Gaz de schiste : quelles issues politiques et industrielles ?

A l’occasion du lancement, jeudi, du grand débat national sur la transition énergétique, la question sur les gaz de schiste subsiste et revient immanquablement sur le devant de la scène médiatique.

Absente des programmes de campagne des deux principaux candidats François Hollande et Nicolas Sarkozy, elle a fortement marqué les 6 premiers mois de François Hollande à l’Elysée. La société de conseil et d’aide à la décision, Alcimed se propose de revenir sur les temps forts du débat et pose la question de l’avenir des grands groupes français sur ce marché en essor à l’international.

1er temps fort : Le gouvernement affiche une position ferme lors de la conférence environnementale

Alors que la période estivale a vu plusieurs membres du gouvernement exprimer des opinions sensiblement différentes sur la question du gaz de schiste, la Conférence Environnementale des 14 et 15 septembre 2012 a précisé la position du gouvernement. Dans son discours d’ouverture, François Hollande annonce le rejet des demandes de permis d’exploration au motif que « personne […] ne peut affirmer que l’exploitation des gaz et huile de schiste par fracturation hydraulique […] est exempte de risques lourds pour la santé et pour l’environnement ».
2ème temps fort : Le rapport Gallois et le World Energy Outlook 2012 ravivent le débat

Le débat est rouvert début novembre par la publication de deux rapports qui font l’objet de nombreux commentaires. Le rapport Gallois, commandé par le gouvernement pour identifier des pistes d’amélioration de la compétitivité de l’économie française, publié le 5 novembre, propose de « mener les recherches sur les techniques d’exploitation des gaz de schiste », en citant les impacts de ceux-ci aux Etats-Unis sur la ré-industrialisation et la balance commerciale. Une semaine plus tard, c’est au tour de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), avec la publication du World Energy Outlook, de souligner les gains en compétitivité des Etats-Unis, « résultat des technologies permettant l’exploitation des ressources en huile et en gaz de schiste ». Mais aucun de ces rapports ne poussera le gouvernement à modifier sa position.

3ème temps fort : La conférence de presse présidentielle ne ferme pas complètement la porte aux gaz de schiste

Lors de la conférence de presse du 13 novembre, François Hollande a rappelé sa position sur le sujet : « [La technique de fracturation hydraulique] porte considérablement atteinte à l’environnement. […] Tant qu’il n’y aura pas de nouvelles techniques, il n’y aura pas d’exploration et d’exploitation de gaz de schiste en France ». Mais il s’est monté moins catégorique que lors de la conférence environnementale, en prenant soin d’ajouter : «La recherche est possible sur d’autres techniques que celle de la fracturation hydraulique. Pour l’instant, cette recherche n’a pas abouti, je ne peux pas l’interdire, elle n’est pas interdite par la loi ». « Je laisse les entreprises, les chercheurs travailler. Et je prendrai mes responsabilités si une technique apparaît. ». Le débat n’est donc pas totalement tranché.

4ème temps fort à venir : le grand débat sur la transition énergétique ?

Le grand débat sur la transition énergétique, qui s’ouvre le 29 novembre 2012, ne pourra pas faire l’impasse sur les gaz de schiste. Difficile pour l’heure de prévoir quelle en sera l’issue.

Parmi les six « sages » du comité de pilotage désignés par le gouvernement, Anne Lauvergeon, administratrice de Total et GDF Suez s’est exprimée au printemps en faveur de l’exploration et de la mise en œuvre de contraintes environnementales strictes concernant les techniques d’extraction, tandis que Jean Jouzel, climatologue, considère que « l’exploitation internationale des gaz de schiste […] retarde forcément le développement des énergies renouvelables » et les mesures contre le réchauffement climatique. Et d’ajouter : « plus on attendra, plus ce sera difficile et plus cela coûtera cher ».

Comment réagissent les industriels français ?

Les grands groupes français ne comptent pas sur la France pour entrer sur le marché du gaz de schiste. Total est déjà présent aux Etats-Unis, en Argentine, en Pologne, en Chine et bientôt au Danemark, tandis que GDF Suez mise sur les Etats-Unis pour développer une filière avale des gaz de schiste. Veolia et Suez Environnement peuvent également tirer parti de leur présence internationale, notamment aux Etats-Unis et en Pologne, pour développer des services environnementaux associés.

