Enerzine

« Electricité 2030 : quels choix pour la France ? »

Partagez l'article

En complément de son étude « Electricité 2030 : quels choix pour la France ? », L’UFE (Union Française de l’Electricité) répond également à plusieurs questions-clés, dont vous retrouvez la retranscription de certaines d’entre elles ci-après.

 

A travers son étude, l’UFE étudie-telle la sortie du nucléaire ?

L’UFE constate que, suite à l’accident de Fukushima, la place du nucléaire dans le mix énergétique est questionnée, notamment dans le cadre du débat français pour les élections présidentielles. Elle a décidé de se placer sur le terrain de l’aide à la décision pour les responsables politiques en examinant toutes les grandes options, sans a priori.

Beaucoup de contre-vérités sont exprimées à ce sujet : « Pour sortir du nucléaire, il suffit de… ». Si la responsabilité de tels choix incombe bien aux pouvoirs publics, l’UFE souhaite attirer leur attention sur les conséquences de ces choix et sur la nécessité d’établir une cohérence entre eux. En fonction de telle ou telle décision, l’étude leur permet d’en mesurer l’impact en termes de prix futur de l’électricité, de compétitivité pour la France, d’indépendance énergétique, et en matière d’émissions de gaz à effet de serre.

L’UFE considère-t-elle le nucléaire comme une énergie de transition, en attendant la maturité d’autres filières/énergies ?

Non, car l’étude présentée par l’UFE ne prend pas partie sur ce point. Mais quel que soit le scénario, l’UFE se situe dans l’optique de ne pas renoncer au développement de nouvelles générations de réacteurs nucléaires et de maintenir l’effort de recherche et développement en la matière.

La question qui se posera à l’horizon 2030 pour le nucléaire est double : quelle part dans le mix énergétique ? Quelle technologie en remplacement des réacteurs actuels ? L’UFE souligne en la matière la nécessité d’une part, de ne pas fermer les choix alors même que l’horizon technologique et économique n’est pas clarifié, et qu’il ne le sera pas avant 2020, voire 2025, et d’autre part, de construire des « filières d’excellence » françaises dans tous les domaines, à l’instar de ce qui a été fait dans le nucléaire: production centralisée performante, production décentralisée performante, stockage, efficacité énergétique… Une filière d’excellence, c’est une filière qui exporte dans le monde, car elle est innovante et compétitive, et qui produit en France en créant des emplois.

L’UFE pense que ce n’est qu’en 2030 qu’il faudra décider du futur mix électrique
, en tenant compte des enjeux économiques et environnementaux – en particulier la réduction des émissions de CO2. D’ici là, il convient de laisser ouverts tous les choix qui devront être faits par les générations futures. C’est en ce sens que l’étude intègre dans ses scénarios la construction de deux réacteurs nucléaires. Il s’agit, là encore, de préparer l’avenir et de laisser la liberté du choix quand se posera la question du remplacement du parc nucléaire actuel. Si on souhaite maintenir le nucléaire dans le mix énergétique, la filière des réacteurs à eau pressurisée est une des options possibles, en France, mais aussi dans le monde. C’est pour cela que l’UFE insiste sur la nécessité de penser « filière industrielle ».

De même, dans le cas de l’hydroélectricité, les objectifs fixés par la PPI – et repris dans la Convention pour le développement d’une hydroélectricité durable, signée notamment par le Ministère de l’Écologie et l’UFE en juin 2010 – sont intégrés (augmenter la puissance installée de 3 000 MW et accroître l’énergie produite en moyenne sur une année de 3 TWh). Afin d’évaluer le potentiel de développement nécessaire à l’atteinte des +3 TWh, l’UFE a d’ailleurs récemment réalisé une autre étude, en se focalisant sur le potentiel par création de nouveaux ouvrages et le potentiel par équipement de seuils, jusqu’alors sans usage, de production d’électricité. L’UFE considère que l’amélioration des centrales existantes compensera les diminutions de productible liées à la mise en oeuvre de diverses mesures environnementales (par ex : augmentation des débits réservés). Le potentiel brut résultant en France métropolitaine, de cette étude, s’élève ainsi à 10,6 TWh.

