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Eurodif, qui signifie European Gaseous Diffusion Uranium Enrichissement Consortium, est une usine d'enrichissement de l'uranium par diffusion gazeuse implantée dans le site nucléaire du Tricastin à Pierrelatte dans la Drôme, fondée par Georges Besse en 1973, inauguré en 1979 et exploitée par une filiale de Areva NC, Eurodif SA. Avec Urenco, qui fonctionne sur la base d'un accord entre l'Allemagne, le Royaume-Uni et les Pays-Bas.
Il s'agit de la seule usine d'enrichissement d'uranium qui fonctionne sur la base d'un accord multinational [1]. Eurodif assure aujourd'hui plus du tiers de la production mondiale d'uranium enrichi [2].
Le site nucléaire du Tricastin comprend de nombreuses installations nucléaires dont les plus imposantes sont la centrale nucléaire EDF du Tricastin et l’usine Eurodif et, depuis 2010, l'usine d'enrichissement par centrifugation Georges Besse II.
L'uranium enrichi produit par Eurodif est utilisé comme combustible par les centrales nucléaires françaises et de nombreuses centrales étrangères. L'uranium enrichi produit par Eurodif alimente environ 90 réacteurs à eau pressurisée, la filière nucléaire la plus largement répandue dans le monde, dont 58 réacteurs français. Eurodif SA compte parmi ses clients EDF et plus de 30 compagnies d'électricité dans le monde avec pour principaux concurrents les États-Unis et la Russie.
Fonctionnement actuel
L'usine, baptisée Georges Besse, du nom du fondateur d'EURODIF Production, fournit en uranium enrichi une quarantaine de producteurs d'électricité dans le monde (cent réacteurs nucléaires [1]), dont Électricité de France. Elle produit aujourd'hui (en 2007) un quart de la production d'uranium enrichi du monde [3].
L'uranium contient naturellement 0,7 % d'uranium 235, l'isotope fissile à l'origine de la réaction en chaîne. Actuellement, il est enrichi jusqu'à 5 % d'uranium 235 par un procédé de diffusion gazeuse utilisant l'hexafluorure d'uranium (UF6) : l'uranium est transformé sous forme gazeuse (hexafluorure d'uranium) puis poussé par des compresseurs à travers une cascade de diffuseurs contenant des barrières de diffusion poreuses pour séparer les atomes d'uranium 235 des atomes d'uranium 238 plus lourds. Le processus est répété 1 400 fois pour produire de l'uranium enrichi utilisable dans les réacteurs nucléaires (3 à 5 % d'uranium fissile).
À cette fin, les compresseurs de l'usine d'enrichissement (des moteurs électriques de plusieurs mégawatts) consomment environ 15 TWh par an[4], or la centrale nucléaire de Tricastin produisant environ 25 TWh/an, on peut donc en déduire que 60% de la production de la centrale de Tricastin, soit près de trois des quatre réacteurs, sont utilisés pour alimenter Eurodif, ce qui fait d'Areva le plus important client d'EDF.
L'uranium enrichi par l'usine Georges Besse est assemblé à la FBFC puis envoyés en train jusqu'aux centrales nucléaire. L'usine George Besse est alimentée en hexafluorure d'uranium (UF6) par l'usine de Comurhex présente elle-aussi sur le site nucléaire du Tricastin (cf. Transport du combustible nucléaire).
L'eau chaude produite par l'usine possède une température plus élevée que celle produite par la centrale nucléaire. Ceci explique le fait qu'Eurodif n'a pas eu l'autorisation d'utiliser l'eau du Canal de Donzère-Mondragon (canal du Rhône) pour la refroidir. C'est pourquoi il y a deux tours de refroidissement sur le site. Celles-ci sont donc utilisées exclusivement par Eurodif. De plus, cette eau chaude permet d'alimenter la Ferme aux crocodiles, les bâtiments sportifs, les serres agricoles et 2500 logements de la ville de Pierrelatte.
Analyse de l'environnement
Chaque année, près de 21 000 analyses en laboratoire sont effectuées sur 9 500 échantillons prélevés dans le milieu naturel (air et végétaux, eaux de pluie, d'irrigation et de pompage, nappes phréatiques, végétaux etc) en 200 points géographiques répartis sur le site et dans son proche environnement. Les résultats de ces analyses sont rendus publics après calculs spécialisés et vérifications.
Histoire
EURODIF Production est une coentreprise fondée en 1973 par Georges Besse entre 5 pays : la France, la Belgique, l'Italie, l'Espagne et la Suède. Mais la Suède se retire rapidement du jeu [5]. Le consortium recherche donc un nouveau partenaire, et se tourne vers l'Iran [5].
