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44° 20′ 09″ N 4° 43′ 21″ E / 44.3356977, 4.7224903
Le site nucléaire du Tricastin est un site industriel situé dans la basse vallée du Rhône, il accueille la plus importante concentration nucléaire et chimique de France[1]. Il est spécialisé dans la fabrication et l'exploitation de combustible nucléaire. Les premiers bâtiments sont entrés en fonctionnement à la fin des années 1970. Il appartient aux groupes Areva, Électricité de France (EDF), ainsi qu'au Commissariat à l'énergie atomique (CEA).
Il est situé sur le territoire de quatre communes, Saint-Paul-Trois-Châteaux et Pierrelatte dans la Drôme, Bollène et Lapalud dans le Vaucluse, sur la rive droite du Canal de Donzère-Mondragon (canal de dérivation du Rhône) entre Valence (70 km en amont) et Avignon (65 km en aval).
Origine du nom du site
« Tricastin » vient du nom d'une tribu celto-ligure ayant vécu sur le secteur : les Tricastini, des peuples de la Gaule narbonnaise qui habitèrent sur le Rhône, et dont la capitale fut nommée Augusta Tricastinorum par Pline et Silius Italicus. Le pays qu'ils habitèrent se nomme aujourd'hui Saint-Paul-Trois-Châteaux.
Composante du site
C'est le plus vaste site industriel nucléaire français, après l'usine de retraitement de la Hague. Il est réparti sur 600 hectares avec plus de 5 000 employés et un important réseau d'entreprises sous traitantes. Il comprend plusieurs entreprises dont :
- le site de Pierrelatte du Commissariat à l'énergie atomique, centre de recherche du nucléaire militaire ;
- la centrale nucléaire du Tricastin, (EDF) ;
- Comurhex : conversion de tétrafluorure d'uranium (UF4) en hexafluorure d'uranium (UF6) ;
- Eurodif (Enrichissement de l'uranium civil à 3,5%).
Centrale nucléaire du Tricastin
La centrale nucléaire du Tricastin a été construite en 1974, puis mise en service en 1980 et 1981. Elle comprend quatre réacteurs à eau pressurisée (REP) de 915 MW chacun, soit un total de 3 660 MW pour la centrale.
L'usine voisine d'enrichissement Eurodif consomme environ 17 TWh par an, soit environ les deux-tiers de la production de la centrale qui produit annuellement environ 25 TWh (6% de la production nationale). Cette proximité permet de limiter les pertes dues au transport de l'électricité. Le refroidissement de la centrale est assurée par le Canal de Donzère-Mondragon.
Le combustible neuf arrive par voie ferroviaire. De même, le combustible usé est expédié par train à destination de l'Usine de retraitement de la Hague.
Emplois générés sur le site du Tricastin
Sûreté
Concernant la centrale nucléaire, « l'ASN considère que les performances en matière de sûreté nucléaire et de radioprotection du CNPE du Tricastin se distinguent de manière positive et que ses performances en matière de protection de l’environnement sont en retrait par rapport à l’appréciation générale des performances que l’ASN porte sur EDF »[2].
D'une manière générale, selon l'ASN, l'analyse de sûreté prend bien en compte les risques d'agression externe (chute d'avion, séisme, inondation...)[3].
Risque sismique
En 2002 et 2003, EDF a déclaré deux incidents génériques de niveau 1 sur l'échelle INES relatifs à la tenue au séisme de composants de certains REP 900 MWe français, dont la centrale du Tricastin.
L'incident déclaré le 14 octobre 2002 concerne la tenue au séisme de réservoirs d'eau permettant d'assurer le refroidissement du coeur en cas d'accident[4]. Les travaux nécessaires à la remise en conformité de la centrale se sont terminés en décembre 2005[5].
L'incident déclaré le 28 octobre 2003 concerne la tenue au séisme de tuyauteries connectées à l'un des réservoirs d'eau concerné par l'incident du 14 octobre 2002[6].
