Fukushima, acte 2

Dans les numéros 2 et 3, la fonte du combustible ne se serait pas accompagnée, selon les constatations actuelles, de fuites de corium hors des cuves. L’étanchéité de ces deux réacteurs aurait toutefois aussi été compromise. A la lumière de cette situation alarmante, il faudra encore des mois de travail et d’efforts pour stabiliser et sécuriser tous les réacteurs de la centrale et 70 000 personnes supplémentaires vont devoir être évacuées au-delà de la zone des 20 km autour de la centrale pour tenir compte des niveaux de radioactivité très élevés enregistrés autour de la centrale. Par ailleurs, des niveaux de radioactivité plusieurs centaines de fois supérieurs à la normale ont été relevés début mai sur une bande de 300 kilomètres de fond marin au large de la centrale de Fukushima.

C’est dans ce contexte, qui confirme que la catastrophe nucléaire de Fukushima est de très grande ampleur et aura des conséquences majeures et durables pour la santé de plusieurs centaines de milliers ou de plusieurs millions de japonais, que plusieurs états européens viennent d’annoncer qu’ils renonçaient au nucléaire civil.

Le gouvernement suisse a annoncé que la totalité des réacteurs nucléaires actuellement en service en Suisse ne sera pas remplacée. Concrètement, les cinq réacteurs verront leur fonctionnement stopper d’ici 25 à 35 ans, "seulement", dans la mesure où ils satisferont aux critères de sécurité, à indiqué le gouvernement suisse. Entre-temps, la Suisse devra assurer son approvisionnement en développant davantage les énergies alternatives comme l’hydro-électricité, le solaire et l’éolien. Elle pourrait aussi compter sur les centrales de cogénération à gaz (chaleur / électricité) ou encore en optimisant l’énergie, par la mise en place de plans d’économie d’énergie.

Selon le gouvernement, cette sortie progressive du nucléaire devrait permettre à la Suisse d’assumer sa nouvelle politique énergétique. On mesure le défi énergétique qui attend la Suisse quand on sait que l’énergie hydraulique fournit plus de la moitié de l’électricité produite dans le pays, soit environ 56 %, contre 39 % pour le nucléaire. 80 % des Suisses soutiennent la décision du Conseil fédéral de sortir progressivement du nucléaire.

En Allemagne, la chancelière allemande Angela Merkel a confirmé le 30 mai son intention de renoncer à l’atome civil, qui assure actuellement 22 % des besoins en électricité du pays. Une « décision irréversible », selon le ministre de l’environnement Norbert Röttgen. Le parc des 17 réacteurs nucléaires du pays sera arrêté progressivement d’ici à 2022. Enfin le 25 mai, le Parlement italien a voté la suspension du programme nucléaire envisagé.

A toute chose malheur est bon et le Premier ministre japonais Naoto Kan a annoncé que son pays entendait porter à 20 % la part des énergies renouvelables dans sa production d’électricité d’ici aux années 2020, tirant la leçon de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Pour y parvenir, le Japon entend réduire les coûts de production de l’énergie solaire à un tiers de son niveau actuel, d’ici à 2020, et à un sixième, d’ici à 2030. Selon le journal économique japonais Nikkei, le Japon envisage notamment de rendre obligatoire l’installation de panneaux solaires sur toutes les nouvelles constructions d’ici à 2030.

L’Allemagne, pour sa part, a développé une filière d’énergies renouvelables de plus de 36 milliards d’euros en 2009 (contre 13 mds en France). Ce pays a opté massivement pour l’éolien avec 26 gigawatts installés contre 4,5 GW en France en 2009 et, le photovoltaïque (10 GW contre 0,3 GW en France). La filière des énergies renouvelables emploie 2,5 fois plus de personnes qu’en France.

Dans un tel contexte et en dépit de l’audit européen sur la sûreté de nos centrales nucléaires, il semble peu probable que la France échappe, dans les mois et les années à venir, à ce débat démocratique nécessaire sur une éventuelle sortie du nucléaire. Dans le cas singulier de la France qui produit 75 % de son électricité (plus de 400 TWh par an) grâce au nucléaire, une telle sortie aurait un coût très élevé (200 à 300 milliards d’euros) et ne pourrait se concevoir que sur une très longue période, sans doute 30 ou 40 ans, mais elle n’en reste pas moins possible si notre nation, à l’issue d’un vrai débat, le décide.

Il faut cependant que nos concitoyens sachent qu’en supposant que la France parvienne à stabiliser sa consommation électrique à son niveau actuel (490 TWH par an), sortir du nucléaire sur 40 ans implique une production supplémentaire d’électricité renouvelable de 10 TWH par an jusqu’en 2050. Ce chiffre peut sembler abstrait mais il représente quand même, chaque année, la mise en service de 300 éoliennes marines et de 50 km2 de panneaux solaires photovoltaïques auxquels il faut ajouter l’adaptation de notre réseau et plusieurs dizaines de centrales thermiques combinées de nouvelle génération pour pouvoir pallier une chute de production solaire ou éolienne de grande ampleur. Techniquement, il est toutefois possible d’intégrer une grande quantité d’électricité provenant de sources renouvelables variables selon une nouvelle étude de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) rendue publique à Bruxelles le 24 mai 2011.

Le Prochain Président de la République devra ouvrir ce débat difficile mais nécessaire et exposer clairement à nos concitoyens les enjeux mais aussi le coût économique et social très élevé d’un tel choix de société.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par René Tregouët

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