« Deux enjeux apparaissent comme clefs pour sortir d’un débat souvent dogmatique ou de principe. La prospection et les techniques de modélisation sont premièrement incontournables pour disposer d’estimations réalistes des réserves en France et alimenter le débat avec des données tangibles. » analyse Jean-Philippe Tridant Bel, Directeur de l’activité Energie et Environnement d’Alcimed. Et de poursuivre « Il est deuxièmement fondamental de poursuivre, stimuler et organiser la recherche et le développement de techniques d’exploitation au même titre que de services environnementaux associés pour atteindre un seuil d’acceptation des opérations. » Enfin il conclut : « Les grands groupes français prennent aujourd’hui des positions à l’international, mais si la France ne répond pas à ces deux enjeux maintenant, les savoir-faire se développeront hors de France à court et moyen termes. ».

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10 Commentaires sur "Gaz de schiste : quelles issues politiques et industrielles ?"

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Pas naif
Invité
d’avoir décidé (après n’avoir écouté que des écolos braillards) sans étude sérieuse de diaboliser la fracking hydraulique (couramment utilisé par ailleurs pour la mise en exploitation des gisements géothermiques) les mène à se ridiculiser pour longtemps. Il est vrai qu’ils n’y comprennent rien, étant pas même des littéraires mais presque tous de Sciences Po ou activistes. Il aura suffi d’un reportage montrant quelques flammes sortant du robinet d’un évier pour figer leur avis définitif. Voilà comment on dirige le pays. A toutes fins utiles, j’ai vécu personellement un incident gazier dans l’Isère en 1974 ou du propane de la station… Lire plus »
climax1891
Invité

La consommation française et allemande de gaz naturel est de 120 millions de TEP par an. 20 millions de chauffe-eau solaires de 100 m2 dans le sud de l’Europe, l’Europe peut économiser au moins 120 millions de TEP de gaz naturel par an, ceci jusqu’à la fin des temps. Sachant qu’un chauffe-eau solaire est rentabilisé en 10 ans et a une durée de vie de 20 à 30, tout cela serait même très rentable.

fredo
Invité

votre expérience est intéressante. Doit-on en déduire qu’au nom d’être contre des écolos braillards, vous êtes pour l’exploitation du gaz de schiste en France? En tant que consommateur, je ne vois aucun intêrêt à son exploitation, je ne paierai pas ce gaz moins cher.

Radionucleide
Invité

Pour fredo comment va -t-on payer les CMU, RSA, RMI, retraites, sans industries et en ne voulant pas exploiter les énergies du sous sol? en exportant des bigorneaux?

Lhommedesbois
Invité

Le gaz de schiste c’est technique. Voici l’avis d’un expert en énergie: Jean Marc Jancovici.

fredo
Invité

Vraiment curieux cette fébrilité, pour des gisements inconnus au bataillon il y a 10 ans, même pas mentionnés dans la PPI élec 2009, à peine évoqué d’un vague paragraphe sans aucun chiffre dans la PIP gaz 2007 mise à jour 2011, et devenus vitaux aujourd’hui ! Vous évoquez des problèmes structurels, les réponses passent par des réformes structurelles

Sicetaitsimple
Invité

Qu’est-ce que vous voulez faire avec 20.000.000 de chauffe-eau solaires de 100m2 dans le Sud de l’Europe? Expliquez-nous.

climax1891
Invité

Afin de réduire sa dépendence énergie et sa facture énergétique, l’Europe a tout intérêt à réduire sa consommation de gaz. Utiliser la chaleur du soleil sera environ 2 fois plus efficace dans le sud de l’europe que dans le nord. Il est judicieux pour les pays du nord (qui sont souvent plus riches) d’installer des chauffe-eau solaires sur des immeubles ou des extensions solaires près de centrales thermiques. Pour ensuite, évidement, partager les économies ainsi réalisées. Au final, la baisse de la demande de gaz naturel devrait permettre, en plus, de réduire les prix du gaz importé en Europe.

Sicetaitsimple
Invité

Nous sommes d’accord sur le fond, quand je disais “que voulez-vous faire”, je faisais référence à la surface unitaire de 100m2 qui ne me parait pas répondre au besoin de beaucoup d’utilisteurs potentiels. Les extensions solaires près de centrales thermiques sont un tout autre problème, il ne s’agit plus de “chauffer de l’eau”.

climax1891
Invité

Que d’installer 4 m2 sur 25 maisons.

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