Ce potentiel ne préjugeant pas de la faisabilité de chaque projet tant technique, environnementale, économique que sociétale, l’UFE considère que l’objectif PPI de + 3 TWh sera atteint uniquement à la condition de préserver, dès aujourd’hui, l’ensemble de ces ressources hydro-potentielles.

Enfin, elle souligne l’insuffisance d’investissements de R&D en France : le stockage d’électricité peut être une des réponses-clés pour améliorer le bilan carbone des scénarios de fort développement des ENR. Sans lui, il faut recourir inéluctablement à la production thermique, donc dégrader le bilan CO2 lorsque les ENR se substituent au nucléaire.

Implicitement, la profession élimine-t-elle le scénario « nucléaire à 20% » ?

Non, car l’UFE ne se place pas sur le terrain d’éliminer un scénario plutôt qu’un autre, mais sur celui d’évaluer leurs conséquences respectives et insiste sur la nécessaire cohérence des choix : ainsi, renoncer à la pleine utilisation du parc nucléaire existant – ce qui peut être un choix politique – conduit à renoncer à la réduction des émissions de CO2. C’est inéluctable, on ne peut concilier une réduction des émissions de CO2 et des prix largement compétitifs par rapport aux autres pays européens, comme dans le scénario « nucléaire à 70% », avec moins, voire très peu de nucléaire, comme dans les deux autres scénarios.

Est-il impossible de sortir du nucléaire avec les seules ENR ?

Tous les scénarios étudiés par l’UFE incluent un développement important des ENR, égal ou supérieur aux objectifs du Grenelle. Ainsi, dès le scénario « production nucléaire à 70% », la puissance installée en ENR dépasse la puissance nucléaire installée. Néanmoins, dans les scénarios de réduction de la production d’énergie nucléaire (scénario « Production nucléaire à 50% » et scénario « Production nucléaire à 20% »), les ENR, à horizon 2030, ne peuvent se substituer complètement à l’énergie nucléaire; il est, dès lors, indispensable de renforcer la production thermique. Dans le scénario « Production nucléaire à 20% » le parc thermique sera composé de 66 unités de production (gaz et charbon) alors qu’il en existe une vingtaine aujourd’hui.

Entre les scénarios « Production nucléaire à 70% » et « Production nucléaire à 20% », la part de la production issue des ENR croît de 24% à 40%, alors que celle provenant du thermique à flamme passe de 7% à 40%. Plus on sort du nucléaire, plus la part du thermique s’accroît.

Dans son scénario, NégaWatt a étudié un mix « tout ENR », pourquoi l’UFE n’a-t-elle pas pris, pour hypothèse, une part des ENR plus élevée ?

L’objectif de l’UFE a été de modéliser trois scénarios de production de manière cohérente d’un point de vue de la sécurité d’approvisionnement et de l’équilibre offre/demande, ainsi que de l’acceptabilité sociale et de sa faisabilité économique. Dans un scénario de « Production nucléaire à 20% », l’UFE a modélisé un fort développement des ENR, dans la limite de la garantie de sécurisation du système électrique. En effet, il ne faut pas oublier le caractère intermittent des principales ENR qui se développent aujourd’hui (éoliennes terrestres et offshore, photovoltaïque), ce qui implique la présence de capacités de production flexibles thermiques de type gaz ou charbon pour pallier le manque de production dans les périodes non ventées ou faiblement ensoleillées. Les experts de L’UFE ont considéré qu’une part d’ENR de 40% dans le mix de production était un maximum au-delà duquel la sécurisation du système ne serait plus assurée.. D’autres moyens flexibles, comme le stockage (batteries…), pourront émerger mais à un horizon plus lointain que 2030.

Est-il impossible de sortir du nucléaire sans augmenter les émissions de CO2 ?

A l’horizon 2030, il est impossible de sortir, même partiellement, du nucléaire sans augmenter les émissions de CO2 liées à la production d’électricité. Entre les scénarios « Production nucléaire à 70% » et « Production nucléaire à 50% », la France recule par rapport à l’atteinte de ses engagements européens. Dans le scénario « Production nucléaire à 20% », les émissions globales de la France sont augmentées de 20%, les émissions de CO2 liés à la production d’électricité sont, elles, multipliées par 3 par rapport à aujourd’hui.

