Des ingénieurs au chevet du réseau électrique du Cameroun

Stabiliser le réseau existant, améliorer l’efficience énergétique, exploiter le potentiel hydroélectrique: tels sont les principaux axes de la collaboration entre l’EPFL et ses partenaires suisses et locaux au Cameroun.

Les Camerounais appellent cela des «délestages». Comprenez des coupures de courant intempestives et interminables. Plus de 70% de la population n’est toutefois pas directement concernée: elle n’a tout simplement pas accès au réseau électrique… Pour ceux qui en bénéficient, le manque de fiabilité est source de nombreuses difficultés, notamment dans les hôpitaux.

Ces problèmes sont au centre des préoccupations des ingénieurs du Centre Universitaire de Recherche sur l’Energie pour la Santé (CURES), un laboratoire conjoint entre l’EPFL, représenté par le programme EssentialTech du Centre de Coopération et de Développement (CODEV), et l’Ecole Nationale Supérieure Polytechnique de Yaoundé. Le constat posé par les ingénieurs est sans appel: piètre qualité des installations électriques des hôpitaux, coupures quotidiennes pouvant atteindre jusqu’à 3 heures, incendies d’origine électrique et destructions récurrentes d’appareils dues aux surtensions. Aux heures de pointe, le réseau électrique ne fournit plus suffisamment de puissance pour faire fonctionner les stérilisateurs et les coupures affectent même l’éclairage dans les salles d’opération. Des vies sont en jeu.

« Des solutions adaptables, durables et abordables »

Une étude approfondie a été menée dans le cadre du projet CROSS co-financé par l’EPFL et l’UNIL, qui propose des solutions non seulement technologiques mais aussi de dimensions socio-économique et institutionnelle. Une solution basée sur des batteries et onduleurs spécialement conçus pour les climats tropicaux a été élaborée et testée en laboratoire. Elle permet d’emmagasiner aux heures creuses l’énergie nécessaire à combler les besoins aux heures de pointe ou lors des coupures et des délestages. Cette solution permet aussi d’isoler et de protéger les équipements électriques des perturbations parfois destructrices du réseau.

Le coût total d’acquisition, d’exploitation et de maintenance sur 10 ans de cette solution représente 14% des coûts annuels moyens de l’approvisionnement énergétique d’un hôpital. Un modèle économique a été étudié pour la financer grâce aux économies réalisées, notamment en diesel pour les génératrices. «Les solutions que nous proposons se doivent d’être adaptables, durables et abordables», résume Nicolas Crettenand, qui vient de passer deux ans comme chargé de mission de l’EPFL au Cameroun. Si le modèle s’avère un succès, il permettra de renforcer les performances des hôpitaux au Cameroun ainsi que dans d’autres pays en développement.

Promouvoir le savoir-faire hydroélectrique suisse

Parallèlement à cet effort, l’EPFL s’est aussi engagée à l’échelle nationale pour développer le potentiel hydroélectrique. Le Cameroun est l’un des quatre pays du continent africain qui recèle un gros potentiel hydro-électrique. 70% de la production d’électricité y est déjà d’origine hydraulique, mais cela ne représente que 5% du potentiel de cette énergie. Tandis que le taux d’électrification est de 50% dans les villes et de 5% dans les campagnes.

Partenaires académiques et industriels suisses ont donc monté un consortium qui mise sur les centrales de petites et de moyenne taille. «Les centrales allant de quelques centaines de kW jusqu’à quelques dizaines de MW sont pour l’instant fortement sous-développées en Afrique et représentent une gamme de centrales pour laquelle la Suisse possède un savoir-faire unique», souligne Nicolas Crettenand, qui a mené ce projet dans le cadre de son mandat avec le Centre de l’énergie de l’EPFL.

Le consortium entend travailler, avec des partenaires locaux, dans l’esprit d’un développement intégré et durable. «Nous souhaitons réaliser des projets dans lesquels la force hydraulique est complémentaire à d’autres sources d’énergie renouvelables et, dans la mesure du possible, offre des possibilités de stockage d’énergie grâce à des centrales d’accumulation et de pompage-turbinage. De telles centrales permettent de contribuer à la régulation technique du réseau électrique et de développer des petits réseaux», explique le chercheur. Le consortium se profile encore comme un groupe d’intérêt mais, à terme, il espère contribuer à soulager les problèmes d’électricité… notamment pour les hôpitaux.

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5 Commentaires sur "Des ingénieurs au chevet du réseau électrique du Cameroun"

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Guydegif(91)
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Bravo à nos amis suisses de l’EPFL et associés qui ont eu le nez creux et l’envie d’aider à mettre en place ce que JLB a identifié comme un besoin vital pour l’Afrique, sauf que EPFL et les suisses sont DEJà là !! Pour réf, site JLB: Pour le Cameroun, ce pays francophone, ancienne colonie (ou protectorat?), nous autres français aurions aussi le savoir-faire EnR et particulièrement hydroélectrique, avec Alstom et d’autres entreprises françaises,….mais nous avons peut-être dormi et dormons encore…au lieu d’être à pied d’oeuvre là-bas, dès à présent, comme l’EPFL et associés. Nous aurions aussi, des solutions pour… Lire plus »
Verdarie
Invité

L’Afrique et les Africains auraient tout intérêt à chercher et trouver eux même les solutions qui conviennent pour sortir de la crise énergétique. Avec le soleil et le vent, ils n’ont plus l’excuse de ne pas possèder de fossiles. Attendre les propositions des grands groupes c’est retourner vers une nouvelle forme “d’esclavage choisi” puisque cela suppose qu’ils ne seraient pas assez intelligents et compétents pour rechercher et produire eux même leurs propres solutions.

Dan1
Invité
A Verdarie “Avec le soleil et le vent, ils n’ont plus l’excuse de ne pas possèder de fossiles.” Vous ne croyez pas que vous allez un loin en disant aux Africains : “maintenant “démerdez-vous” avec le soleil et le vent” alors qu’aucun grand pays riche et industrialisé ne l’a fait jusqu’à présent. Rappelons que l’Allemagne et la France ont un mix énergétique à plus de 85 % FOSSILE + FISSILE et je ne vous parle même pas des Etats-Unis. Les Africains ne sont ni niais ni bisounours et savent bien que l’élévation du niveau de vie passe obligatoirement (dans un… Lire plus »
Verdarie
Invité
Dan 1 Je suis d’accord avec ce que vous dites à propos de l’énergie mais je ne vous suivrais pas sur le chemin du comment faire. Car c’est justement parce qu’ils n’ont pas notre système productif que les Africains ont encore la possibilité de pouvoir choisir leur modèle de production. s’ils en avaient la volonté ? Que peut proposer l’Europe dans ce secteur hormis tout ce dont plus personne ne veut ici ? Le fait que tout reste à faire ouvre des champs de possibilités inédits sur ce continent et pourrait bien entrainer le reste du monde si ce changement… Lire plus »
Dan1
Invité

“Pour ça d’ailleurs je peux les aider notamment en matière de stockage” Ben allez-y, aidez-les, c’est pas le boulot qui manque. Evidemment, si les Africains en ont la volonté !

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