Risque d'incendie
Concernant la centrale nucléaire, l'ASN considère en 2007 que
« le site devait encore progresser sur la gestion de la formation, la réalisation des permis de feu et les délais d’intervention en cas d’incendie qui demeurent trop longs. »[7]
Concernant l'installation d'enrichissement, c'est-à-dire l'usine Georges Besse, l'ASN considère en 2007 que
« le risque incendie était bien pris en compte, toutefois des améliorations sont attendues notamment pour la formation du personnel et sur la rédaction des permis de feu. »[8]
Chute d'avion
Selon un rapport de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), l'ensemble des installations existantes et à venir se trouve, de par sa proximité, très sensiblement exposé, d'où de nombreuses hésitations sur les projets de futures centrifugeuses[réf. nécessaire]. Le passage d'avion est interdit au dessus du site nucléaire du Tricastin comme sur l'ensemble des sites nucléaires sous peine d'amende.
Impact des installations et incidents de fonctionnement
Rejets thermiques
Du 12 au 22 juillet 2003, pendant la canicule, la centrale nucléaire du Tricastin a dépassé à plusieurs reprises la température autorisée (27 °C) du Canal de Donzère-Mondragon à l'aval du site pour une durée totale supérieure à 44h et une température maximale atteinte de 28,8 °C. L’Autorité de sûreté nucléaire a publié ces incidents sur son site web le 1er août 2003[9].
Rejets d'effluents liquides
Un rapport de mai 2007 de l'ASN rappelait à l'ordre Socatri, une filiale d'Areva présente sur le site, en déclarant:
« L'ASN rappelle Socatri à l'ordre pour des écarts répétés à ses autorisations de rejets chimiques et radiologiques (...). Les effluents liquides en sortie de la station de traitement présentent régulièrement des écarts aux seuils de rejets chimiques.
Une nouvelle station de traitement des effluents liquides doit être mise en service en 2008. La canalisation qui évacue les effluents liquides de Socatri, du fait de son ancienneté, a fait l'objet de fuites répétées en 2007.[10] »
Rejets incidentels uranifères du 8 juillet 2008
Dans la nuit du 7 au 8 juillet 2008[11], lors du nettoyage d'une cuve[12], une solution uranifère a été répandue sur le site et dans les rivières avoisinantes. La Socatri, une filiale de l'AREVA annonce que le volume d'effluent relâché est de 6,25 m3, rapportant la quantité d'uranium libérée à 75 kg. 224 kg d'uranium ont débordé d'une cuve de traitement d'uranium, dont 74 kg seraient parvenus jusqu'à la rivière de la Gaffière et le Lauzon [13].Cet incident a été classé provisoirement[14] au niveau 1 sur l'échelle internationale des événements nucléaires (équivalant à une « anomalie de fonctionnement ») par l'Autorité de sûreté nucléaire[15]. Socatri a rapporté l'incident à l'ASN 8h30 après les faits[16].
Le Réseau Sortir du nucléaire a porté plainte contre X[17], en visant particulièrement l'exploitant Socatri-Areva et l'Autorité de sûreté nucléaire[18], et la CRIIRAD devrait porter à son tour plainte contre l'exploitant[16]. Le Réseau Sortir du nucléaire a accusé Areva de mise en danger volontaire de la population en n'ayant informé que tardivement les populations concernées de cette pollution[19]. Les communes ont été averties 12 heures après. La préfecture a décrété l'interdiction de pêche, de baignade et d'irrigation ainsi que les restrictions sur la consommation d'eau sur les communes de Bollène, Lapalud et Lamotte-du-Rhône[20].
L'ASN a demandé le 11 juillet à la Socatri de suspendre l'activité de sa station de traitement[21] et de prendre des « mesures immédiates de mise en sécurité »[22].
Des mesures de teneur en uranium faites, entre le 8 et le 13 juillet, dans la nappe phréatique au Tricastin ont révélé des « valeurs [qui] ne peuvent être expliquées par le rejet accidentel » d'après l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Didier Champion, directeur de l'environnement à l'IRSN, estime qu'« on ne peut exclure qu'il y ait eu des rejets antérieurs, à l'origine d'une pollution à l'uranium »[23],[24].
