Gaz de schiste en France : la tentation de l’aspect financier

L’Office Parlementaire d’Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST) a présenté jeudi dernier un rapport d’étape sur les « techniques alternatives à la fracturation hydraulique pour l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste ».

Sans surprise, ce rapport fait l’apologie de la fracturation hydraulique, aujourd’hui jugée comme technique « la plus efficace et la mieux maîtrisée pour extraire les hydrocarbures non conventionnels » font savoir certaines organisations** en lutte contre les énergies fossiles. "Sans tout à fait aller jusqu’à parler de « massage de la roche » (mais presque), comme le suggérait il y a quelques mois Christophe de Margerie, PDG de Total, les députés Christian Bataille (PS) et Jean-Claude Lenoir (UMP), chefs de file de ce rapport d’étape mettent tout en œuvre pour ouvrir la porte à l’extraction des gaz et huiles de schiste."

Recherche scientifique d’évaluation des réserves potentielles, mise en place de « puits test » destiné à l’expérimentation de techniques, exploitation du gaz de houille en Lorraine et dans le Nord Pas de Calais etc. tous les arguments sont bons, selon elles, pour vendre la fracturation hydraulique et la nécessité d’exploiter ces ressources fossiles.

Face à ces aberrations, les organisations déplorent tout d’abord la volonté des parlementaires en charge de ce rapport, de réduire le débat à une simple question de technique d’extraction alors que la problématique des gaz de schiste est bien plus large. "Il a en effet été scientifiquement prouvé que l’exploitation des gaz et huile de schiste entraîne des fuites de méthane, en partie à l’origine du réchauffement climatique. Exploiter ces ressources fossiles en France ou ailleurs et ce, quelque soit la technique, ne ferait qu’accroître nos émissions de gaz à effet de serre en nous enfonçant encore un peu plus dans la crise climatique."

Une telle politique irait en effet à l’encontre des recommandations des scientifiques du GIEC et des engagements, "pourtant minces", déja pris par la France à l’échelle internationale en matière climatique. De plus, un quota d’émissions de CO2 à ne pas dépasser d’ici à 2050 est nécessaire pour rester sous les deux degrés de hausse des températures. Aujourd’hui, les émissions des projets d’extraction fossiles en cours font déjà exploser ce quota. Pour les associations, il est impensable, quelle que soit la méthode d’extraction, d’aller chercher de nouvelles ressources fossiles : "la crise climatique clôt le débat."

Les parlementaires vont même jusqu’à proposer de « financer la transition énergétique par les retombées financières éventuelles de l’exploitation des gaz et huiles de schiste », reprenant mot pour mot la récente proposition de Laurence Parisot, présidente du Medef, déplorent à l’unisson les associations. "Pourtant, à l’heure du débat national sur la transition énergétique, il est grand temps de se détourner des énergies fossiles, qui ne font qu’aggraver le réchauffement climatique, et de choisir la voix de la sobriété énergétique" clame ces mêmes associations."

Les organisations dénoncent également le lobbying effréné des intérêts particuliers représentés par les industries pétrolières et gazières qui cherchent, par tous les moyens à contourner la loi de juillet 2011 interdisant la fracturation hydraulique en France. Ainsi, la proposition des parlementaires de « réformer le code minier pour faire bénéficier les collectivités locales et les propriétaires d’une part des retombées financière liées à ces hydrocarbures. » apparaît comme une tentative très claire de convaincre citoyens et élus locaux de l’attrait financier de ces exploitations, en ne prenant nullement en considération les impacts sur l’eau, l’air, la terre, le paysage etc. et la santé des populations.

** Agir pour l’environnement, Amis de la Terre, Attac, Greenpeace, Réseau action climat

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6 Commentaires sur "Gaz de schiste en France : la tentation de l’aspect financier"

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De passage
Invité
telle est la ligne retardataire mais immuable des ayatollahs énergéticiens actuels: sur la base de faits très isolés dans les débuts de l’exploitation gazière, on jette la fatwa un fois pour toute contre ce gaz de schiste. Et les écolos de pousser le gaz naturel (le même) russe pour se chauffer: quand on vous dit qu’ils sont financés par Gazprom, en Allemagne, Tchéquie, France, etc… ce n’est pas pour rien. Mais il faut croire que nous sommes trop industrialisés, que nous avons trop d’excédents exportation, trop peu de chômeurs et qu’il nous faut donc ralentir pour que les “autres” nous… Lire plus »
Temb
Invité
Le gaz de schiste est un ennemi solide de la lutte contre le changement climatique. Nucléaire et ENR sont dans le même bateau face à la tentation de faire toujours plus de fossile, aux US ce sont déjà 7 projets de centrales nucléaires qui ont été suspendus et 3 centrales qui ont été fermées du fait de cette concurrence avec les gaz de schistes. Areva et EDF en font aussi largement les frais, avec des chances d’y construire des EPR aussi faibles que d’en construire un jour en Allemagne. “A 110 dollars par mégawattheure, l’électricité nucléaire est presque deux fois… Lire plus »
Gazeolsol
Invité
Les parlementaires vont même jusqu’à proposer de « financer la transition énergétique par les retombées financières éventuelles de l’exploitation des gaz et huiles de schiste », Ils ont Raison. De plus,les Gaz de schiste et les Gaz de toutes les autres origines,vont très bien pour les suivis de charges des éoliennes et centrales PV.C’est l’idéal pour la transition vers beaucoup,beaucoup, d’éoliennes et de PV,et de biogaz et biomasse.Cela n’interdit pas non plus les sobriétés et mesures d’efficiences. Quand aux recommandations des “Agir pour l’environnement, Amis de la Terre, Attac, Greenpeace, Réseau action climat,etc…”: Je m’en contrefiche parceque c’est la “religion… Lire plus »
Nicias
Invité

On ne sait pas très bien qui écrit quoi dans cet article. Par exemple le “Face à ces aberrations” ( les quelles par ailleurs ?) n’est pas en italique et reflète donc le jugement du journaliste. Il est surprenant qu’un journaliste parle ainsi d’un rapport parlementaire, de surcroit écrit par les vétérans des rapports sur les politiques énergétiques. Bataille et Lenoir bossent quand même depuis plus de 20 ans sur le sujet. Enerzine aurait mieux fait de publier tel quel le communiqué de presse de ces organisations, au besoin avec quelques coupures, et de le signaler comme tel.

an391
Invité
A propos d’hydrocarbures, rappelons que pour les liquides on en est là : (pétrole de schiste et bitumineux inclus) C’est à dire dans un monstrueux choc pétrolier qui hélas ne fait que commencer, et aussi raison principale de la crise dite “financière”. Ci dessous dernières synthèses gaz et liquides de Laherrère (Président ASPO France, ancien patron des techniques d’exploration du groupe Total): Et sans même considérer l’aspect “externalités”, ça n’est pas les gaz de schiste qui change radicalement la donne (en France ou ailleurs). La crise actuelle EST celle du pic mondial de production de pétrole, il serait peut-être temps… Lire plus »
Sicetaitsimple
Invité

Je ne sais pas si c’est Enerzine qui a inventé ce titre, mais c’est un peu renversant… On notera que les developpeurs d’éolien, de biogaz, de biomasse en général ou de PV ( y compris les particuliers) sont tous des bisounours dont la seule raison d’être est de sauver la planête. Absolument aucune tentation financière derrière tout ça, rien que du dévouement. Je suis bien sûr que Gazprom nous fera une réduction dans quelque années, on ne fait pas de mal à un Bisounours…

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