Entrée de l'Iran dans Eurodif
En 1974, la part suédoise de 10 % dans Eurodif était parvenue à l'Iran à la suite d'un accord franco-iranien datant du 27 juin. Cet accord prévoyait la vente par la France de cinq centrales atomiques américaines (licence Framatome; l'approvisionnement de l'Iran en uranium enrichi ; la construction par Technicatome d'un centre nucléaire comportant trois réacteurs de recherche; l'exploitation en commun des gisements d'uranium qui pourraient être découverts en Iran et celle de gisements dans des pays tiers; la formation des scientifiques iraniens, ainsi que « l'accès de l'Iran à l'industrie de l'enrichissement de l'uranium » [6].
La Commissariat à l'énergie atomique (CEA [7]) français et l'Organisation iranienne à l'énergie atomique ont alors fondé la Sofidif (Société franco–iranienne pour l’enrichissement de l’uranium par diffusion gazeuse), possédant respectivement 60 % et 40 % des parts. En retour, la Sofidif a acquis une part de 25 % dans Eurodif, ce qui donnait à l'Iran une minorité de blocage dans Eurodif [7]. Le reste des 75% d'Eurodif étaient répartis entre le CEA (27,8% des parts [7]), et trois actionnaires minoritaires (l'Italie, l'Espagne, la Belgique [7]).
En tant qu'actionnaire, l'Iran avait un droit d'enlèvement sur 10% de l'uranium enrichi par Eurodif [8].
Reza Shah Pahlavi a prêté un milliard de dollars US [1]à la suite d'un accord signé en décembre 1974, lors du voyage officiel du Premier ministre Jacques Chirac à Téhéran, et prévoyant l'entrée de l'Iran dans Eurodif [9][5] (et encore 180 millions de US$ en 1977 [1]) pour la construction de l'usine Eurodif, afin d'avoir le droit d'acheter 10 % de la production d'uranium enrichi du site[10].
Les contrats sur la vente de centrales et d'équipements ont été signés à Téhéran le 18 novembre 1974 par Michel d'Ornano, Ministre de l'Industrie et de la Recherche, et son homologue iranien, la France vendant finalement deux centrales Westinghouse à l'Iran (fourniture partagée entre la France et la RFA) [11].
Révolution islamique et inauguration d'Eurodif
Lors de la Révolution islamique de 1979, l'ayatollah Khomeiny, exilé en France, revient en Iran et prend le pouvoir. Au départ soutenu par la France [5] ainsi que par les Etats-Unis, qui ne songent alors qu'à faire tomber le chah[12], les dirigeants de l'Iran vont bientôt se retourner contre Paris et Washington. Téhéran suspend alors ses paiements et réclame le remboursement du prêt en faisant pression sur la France.
En avril 1979, le Premier ministre Raymond Barre inaugure l'usine d'Eurodif. Dans le même temps, l'ayatollah Khomeiny rompt le contrat de fourniture de centrales nucléaires passé avec la France. Mais il confirme l’actionnariat dans Eurodif de l’Iran qui possède toujours 10 % des parts de cette usine. La France refuse de laisser l'Iran exercer son statut d'actionnaire d'Eurodif.
Mise en service d'Eurodif et réclamation de l'Iran
En 1981, après la mise en service de l'usine Eurodif, l'Iran réclame 10 % de la production d'uranium enrichi auquel ils ont contractuellement droit, ce que la France refuse. De 1981 à 1991, le régime des mollahs est soupçonné d'avoir perpétré plusieurs assassinats, prises d’otages et attentats meurtriers : probablement des centaines de Français ont payé de leur vie avant que la France et l’Iran ne règlent le contentieux Eurodif[13][14].
Accord partiel et assassinat de Georges Besse
Le 17 novembre 1986, après plusieurs attentats meurtriers à Paris, attribués (pour ceux de septembre) aux FARL (dirigées par Georges Ibrahim Abdallah) [15] et l'enlèvement de journalistes français (Jean-Paul Kauffmann, Michel Seurat, …) retenus en otage au Liban par des groupes liés à l'Iran, la France signe un accord partiel, prévoyant le remboursement de 330 millions de dollars (accord rendu public par un communiqué du Quai d'Orsay [16]), mais refuse de fournir toute livraison d'uranium enrichi. Le même jour se produit l'assassinat de Georges Besse, PDG de Renault mais surtout le fondateur d’Eurodif. Selon Dominique Lorentz, les terroristes l'avaient déjà désigné en prenant pour cible, le 14 septembre 1986, le Pub Renault [17].