Les scénarios de l’UFE ne conduisent-ils pas à des augmentations de prix qui, de fait, rendent acceptable la sortie du nucléaire pour les consommateurs ?

Une augmentation des prix de l’électricité est inéluctable, même dans le scénario « Production nucléaire à 70% », compte tenu des retards pris dans l’ajustement des tarifs actuels sur les coûts et des investissements à réaliser (production, infrastructures…). L’augmentation des prix de l’électricité est d’autant plus forte que la diminution de la production nucléaire est élevée. Pour les entreprises, comme pour les ménages, l’étude évalue l’ordre de grandeur d’augmentation à 40€/MWh entre le scénario « production nucléaire à 70% » et le scénario « Production du nucléaire à 20% », et à 20€/MWh pour le scénario « Production du nucléaire à 50% ». A titre de comparaison, 40€/MWh est le prix de l’ARENH issu de la loi NOME au 1er juillet 2011. Il faut signaler, en outre, que la sensibilité des prix de l’électricité aux cours des énergies fossiles (gaz et charbon) est évidemment plus forte dans les scénarios de moindre production nucléaire.

Les scénarios de l’UFE montrent que, dans tous les cas, les investissements à réaliser sont énormes. Peuvent-ils être financés ?

Dans tous les scénarios, le montant des besoins d’investissements du secteur électrique est important: de 320 à 430 MD€ sur la période 2015 – 2030. Pour les opérateurs en concurrence (production / commercialisation) qui se financent sur les marchés, la rentabilité des investissements, notamment celle des moyens thermiques qui n’est pas assurée aujourd’hui, est une question centrale. Ainsi la visibilité et la stabilité des politiques publiques relatives à l’énergie ainsi qu’une architecture de marché adaptée sont, à cet égard, indispensables.

Pour les opérateurs régulés (GRD, GRT), le problème du financement se posera également. Le tarif d’utilisation des réseaux (TURPE) devra accompagner ces besoins d’investissement de même que les tarifs régulés de vente doivent permettre de recouvrir l’ensemble des coûts et favoriser le bon fonctionnement de la concurrence.

Au-delà de 2030, quels sont les choix possibles ?

Alors que le choix d’une sortie plus ou moins rapide du nucléaire se pose, sur le plan économique, en termes de « coûts échoués » pour l’économie française, la question de la structure du mix énergétique français, au-delà de 2030, reste ouverte. Choisir de bénéficier le plus possible du parc nucléaire existant ne préempte nullement les choix qui devront être faits au terme de la durée de vie du parc nucléaire actuel. Bien au contraire, les progrès technologiques et l’abaissement, potentiel, des coûts des différentes filières, devraient permettre l’exercice de choix plus ouverts en 2030 pour la structuration du mix énergétique de 2050 : l’exemple du CCS est, à cet égard, emblématique. Un des enjeux principaux d’ici là est aussi de parvenir à développer des filières nationales compétitives sur les différentes technologies d’avenir

Ainsi, il apparaît que des décisions en rupture à court terme seraient inefficaces, tant au plan économique – destruction de valeur du parc nucléaire historique, perte du surplus des exportations, surcoûts importants de technologies encore insuffisamment matures, …- qu’au
plan environnemental avec une dégradation inéluctable du bilan CO2.

L’UFE pense qu’il importe de raisonner sur la base d’une politique industrielle de long terme et souhaite être un partenaire responsable des décideurs politiques pour conforter, adapter et diversifier l’excellence française dans le domaine électrique.

