Quelle issue? quelles leçons?
Le dossier semble bien ficelé et s'appuie sur une mise en cause technique et juridique. Pour ceux qui n'auront pas le temps de le parcourir, voici ce que j'en retiens:
+ Fracturation hydraulique peu profonde (à 200 m dans le charbon, mais aussi à 100 m directement dans l'aquifère suivi de 121 m dans le charbon).
+ Non-respect des lois et des règlements, concernant les opérations sur aquifère notamment.
+ Affirmations contradictoires et non respect des engagements de l'opérateur
+ Mise en cause du régulateur provincial en charge du contrôle de l'application systématique des lois et règlements miniers.
+ Ramifications socio-politiques importantes dans le contexte albertain la veille - quasi-littéralement - d'élections fédérales
Les conditions de réussite de la fracturation hydraulique dépendent 1/ d'un contexte géologique favorable et 2/ d'une bonne connaissance des contraintes in-situ. La fracturation à faible profondeur (disons pour donner un ordre de grandeur qu'il faut préciser suivant les cas, à moins de 1000 m) ne donne pas nécessairement toutes les garanties nécessaires et demande des études très pointues autour de cette valeur (jusqu'à 700-800 m par exemple). Mais à 200 m, on aura bien du mal à prévoir et à maitriser la fracture. On sait qu'elle se propagera horizontalement, mais d'une part les écarts verticaux pourront être importants (relativement à la profondeur) et d'autre part la réactivation des failles et fissures existantes ne demandera que peu d'énergie. Donc seule les petites opérations devraient être envisagées, et encore (pas de données techniques pour l'instant sur celles dont il est question).
Quant à la perforation dans l'aquifère, sans avoir entendu la version de la société, on ne peut pas penser que cela ait été délibéré (pourquoi?). Mais voilà: avec 20 m de marge à peine par rapport à l'objectif, l'erreur a été commise et l'impensé aussi. La première erreur est de concevoir des opérations de ce type si près d'aquifère d'une part et si peu profond d'autre part.
Quant à l'issue de la procédure, je me demande si on en verra beaucoup plus ou si un arrangement à l'amiable sera trouvé avant que l'affaire ne reçoive plus de publicité médiatique. Mais on peut s'attendre à des changements en Alberta où plusieurs affaires pourraient recevoir plus d'attention. En tout cas, le dossier, lui, restera, et je trouve le récit particulièrement instructif. Il devrait inciter tous les intéressés, y compris en Europe, à mettre en place une règlementation forte, les moyens d'en assurer l'application et le contrôle, ainsi que des organisations indépendantes (pas facile) reconnues. Ceci n'est pas limité à l'exploitation d'hydrocarbures et est valable à mon sens quel que soit le l'activité industrielle.