Selon Dominique Lorentz qui s'appuie en particulier sur Roland Jacquard, Action directe, qui accepta la paternité de l'assassinat de Besse, était lié aux FARLréf. à confirmer : , toutes organisations qui « agissaient en l'occurrence pour le compte de la République islamique, au même titre que le Jihad islamique et le Hezbollah » [18]. Ces informations, provenant des services de renseignement antiterroristes français, sont mises en doute par d'autre personnes, qui soulignent le paradoxe consistant à voir un groupe d'inspiration autonome et marxiste-léniniste à appuyer le « régime des mollahs ».
Le versement de 330 millions de dollars a lieu le 22 novembre 1986 [19]. Néanmoins, les Iraniens affirment alors que le contentieux comportait d'autres éléments [20]. Reza Amrollahi, vice-Premier ministre et président de l'Organisation iranienne à l'énergie atomique, voyage en France en décembre 1986 et visite l'usine Eurodif, proposant de reprendre la coopération nucléaire [21], mais aucun accord n'est signé.
Otages au Liban et accord avec l'Iran
Selon D. Lorentz, l'affaire des otages du Liban est de part en part traversée par l'enjeu du règlement du contentieux financier qu'est Eurodif [22]. Ainsi, le 24 décembre 1986, un otage fut libéré; mais le 13 janvier 1987, le journaliste Roger Auque fut enlevé à Beyrouth. Rappelant l'enquête de Lorentz, le Dauphiné libéré écrit ainsi: « Les diplomates Marcel Carton et Marcel Fontaine, le journaliste Jean-Paul Kauffman retenus plus de 3 ans en otage au Liban, les attentats meurtriers de la Fnac, du Pub Renault, l'assassinat de Georges Besse, patron du nucléaire français et hostile aux négociations avec l'Iran, et d'autres encore, ont payé, dans les années 1980, le prix du contentieux Eurodif. » [5]
En décembre 1987 a lieu un 2e versement officiel de 330 millions de dollars par la France à l'Iran.
Le 6 mai 1988, entre les deux tours de l'élection présidentielle, les otages français sont libérés. Le Premier ministre Jacques Chirac assure dans un accord avec l'Iran des « garanties politiques sur l'octroi sans restrictions par le gouvernement français de licence d'exportation d'uranium enrichi » et le rétablissement du statut d'actionnaire de l'Iran dans Eurodif sous la condition du retour des derniers otages du Liban.
Le ministre des Affaires étrangères Roland Dumas intervient dans le règlement du contentieux financier en discutant avec son homologue Ali Akbar Velayati en février 1989, bien que deux ans plus tard, l'assassinat de l'ancien premier ministre Chapour Bakhtiar met fin au rapprochement [23]. Roland Dumas déclarera d'ailleurs, en janvier 2008: « C’est moi qui ai négocié le remboursement de la dette iranienne dans Eurodif. L’Iran dispose encore d’une part infime dans ce consortium. Cela peut constituer un moyen de négociation pour permettre le contrôle des puissances occidentales sur l’armement nucléaire iranien, si tout le monde en était d’accord.[24] ». En septembre 1989, le président François Mitterrand confie au secrétaire d'Etat du Ministre des Affaires étrangères, François Scheer, la formalisation d'un accord définitif de règlement du contentieux franco-iranien.
Accord financier
Finalement un accord, dont certains points restent secrets [5], est trouvé en 1991 : la France remboursa plus de 1,6 milliard de dollars [1] tandis qu'Eurodif fut indemnisé de commandes annulées par l'Iran [1]. L’Iran est rétabli dans son statut d’actionnaire d’Eurodif via un consortium franco-iranien nommé Sofidif, avec le droit de prélever 10 % de l’uranium enrichi à des fins civiles [1].
Selon Enerzine, « de source diplomatique française, on indique que l'Iran est bien membre d'Eurodif. Mais en l'absence de centrale nucléaire civile opérant en Iran, il n'y a pas de livraison d'uranium enrichi. » [25]. Le 11 avril 2007, le Ministère des Affaires étrangères a réaffirmé l'actionnariat de l'Iran à Eurodif, tout en affirmant que selon les termes de l'accord de 1991, l'Iran n'a aucun droit à enlever de l'uranium enrichi ni d'accès aux technologies du nucléaire, mais seulement aux gains financiers qui résultent de sa présence dans le consortium [26]. Mais, en raison de la Résolution 1737 du Conseil de sécurité des Nations unies (23 décembre 2006), qui gèle les avoirs de l'Organisation Iranienne à l'Energie Atomique, les fonds dus sont actuellement bloqués [26].
Fermeture
La date de fermeture et de démantèlement d'Eurodif est l'objet de négociations difficiles entre EDF et Areva, pour lesquelles le premier ministre français François Fillon a demandé un accord rapide. [27].