Rejets de carbone 14 de juin et juillet 2008
Au delà de ses activités de gestion d'effluents, la SOCATRI réalise des opérations de reconditionnement pour le compte de l'Andra. Ces opérations consistent à trier des déchets des « petits producteurs » (laboratoires médicaux, hôpitaux...) et à les orienter vers l'exutoire adéquat (incinération, stockage)[25]. Lors d'une opération de reconditionnement en juin 2008, un rejet de carbone 14 (utilisé comme traceur pour les examens médicaux) gazeux conduit l'installation à dépasser sa limite de rejet mensuelle pour ce radionucléide. L'anomalie est identifiée lors de mesures le 4 juillet. L'activité de l'atelier de traitement est immédiatement suspendue. Areva affirme que l'ASN est informée de cet incident le 7 juillet lors d'un point hebdomadaire entre les organismes[26].
Pendant les opérations de mise à l'arrêt, les rejets continuent, conduisant le 18 juillet 2008 à un dépassement de 5 % de la limite annuelle de rejet[27]. L'ASN est informée le 5 août de ce dépassement de la limite annuelle et décide de la suspension pour le reste de l'année, à la Socatri, de toutes les activités susceptibles de générer un rejet de carbone 14 gazeux. L'incident est classé au niveau 1 de l'échelle INES[28].
Pollution radiologique du site de Tricastin
Corinne Castanier, directrice de la CRIIRAD, évoque notamment une possible pollution par les canalisations de rejet de la Socatri ou les déchets issus d'une ancienne usine militaire d'enrichissement de l'uranium qui a fonctionné sur le site du Tricastin de 1964 à 1996, et enfouis à l'autre extrêmité du site[29],[30].
Areva NC a nié ces hypothèses dans son communiqué du 16 juillet 2008, intitulé « SOCATRI répond aux allégations de la CRIIRAD[31] », dont une dépêche de l'AFP du 9 juillet 2008 reprend les termes :
- « Selon un rapport du Haut Commissariat à l'énergie atomique publié en 1998, la butte [où ont été enfouis les déchets radioactifs d'origine militaire] a bien engendré une pollution de la nappe, traitée par pompage de 1980 à 1998. Une étude d'impact ayant ensuite conclu à l'absence de risque sanitaire, le tertre est depuis sous simple surveillance, les mesures faisant apparaître une concentration moyenne d'uranium de 8 microgrammes par litre, deux fois moins que la norme de l'OMS. »[32].
Le directeur-adjoint de l'environnement à l'IRSN, Jean-Christophe Gariel, a déclaré à l'AFP qu'« établir des relations de cause à effet entre telle ou telle installation et le marquage n'est pas immédiat. Cela va demander des investigations relativement poussées ». L'inventaire national des déchets radioactifs[33] indique que cette butte contient 760 tonnes de déchets de barrières de diffusion, pour une activité globale de 42 GBq (soit une activité massique de 55 Bq/g, ce qui les classe dans la catégorie de déchets « très faible activité »).
Projet de Suez
Lors de l'annonce par le président français Nicolas Sarkozy de la construction d'un second réacteur EPR en juillet 2008, Tricastin est mentionné parmi les quatre sites envisagés (avec Flamanville, Penly et Marcoule)[réf. nécessaire].
Usine Eurodif
L'usine de combustible Eurodif produit du combustible nucléaire par enrichissement de l'uranium. Elle est alimentée directement par la centrale nucléaire du Tricastin en 225 kV.
Notes et références
- ↑ Le Monde, 17 juillet 2008.
