Ferme algale : l’aventure continue pour Sapphire Energy

La start-up américaine Sapphire Energy a annoncé le 2 avril 2012 avoir reçu une nouvelle tranche de financement de l’ordre de 144 millions de dollars, portant le total à 300 millions de dollars pour son projet novateur sur les biocarburants de 3ème génération.

La société s’est fait connaître en 2008 par sa volonté de construire une ferme géante d’algues (120 hectares), dans l’objectif d’aboutir à la fabrication d’un nouveau type de biocarburant. Le gouvernement américain a même participé au projet en octroyant plus de 100 millions de dollars de subventions.

Ce nouveau financement permettra donc à Sapphire d’achever la construction de sa ferme algale, située près de la petite ville de Columbus (Nouveau-Mexique), à proximité de la frontière mexicaine. Une zone de 40 hectares a déjà été livrée. Aussi, lorsque l’ensemble du projet sera finalisé en 2014, Sapphire aura la capacité de produire environ 1,5 millions de gallons (soit 5,7 millions de litres) de pétrole vert à destination des raffineries. Ces dernières pourront alors fabriquer aussi bien des produits chimiques que des biocarburants.

Les algues sont séduisantes en tant que matières premières car les micro-organismes sont capables naturellement d’engendrer de grandes quantités d’huile. Elles peuvent également être cultivées dans des étangs remplis d’eau saumâtre ou salée, et épargner ainsi l’eau (douce) dont les populations et les terres agricoles ont besoin. Mais les algues restent encore coûteuses à cultiver et à récolter. C’est pourquoi, elles sont commercialement utilisées pour concevoir des produits à haute valeur ajoutée tels que rencontrés dans la cosmétique et l’alimentaire.

Sapphire espère maintenant faire baisser le coût de production des huiles algales, en changeant chaque partie du processus de fabrication. L’augmentation de la qualité et de la quantité d’huile produite devrait avoir pour effet de réduire le coût de la construction des étangs, ainsi que celui de la production finale.

La société vise à terme l’obtention d’un carburant brut compétitif de l’ordre de 85 dollars le baril, en comparaison avec le prix du brut de pétrole qui dépasse actuellement les 100 dollars.

Un autre défi majeur concerne la récolte d’algues. En effet, il faut environ 1 kg d’eau pour faire croître 1 gramme d’algue. De plus, séparer les éléments d’une manière efficace et en extraire l’huile s’avérent très coûteux en énergie.

Ferme algale : l'aventure continue pour Sapphire Energy

En empruntant des techniques propres aux stations d’épuration, Sapphire traite les algues avec des produits chimiques qui les poussent à s’agglomérer. Les algues peuvent ensuite être "récupérées à la surface", a expliqué Tim Zenk, vice-président de Sapphire Energy. Le résultat est une boue qui contient encore beaucoup d’eau. Sapphire traite les effluves avec des solvants, à des pressions et à des températures élevées afin de les séparer en 3 sous-produits : de l’huile algale, des nutriments tels que le phosphate, et de la biomasse. L’huile ira dans une raffinerie, alors que les éléments nutritifs et la biomasse seront à nouveau utilisés dans la croissance des algues.

Sapphire a également conçu des algues qui sont en mesure de prospérer dans des bassins ouverts. D’autres sociétés productrices de biocarburants algales utilisent des conteneurs fermés, qui sont plus coûteux, mais peuvent en contrepartie protéger la matière première contre d’éventuels prédateurs, de maladies fongiques, et d’autres souches d’algues qui pourraient envahir l’étang. Ensuite, Sapphire a développé des algues résistantes aux maladies et grandissantes dans des conditions difficiles (pH ou salinité élevée), que la plupart des autres organismes ne pourraient tolérer. La start up a également augmenté leurs résistances face à certains produits chimiques qui inhibent la croissance de certains organismes.

Ferme algale : l'aventure continue pour Sapphire Energy

La société essaie de trouver différents moyens de réduire d’autres postes de coûts. Ainsi, plutôt que de construire des étangs en béton, il serait moins coûteux d’édifier des étangs possédant des matériaux qui repoussent la saleté, ainsi que des doublures imperméables. Sapphire prévoit à terme de concevoir des étangs qui ressemblent à des rizières. Elle veut également remplacer les roues à aubes hautement énergivores qui sont utilisées pour faire circuler les algues par des pompes beaucoup plus efficaces. Elle envisage par exemple de concevoir des systèmes qui utilisent uniquement le vent du désert pour répondre à ce problème de circulation d’algues et d’eau.

Sapphire travaille aussi en collaboration avec l’allemand Linde pour créer un moyen ‘économique’ de fournir du dioxyde de carbone aux algues, un composé essentiel à leur croissance. Linde a déjà développé des dispositifs capables d’alimenter des serres avec du dioxyde de carbone provenant de raffineries.

Enfin, l’entreprise pourra éventuellement se tourner vers le génie génétique pour améliorer encore la performance intrinsèque des algues.

Une fois achevée, la ferme sera en mesure de produire environ 100 barils de brut algal par jour, ou 35.000 barils par an. Pour Tim Zenk, le processus global ne sera commercialement viable que grâce à des économies d’échelle qui viendront avec des fermes beaucoup plus grandes, de l’ordre de 400 à 2000 hectares.