 

>>> CONSULTER LE RAPPORT DE L’UFE >>>> ICI (.PDF – 3 MO)


Partagez l'article

 



    Articles connexes

    Poster un Commentaire

    8 Commentaires sur "« Electricité 2030 : quels choix pour la France ? »"

    Me notifier des
    avatar
    Trier par:   plus récents | plus anciens | plus de votes
    irisyak
    Invité
    L’UFE a un discours très « convenu ».C’est le discours de nos « experts ». Il faut ajouter aux prix indiqués le prix du démantèlement des centrales existentes. Il serait évalué à 700 millirds d’€ pour l’ensemble du parc. Si on le divise pas 35 cela donne tout de même 20 milliards par an .. pendant 35 ans. Ceci nous donne implicitement une augmentation des coûts du nucléaire de 40%. Le développement des filières nouvelles va également coûter très cher; il faut ajouter 10 milliards par an. Il faut encore ajouter le coût des assurances jamais pris en compte car cette énergie était considérée… Lire plus »
    damir
    Invité

    L’énergie en France est particulièrement bon marché, et pas seulement l’électricité mais aussi et surtout le gaz. Cependant il faut aussi prendre en compte qu’il existe un énergie de l’atome sécuritaire et sécurisé, par exemple l’ATMEA de GDF possède ces caractéristiques.

    Bombe
    Invité

    Merci de la publicité pour GDF que l’on voit fleurir un peu partout, çà commence à être un peu lassant cette opération de manipulation sur le net ! De l’atome « sécuritaire et sécurisé » sur toute la chaîne d’exploitation et quels que soient les types de réacteurs et procédés çà n’est qu’une image et non la réalité, si l’on veut bien être objectif et connaître le sujet.

    rouget
    Invité

    …vraiment intéressante et qui offre la porte ouverte à de nombreuses possibilités. Il est détaille par le menu un grand nombre de paramètres auquel il est difficle de répondre avec une solution « tout EnR » par exemple. Il reste que le principal défi est de rester dans les clous des objectifs d’émissions de CO2.

    renewable
    Invité
    surprenant que vous la trouviez intéressante. Je note tout de même que le cout d’une sortie du nucléaire n’est pas si élevé et que la baisse à 50%, proposée par Hollande est très raisonnable d’un point de vue économique. Comme il s’agit de l’étude réalisée par tout ce qui se compte de lobby nucléaire en France on ne peut qu’être optimiste sur la pertinence de passer à 50% de nucléaire, j’imagine qu’ils n’ont pas envisagé de modification de la CSPE, de l’impact de davantage d’emploi au global dans l’énergie en France, de l’interêt pour notre agriculture qui peut, en diversifiant… Lire plus »
    Dan1
    Invité

    Vous aurez remarqué que l’un des prétendant alternatif pour 2012 affiche une prudence de Sioux. François a résister à l’ultimatum d’Eva et a déclaré, lors de la messe cathodique (ou LCD !) d’hier, qu’il n’arrêterait pas Flamanville. Si en plus, il a lu l’étude PWC déjà citée : Vu la conjoncture actuelle, notamment que le premier budget de l’Etat est désormais le remboursement des intérêts de la dette (devant le budget de l’instruction publique), il est possible que l’enjeu majeur de 2012 soit autre chose que l’éradication du nucléaire, voire même sa diminution.

    Dan1
    Invité
    « malgré tous vos retard le timing de Mai 2012 fait que vous aurez dépensé le max pour rendre financièrement impossible un arrêt. Va falloir rembourser cette bouse » Malgré ce que veulent croire « les gens », je n’ai aucun intérêt chez AREVA et pas plus chez EDF… si ce n’est celui de citoyen consommateur d’électricité (mais je crois que nous sommes plusieurs en France). Donc, si vous voulez être rigoureux quand vous vous adressez à Dan1 sur ce sujet, ce n’est pas la peine d’utiliser la deuxième personne du pluriel ! S’agissant de l’incompétence et de mensonge, je crois que l’on ne… Lire plus »
    De passage
    Invité
    Si certaines EN subventionnées étaient disponibles en permanence comme les centrales à fossile ou « hyraulique de lac », alors le remplacement de telle source décriée par une telle EN est possible, sûr, etc, mais reste l’épineux problème du coût: Qui payerait? Décision politique s’il en est et il est sûr, comme déjà en Allemagne, que c’est le particulier qui va TOUT payer, avec un kWH là bas à 0.48€ si Merkel maintient son cap opportuniste. Mais l’éolien et le PV ne sont pas dispo en permanence et de plus le premier est extrèmement variable (regardez les info d’E.ON), disons « erratique » même… Lire plus »
    wpDiscuz