- ↑ [pdf] Chapitre 12 - Les centrales nucléaires d'EDF - La sûreté nucléaire et la radioprotection en France en 2007, Rapport annuel de l'ASN, p. 359
- ↑ [pdf] Lettre de suite de l'inspection du 3 mai 2005 - Thème agressions externes
- ↑ Erreur de conception affectant la résistance au séisme de réservoirs d'eau de plusieurs réacteurs de 900 MWe - Autorité de sûreté nucléaire
- ↑ Suite de l'anomalie générique de conformité relative à la résistance au séisme de réservoirs d'eau de plusieurs réacteurs de 900 MWe d'EDF - Autorité de sûreté nucléaire
- ↑ Erreur de conception affectant la résistance au séisme de certaines tuyauteries des réacteurs du Blayais, de Chinon, Cruas, Dampierre, Gravelines, Saint-Laurent et du Tricastin - Autorité de sûreté nucléaire
- ↑ [pdf] Inspection du CNPE du Tricastin (INB n° 87/88) - Thème incendie Lettre de suite de l'inspection du 6 et 7 mai 2008
- ↑ [pdf] Inspection de l’usine de Georges BESSE - Thème incendie Lettre de suite de l'inspection du 15 avril 2008
- ↑ http://www.asn.gouv.fr/data/evenement/30_2003_tri.asp
- ↑ Tricastin : le rapport qui accuse, La Provence, 10 juillet 2008
- ↑ « Fuite d’une solution contenant de l’uranium à l’usine SOCATRI du Tricastin », note d’information datée du 8 juillet 2008 de l'IRSN
- ↑ « Débordement d'effluents uranifères dans l'environnement à l'usine SOCATRI (Drôme) », note d'information du 8 juillet 2008 de l'ASN.
- ↑ Claire Angot, Tricastin: Des écarts déjà signalés, Le Journal du dimanche, 10 juillet 2008
- ↑ Débordement d'effluents uranifères dans l'environnement à l'usine SOCATRI (Vaucluse) : bilan de la surveillance environnementale - Autorité de sûreté nucléaire
- ↑ « Rejet d'uranium à Tricastin: quantité moins importante qu'annoncée », Yahoo, 9 juillet 2008.
- ↑ a b « Tricastin : la filiale d'Areva déjà épinglée », Le Figaro, 10 juillet 2008.
- ↑ http://www.lepoint.fr/actualites-societe/tricastin-plainte-du-reseau-sortir-du-nucleaire/920/0/264022
- ↑ http://www.sortirdunucleaire.org/actualites/communiques/affiche.php?aff=430
- ↑ « Les associations écologistes dénoncent la gestion de l'incident au Tricastin », Yahoo, 9 juillet 2008.
- ↑ « Les premières mesures seraient rassurantes à Tricastin », L'Express (dépêche de Reuters), 10 juillet 2008.
- ↑ Nucléaire : Socatri priée de stopper l'activité de Tricastin, Europe 1, 11 juillet 2008
- ↑ « L'Autorité de sûreté nucléaire demande l'arrêt de la station de traitement du Tricastin », Le Monde, 11 juillet 2008.
- ↑ De l'uranium suspect décelé dans la nappe phréatique au Tricastin Le Monde, 14 juillet 2008.
- ↑ Un taux d'uranium suspect découvert au Tricastin [1], Le Figaro, 15 juillet 2008.
- ↑ [pdf] Suite à un rejet gazeux en carbone 14 à la SOCATRI, l’Andra a engagé une enquête auprès des producteurs de déchets concernés Communiqué de presse de l'Andra du 6 août 2008
- ↑ Tricastin: Encore une fuite cachée? article du 6 août 2008 sur lejdd.fr
- ↑ Dépassement de la limite autorisée de rejets gazeux d'isotope 14 du carbone à l'usine Socatri du Tricastin : l'IRSN mène une évaluation des conséquences dosimétriques de cet incident Communiqué de presse de l'IRSN du 7 août 2008
- ↑ Avis d'incident - L'ASN suspend les activités de SOCATRI (Bollène) générant des rejets de carbone 14 sur le site de l'ASN
- ↑ « Réactions en chaîne au Tricastin », Libération, 15 juillet 2008.
- ↑ « De l'uranium militaire incriminé au Tricastin », Le Monde, 16 juillet 2008.
- ↑ Tricastin : SOCATRI répond aux allégations de la CRIIRAD, Areva NC, 16 juillet 2008.
- ↑ dépêche AFP du 9 juillet 2008
- ↑ inventaire national des déchets radioactifs] publié par l'ANDRA.
Annexes
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