Nouvelle usine Georges Besse II d'enrichissement par centrifugation
Pour réduire la facture énergétique de l'enrichissement à Eurodif, Areva a pour projet d'abandonner le procédé d'enrichissement par diffusion gazeuse actuellement utilisé à l'usine Eurodif pour un procédé par centrifugation, dans le cadre de la création de l'usine Georges Besse II pour le début 2009. L'avantage de ce nouveau procédé par centrifugation est la moindre consommation d'énergie : 10 à 40 fois moins d'électricité que le procédé actuel par diffusion gazeuse[28]. Le projet a fait l'objet d'un débat public en Rhône-Alpes du 1er septembre au 22 octobre 2004, débat organisé par AREVA, le maître d'ouvrage du projet[29].
Areva financerait ce projet par un investissement de l'ordre de 3 milliards d'euros. Le calendrier prévisionnel, qui prévoit la première production de l'usine Georges Besse II au premier trimestre 2009, la prévoyait initialement fin 2007. Le projet a pris du retard en raison des études de sûreté concernant le risque de sismicité, le risque de criticité et le risque de chute d'avion, qui ont été demandées par l'autorité de sûreté nucléaire (ASN).
La fin des opérations de démantèlement de l'usine actuelle « George Besse » est prévue pour fin 2020.
Le 24 novembre 2003, Areva a aussi pris 50% des parts de Enrichment Technology Co., qui contrôle Urenco, l'autre consortium international d'enrichissement d'uranium [1].
Références
- Olivier Meier, Iran and Foreign Enrichment: A Troubled Model, Arms Control, janvier-février 2006
- Site Web d'Areva-La Hague
- Marc Durin-Valois, Flambée du pétrole, une chance pour la France, leader du nucléaire, dossier du Figaro magazine, 9 novembre 2007
- Les avantages du nucléaire en France - MINEFI/DGEMP, avril 2004
- Jean-Xavier Piéri, L'Iran détient 10 % du Tricastin : le contentieux Eurodif, Le Dauphiné libéré, 5 mars 2008
- Dominique Lorentz, Secret atomique,ou la véritable histoire des otages français au Liban, Les Arènes, 2002, pp.32-33
- Lorentz, 2002, p.34
- D. Lorentz, 2002, p.35, qui cite Le Monde du 15 septembre 1976, du 7 février 1988, et un entretien avec François Scheer diffusé dans La République atomique
- D. Lorentz, 2002, pp.35-36
- Économie politique de l'industrie nucléaire iranienne, Nader Barzin, Thèse à l'EHESS, 2004
- D. Lorentz, 2002, p.35
- D. Lorentz, 2002, 1er chapitre (p.30-78)
- Documentaire " La République atomique ", de David Carr-Brown et Dominique Lorentz, qui a été diffusé le 14 novembre 2001 sur Arte, et le livre Affaires atomiques, Dominique Lorentz, Les Arènes (ISBN 2-912485-22-3).
- Les pressions contre l'Iran sont émoussées par l'abstention de la Chine et de la Russie, Le Figaro, 14 octobre 2007 (non signé)
- Dominique Lorentz, Secret atomique,ou la véritable histoire des otages français au Liban, Les Arènes, 2002, p.138, cite Le Figaro du 21 novembre 1986 et Le Monde du 19 septembre 1986
- Dominique Lorentz, Secret atomique, ou la véritable histoire des otages français au Liban, Les Arènes, 2002, p.136, cite Le Figaro, 18 novembre 1986
- Dominique Lorentz, Secret atomique, 2002, p.137
- Dominique Lorentz, Secret atomique, 2002, p.139
- D. Lorentz, Secret atomique, p.141, cite Le Matin du 24 novembre 1986
- D. Lorentz, 2002, p.141 (cite Le Matin du 24 novembre 1986)
- D. Lorentz, 2002, p.141-142, cite L'Express du 9 au 15 janvier 1987
- D. Lorentz, op.cit.
- Thierry Oberlé, Roland Dumas en mission discrète à Téhéran, Le Figaro, 15 octobre 2007
- Roland Dumas, entretien publié par Géostratégiques, n°18, janvier 2008
- L'Iran propose à la France d'enrichir son uranium, Enerzine, 4 octobre 2006
- STATEMENTS MADE BY THE FRENCH FOREIGN MINISTRY SPOKESPERSON, sur le site d'Iranwatch
- http://www.agefi.fr/articles/LEtat-remet-lheure-commune-patrons-dAreva-dEDF-1122403.html , consulté le 07 février 2010
- M. Schneider et al., Research and Development Expenditure on Nuclear Issues in France : 1960-1996, WISE-Paris pour Energy Services, Lohmar, Allemagne, février 1998
- Débat public Georges Besse 2
Voir aussi
- Programme nucléaire iranien
- Enrichissement de l'uranium
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