Gaz de schiste : il faut en finir avec le XXème siècle !

Endossant sans complexe son rôle de défenseur de l’Amical des Foreurs et Métiers du pétrole comme peu osent encore le faire, Gérard Médaisko s’est livré à un véritable plaidoyer en faveur de de l’exploitation du gaz de schiste enfoui sous nos pieds. Plus que le géologue, c’est surtout l’historien, grand nostalgique des trente glorieuses, qui a tenu à nous livrer son analyse et son point de vue sur le très controversé gaz de schiste.

En 2013, la France – comme beaucoup de ses voisins européens – reste dans une situation de dépendance peu enviable via-à-vis de ses approvisionnements en gaz et en pétrole. Une situation de plus en plus critique qu’il va vraiment falloir traiter avec le sérieux qu’elle mérite pour espérer réduire rapidement notre dépendance aux fossiles. Naturellement cela va demander des efforts et une remise en cause de beaucoup de nos pratiques actuelles. Mais est-ce une raison valable pour défendre à ce point l’industrie du gaz de schiste et considérer son apport comme essentiel dans la transition énergétique ?

Il faut quand même une bonne dose de culot et d’audace réunis pour penser un instant que ce sont les mêmes qui nous ont conduit là où nous sommes aujourd’hui qui vont nous en sortir ! Il y a un siècle déjà, A. Einstein affirmait à juste titre « qu’on ne résout pas un problème avec les modes de pensées qui l’ont engendré ». Non le gaz de schiste ne peut plus être présenté comme l’alpha et l’oméga d’une transition énergétique réussie. Quand bien même notre sous-sol en regorgerait, les délais nécessaires à une mise en exploitation industrielle capable de couvrir une part importante de nos besoins actuels en gaz naturel sont déjà en soi un problème au regard d’autres objectifs de court et moyen terme (changement climatique, ressources en eau, développement des filières ENR, etc…)

En ce début de XXIème siècle, faire le choix d’investir des sommes conséquentes dans l’exploitation des énergies fossiles non conventionnelles, c’est sous-estimer les capacités bien réelles offertes par la combinaison réunie de vraies politiques de maitrise énergétique couplées au potentiel offert par les énergies renouvelables. Des stratégies que de nombreux territoires sont en train de bâtir un peu partout en Europe et qui sont la preuve vivante que ces alternatives fonctionnent. Pour passer à la vitesse supérieure, les acteurs de la finance ont un rôle clé à jouer compte tenu des investissements nécessaires et des durées d’amortissement dont il est souvent question dans les projets. Une présence indispensable donc, faute de quoi les rentiers de l’énergie et les acteurs du vieux monde continueront à faire croire aux citoyens que les énergies renouvelables ne peuvent jouer qu’un rôle cosmétique dans le mix-énergétique de demain.
Pour autant les énergies renouvelables n’ont pas vocation à remplacer le pétrole et le gaz à l’identique. Leur développement s’inscrit sans ambiguïté dans le cadre d’une société de la sobriété et du bon sens. Une société qui met un point d’honneur à répondre efficacement et durablement à des besoins matériels et immatériels plutôt qu’à en inventer sans cesse de nouveaux sans vraiment se soucier des conséquences à long terme de des excès en tout genre qu’elle génère. Une société où la question de l’énergie durable occupe une place centrale dans nos choix du quotidien et les stratégies de développement des entreprises et des territoires. Une société capable d’acter le fait que la globalisation est une impasse pour de nombreuses activités qui n’ont de sens qu’à l’échelle des territoires qu’elles contribuent à faire vivre.

L’énergie ne pourra pas éternellement être le parent pauvre des choix de société qu’une minorité a réussi à nous imposer jusqu’à présent. C’est un fait, l’explosion des flux matériels à laquelle la mondialisation a contribué ces dernières décennies n’a fait qu’accentuer notre dépendance aux énergies fossiles. Soutenir que l’exploitation du gaz de schiste est des moyens pour en sortir est un leurre. La seule véritable stratégie qui vaille à long terme repose sur une réappropriation forte de la question de l’énergie dans les territoires. Face aux perspectives très prometteuses offertes par les énergies renouvelables – énergie solaire en tête – peu probable que le gaz de schiste parvienne à s’imposer comme une alternative de choix capable de répondre au double défi énergétique et climatique de ce siècle.

C’est un des enjeux auxquels le débat national sur la transition énergétique devra apporter des réponses. Espérons que les jeunes générations directement visées par ces questions seront entendues autant qu’elles le méritent. Faute de quoi, le risque de se voir imposer une vision du futur qui est celle de nos ainés pourrait bien se reproduire.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par Guillaume Porcher

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