tous les rouages fonctionnent bien, et que les défaillances éventuelles, inévitables malgré toutes ses sécurités, seront repérées au plus vite et corrigées avant qu’elles n’aient de trop graves conséquences. Ces procédures n’ont pas pu éviter toutes les catastrophes, mais leur efficacité est reconnue, et elles constituent une des retombées les plus fructueuses de l’aventure spatiale.

Revenons sur terre, dans tous les sens du terme. La marée noire autour de la raffinerie de Donges, en ce début de printemps 2008, nous montre que le zéro défaut est encore bien loin. C’est grave pour l’estuaire de la Loire, c’est grave aussi pour le développement durable.

Ces zones de contact, entre la mer et le continent, sont des territoires aux multiples enjeux, économiques et naturels notamment. Ce sont des lieux d’échanges, économiques et biologiques, ce sont des lieux de création de richesse. Ils sont les plus précieux, nous devons les choyer, les protéger tout en exploitant leur situation privilégiée. Un défi passionnant à relever, et exigeant pour toutes les activités et tous les acteurs qui s’y côtoient. Force est de constater que les mesures de sécurité, nécessaires pour pouvoir exploiter des installations à risques dans des territoires sensibles, n’ont pas été suffisantes. Des manipulations dont chacun peut a posteriori constater les dangers ne se font pas en milieu confiné, les secours n’ont pas empêché la pollution d’atteindre des milieux riches mais fragiles. Tout laisse penser que la culture de la sécurité était bien insuffisante.

Il n’y aura pas de développement durable sans coexistence, sur les mêmes territoires ou à proximité, de richesse biologique, de villes et de concentrations humaines, et d’activités potentiellement dangereuses. Dans le parc naturel du Vexin français, Val d’Oise, de nombreuses voix s’élèvent contre l’exploitation de carrières, au motif d’une incompatibilité entre cette activité et la protection de l’environnement. Le besoin de matériaux pour assurer un habitat décent à des millions de franciliens est oublié, ou bien repoussé d’un revers de manche : il n’y a qu’à les chercher plus loin ! Outre que le problème est gentiment repassé à d’autres, merci pour eux, c’est ignorer le poids des transports dans le coût environnemental des matériaux de construction. Refuser les carrières dans les territoires très peuplés, c’est alourdir considérablement la facture environnementale et l’empreinte écologique[1] de ces territoires. Il faut donc bien parvenir, dans des territoires de grande qualité, à la cohabitation d’activités de type industriel, à une forte densité humaine, et à une valorisation des ressources naturelles. Une cohabitation constructive, active et non simplement subie faute d’avoir pu l’éviter. La confiance entre les acteurs, la certitude que chacun, et notamment les plus puissants d’entre eux, adoptent avec rigueur[2] la discipline nécessaire pour permettre cette cohabitation, deviennent ainsi des facteurs de développement durable. L’attitude zéro défaut est bien loin de l’obsession je ne veux voir qu’une seule tête ; elle s’inscrit dans une politique générale, dans une logique de progrès social dont elle est un des instruments les plus efficaces.

[1] Voir Hectare chronique du 28/06/2006 et n°30 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)
[2] Rigueur (11/01/2007)

[ Archive ] – Cet article a été écrit par Dominique Bidou

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