Disparition mystérieuse d’un lac au Chili

Au cours d’une patrouille de routine le 27 mai 2007 des gardes forestiers font état de la disparition du lac qui se trouvait aux pieds du glacier Témpano, dans la région d’Aisén et de Magellans :

"Ils se sont trouvés devant une formidable surprise : le lac avait disparu, purement et simplement. Et nous ne parlons pas d’un petit lac, mais d’un assez grand", raconte le directeur régional du corps des gardes forestiers chiliens (Conaf), Juan José Romero, à la radio Cooperativa.

"Les morceaux de glaces qu’il y avait dans le lac, étaient là, mais posés sur le fond asséché de ce que fut ce lac, qui a disparu du matin au soir" a-t-il expliqué.

Une équipe scientifique de l’Armée Chilienne et le Centre de Recherche Scientifique (CECS) de Valdivia (Chili) ont réalisé des missions aériennes au-dessus de la zone de disparition du lac. L’équipe était équipée d’un altimètre laser qui a permis de reconstruire, de manière détaillée, en 3D, la topographie des glaciers. Selon le glaciologue Andrés Rivera, qui a dirigé la mission scientifique dans la zone, ce qui s’est produit n’a pas seulement affecté le petit lac situé à proximité du poste de la Conaf, mais fait partie d’un système plus grand encore, ou lac pro-glacier, présent entre les glaciers Témpano et Bernardo. "Les deux lacs se sont vidés vers le nord, en direction du glacier Bernardo" a-t-il expliqué.

Originellement, on pensait que les eaux froides du lac fluaient vers le glacier Témpano. En effet, celui-ci se situe à une altitude plus élevée que le glacier Bernardo. "Il est donc plus facile pour l’eau de s’ouvrir une voie par là [le glacier Bernardo ndlr]." De plus, le glacier Bernardo présente un retrait plus important, supérieur à 6 mètres par an.

La preuve obtenue a permis au glaciologue de reconstruire le "fil de l’histoire". Selon lui, entre les fins des mois d’avril et de mai, le lac avait acquis une dimension qui lui a permis de rejoindre le glacier et le fjord Bernardo, facilité par une instabilité de neige.

Grâce aux images satellite et aux missions sur le terrain, il est maintenant clair pour les scientifiques que l’eau ne s’est pas échappée au-dessus du glacier Témpano jusqu’au fjord, mais qu’elle s’est préférentiellement dirigée vers le nord, jusqu’à une sorte de trou au bord du glacier Bernardo. L’eau s’est introduite entre la glace et a suivi le fjord jusqu’à la mer. L’eau est donc bien partie, mais est en train de revenir lentement, comme a pu le constater l’équipe lors du survol. En effet, le phénomène se produisant au milieu de l’hiver, les glaciers fondent peu.

Il reste à savoir si la barrière naturelle qui retenait le lac va se reformer. Si l’ouverture a été trop large, il est probable que les eaux rejoignent la mer une nouvelle fois. Durant les observations, Rivera a confirmé que dans une partie plus haute de Campos de Hielo, un autre lac a également disparu mais dans de moindres mesures. C’est un processus naturel et cette région est très dynamique. La formation de lacs est plus complexe et leur pérennité dépend du type de barrage de glace qui se met en place.

Tout ceci est en relation avec le processus actuel de changement climatique mais également à la dynamique naturelle des glaciers patagoniens qui avancent, reculent… S’il n’y avait pas eu une augmentation de température et une diminution des précipitations, la quantité de lacs aurait été moindre. Finalement, tout a à voir avec le réchauffement de la planète.

 

Des photographies du lac disparu sont accessibles sur le site de la CONAF aux adresses suivantes :
– http://redirectix.bulletins-electroniques.com/mdrp8
– http://www.conaf.cl/shop_image//noticia/fiordo_tempano.jpg

(src: BE Amérique Latine numéro 34 (26/07/2007) – Ambassade de France au Chili / ADIT – http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/43819.htm)

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