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10 Commentaires sur "Ferme algale : l’aventure continue pour Sapphire Energy"

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Oups
Invité
On a quand meme l’impression qu’il s’agit là d’un monumental gachis (en terrains, en eau, en énergie et en produits chimiques !!! et en intelligence… ) consacré à l’automobile. Ne prend-on pas le problème à l’envers et ne devrait-on pas se poser la question de l’interet du “carburant” automobile ? Voire de l’automobile même ? Ne pourrait-on utiliser ces ressources intellectuelles et financières plus généreusement et plus durablement ? La moitié de la population sur la terre n’a pas accés à l’eau, un quart n’a pas de quoi se nourrir… et que font nos élites ? du carburant pour que… Lire plus »
beuhji
Invité

Ca ressemble surtout à un gros évaporateur ce truc, quelle quantité d’eau cela peux consommer ?! Même avec de l’eau de mer, ca va faire un marais salant … Des infos là dessus ?

Lionel_fr
Invité

Barils par hectare : 292 par an Consommation usa : 18 mn * 365 : 6.570 md bl par an Surface nécessaire substitution pétrole : 22.5 mn ha Surface des déserts américains : 80 mn ha (800 000 Km²) Conclusion : Les USA peuvent produire environ un tiers de leur consommation pétrolière grâce à cette technologie alguale en l’état de la technologie décrite dans l’article NB : 1. Les déserts US “abritent” de grandes métropoles : las vegas, Tucson, Phoenix… 2. La surface du Sahara est de 900 mn ha (peuplés par beaucoup de monde aussi)

alternotre
Invité

Si ce virage énergétique s’accompagne d’améliorations substantielles dans la façon dont les USA consomment l’énergie ( rendement des moteurs, changement des habitudes de voyage etc…) on regarde un niveau de couverture largement surpérieur à 30 %… peut être même 100%, potentiellement. Bien joué ! Cependant, il demeure : – La question du CO2. – La question des nutriments. Dans l’idéal un tel système devrait être couplé au traitement des déchets des grandes métropoles… Mais là, dans le désert… Ils ne parlent pas du solaire pour la fourniture électrique du complexe. C’est étrange..

marcarmand
Invité

Cet article rappelle celui de BFS France il y a un peu plus d’un an: (), qui annonçait 700 tep/ha/an. Ici, on annonce 5700 m3 / 120 ha, soit environ 40 tep/ha/an. C’est entre 10 et 40 fois le rendement d’une culture énergétique telle que bois ou canne à sucre.

Lionel_fr
Invité
. 46 428 litres par hectare précisément à 11:19 ce matin, le baril de WTI light sweet crude américain cote 101.94$ NYMEX à 292 barils par hectare, on atteint quand même un revenu de 29 768.48 $ par hectare et par an. Il va devenir difficile de trouver un hectare pour faire de l’alimentaire … rien n’oblige à limiter la culture alguale aux seuls déserts.. On va finir par se nourrir exclusivement d’omega 3 ! M’enfin si on “mord” sur les surfaces de cultures vivrières, on sature le marché de l’énergie , sans compter les révoltes. Pour alimenter les installations… Lire plus »
Pastilleverte
Invité
C’est pourtant bien une des très bonnes solutions à la production de carburants et produits de base de la chimie (verte en l’occurrence); Grand doute sur effectivement les besoins en eau( il semble qu’on en récupère bien peu avec ce procédé) et la concurrence avec l’alimentaire (pas vraiment dans le désert, mais risque d’expansion). Comme dir dans l’article les systèmes “en vase clos” sont peut être plus onéreux, mais bien moins consommateurs d’espace au sol, généralement les algues y sont nourries au CO2, seul recyclage intelligent de cet ami de la nature tant “diabolis” (doit-on dire “Lepenisé” ?), et l’eau… Lire plus »
Lionel_fr
Invité
Pour le besoin en eau, on peut aussi retourner l’argument. Après tout on a bien vascularisé la planète pour le transport de pétrole et de gaz. Les techniques sont donc parfaitement au point. L’eau en revanche ne bénéfcie pas de ces techniques : pourquoi ? Peut être parce que son prix ne justifie pas l’investissement. Mais puisque l’eau partiellement dessalée permettra justement la production d’or noir, son prix flambera et les infrastructures deviendront rentables… De là à transformer les déserts en étangs, il y a une marge certes. Mais les efforts consentis au transport de l’eau “carburant” profiteront nécessairement aux… Lire plus »
Lionel_fr
Invité
Pour le rendement énergétique, je suis bien d’accord avec vous, les états-unis ont des efforts à faire. Notez que Toyota bat tous ses records de vente d’hybride depuis la hausse récente du pétrole. Pour vos autres suggestions, partage, etc… Cela ne “sonne” pas très américain à mes oreilles. Je doute que l’industrie américaine investisse beaucoup sur une vision aussi à l’opposé du principe fondateur de l’automobile : l’indépendance. Dans les villes , l’auto-partage est en oeuvre à Paris .. je pense que le système français est très prometteur et bien conçu. Reste à lui trouver un modèle économique. Mais Paris… Lire plus »
Lionel_fr
Invité
. C’est juste que je voulais voir apparaitre ce titre sur la home page d’enerzine. Si vous avez vu ce film qui traite de la ruée vers le pétrole aux états unis au 19eme siecle, je pense que l’ambiance a dû vous marquer. Même si l’histoire n’est pas très romancée et donc un peu ennuyeuse. Le pétrole dans la rizière ne risque pas de ressembler à la maison dans la prairie. Trop d’argent, trop de pouvoir, trop de vies. Rien à voir avec le marché de l’electricité par nature très concerté. Le pétrole, c’est chacun pour soi , le seul… Lire plus »
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