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Impacts de la hausse des prix du pétrole et relocalisation

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L’industrie du pétrole fera face à un test très sérieux d’ici à 2015 : avec le déclin de la production hors OPEP et le pic de croissance de la Chine, le fossé entre offre et demande va s’élargir de façon significative.

Les prix du pétrole flambent. Pourquoi ? Les explications courantes ne suffisent plus. Ne vivons-nous pas la fin du pétrole bon marché ? Ce problème peut bouleverser gravement nos modes de vie.

L’industrie du pétrole fera face à un test très sérieux d’ici à 2015 : avec le déclin de la production hors OPEP et le pic de croissance de la Chine, le fossé entre offre et demande va s’élargir de façon significative.

L’Arabie saoudite reconnaît un déclin rapide de plusieurs de ses principaux champs, mais annonce qu’elle est capable d’atteindre une capacité de production de 15 millions de barils par jour (mb/j) d’ici à 2015, contre 12 mb/j aujourd’hui, conformément à l’engagement du ministre saoudien du pétrole, Ali Al-Nouaïmi. Or ces 3 mbj supplémentaires, c’est à peu près tout ce qu’on peut attendre pour faire face à la hausse prévue de la demande mondiale de pétrole (cette demande est aujourd’hui de 83 mb/j). De plus, selon une déclaration du Roi Abdallah du 1er juillet 2010, l’Arabie Saoudite, premier producteur mondial de pétrole, aurait mis un terme à la prospection sur son sol afin d’épargner ses richesses et les transmettre aux générations futures. Prononcée deux jours après une rencontre entre le roi et le président américain Barack Obama, cette déclaration résonne comme une mise en garde sérieuse, si l’on sait que l’Arabie Saoudite a besoin de son pétrole et de son gaz pour désaliniser l’eau de mer qui est sa première source d’eau potable.

Il reste l’Irak, pour ralentir le déclin de la production mondiale de pétrole. Si la production n’augmente pas en Irak de manière exponentielle d’ici à 2015, nous avons un très gros problème, même si l’Arabie saoudite respecte ses engagements. Les chiffres sont très simples, il n’y a pas besoin d’être un expert. Il suffit de savoir faire une soustraction. La Chine va croître très vite, l’Inde aussi, et ce que projette l’Arabie saoudite, les 3 mbj en plus, ne suffira même pas pour répondre à la hausse de la demande chinoise.

Mais, vu la situation actuelle en Irak, il est très improbable que ce pays arrive à sa capacité optimale de production simplement en claquant des doigts !

Donc si les choses ne s’améliorent pas en Irak, et si les puissances occidentales ainsi que la Chine et l’Inde ne révisent par leur politique énergétique de manière importante, en taxant plus le pétrole, en recherchant plus d’efficacité énergétique, et en investissant plus dans les énergies alternatives, alors nous allons droit dans le mur.

L’une des premières conséquences, de l’augmentation de la demande par rapport à l’offre, sera de mener le pétrole à des prix qui risquent d’être stratosphériques. Certains prédisent un premier pallier à cent cinquante dollars mi-2011.

Quel impact aura cette inflation des cours du pétrole ? Les autres matières premières, ne risquent elles pas de suivre cette augmentation des prix ? Et qu’arrivera t’il aux produits transformés de base qui sont essentiellement composés de pétrole aujourd’hui ? Transports, agriculture, plastiques, vêtements, médicaments : le pétrole est partout. C’est pourquoi la hausse du prix des hydrocarbures ne sera pas un simple choc économique, cela risque de nous mener vers une transformation importante du monde tel que nous le connaissons. Et il vaudra mieux y être prêt. Ou, disons, qu’il vaut mieux s’y préparer tout de suite, même si certains disent qu’il est trop tard.

Afin d’éviter, ou plutôt d’atténuer la crise de l’Energie, le monde doit agir rapidement en direction d’une utilisation massive d’énergies renouvelables et d’une augmentation considérable de l’efficacité énergétique, à la fois pour lutter contre le changement climatique et pour s’assurer que l’énergie soit disponible et accessible pour tous (par exemple, le projet de transformer le Sahara en centrale électrique solaire géante pour alimenter l’Afrique et 15% des besoins de l’Europe d’ici à 2050, prend forme, mais reste coûteux : 400 milliards €).

Bien qu’à long terme, tout le monde risque d’être perdant dans un monde où le pétrole sera inaccessible, à court terme toutes les parties prenantes ne sont pas perdantes. Qui perd et qui gagne à court terme ?

Nous l’avons tous remarqué, les prix à la pompe augmentent, malgré la TIPP. L’un des premiers perdants sera donc le consommateur, notamment celui des pays importateurs et qui n’ont pas de système d’amortisseur tel que la TIPP française.

Matière composée de gaz naturel et surtout de pétrole, le plastique est partout autour de nous, puisqu’on l’utilise pour créer une grande partie des objets de notre quotidien : verres, sacs, stylos, composants informatiques… ou jouets. Pour ces derniers justement, dont le plastique représente environ 40% du coût final du produit, la hausse du prix du pétrole devrait faire grimper la facture finale.

Les compagnies aériennes appellent ça la "surcharge carburant", c’est à dire la répercussion sur le billet d’achat de l’augmentation du tarif de kérosène. Il faut savoir que les compagnies aériennes, sont fortement dépendantes des fluctuations sur le marché pétrolier. Cette surcharge s’est élevée à 73 euros pour un long-courrier chez Air France en 2008.

Parce qu’ils sont fortement liés géologiquement, la logique économique a voulu que les prix du gaz naturel soient indexés sur les cours des produits pétroliers. Les tarifs, qui n’avaient pas bougé pendant 18 mois durant les années 2006/2007, ont finalement progressé de 4% pour les particuliers à partir du 1er janvier 2008, alors que GDF (aujourd’hui GDF SUEZ) demandait une hausse de l’ordre de 6%.

Le pétrole est aussi présent dans le milieu de l’agriculture. Les engrais sont fabriqués à partir de dérivés de gaz et de pétrole et les professionnels du milieu utilisent de grandes quantités de plastique et de carburant pour leurs engins agricoles. En novembre 2007, la FNSEA, premier syndicat du monde agricole français, avait dénoncé la hausse des prix du carburant qui « frappe l’agriculture française de plein fouet », réclamant un allègement de la TIPP pour les agriculteurs. Les prix du pétrole ont également lancé la mode des biocarburants, crées à partir de betteraves, d’oléagineux ou de céréales. Mais l’engouement retombe car leur production consomme beaucoup d’énergie et d’eau et leur impact bénéfique sur l’environnement est contesté.

Shell, Total, Exxon Mobil… Ce sont les grandes gagnantes de la hausse des prix du brut … à court et moyen terme uniquement bien sûr. La compagnie française Total annonce régulièrement, année après année, avoir dégagé un bénéfice net en hausse approchant souvent les dix milliards d’euros. Des entreprises du secteur parapétrolier comme Technip ou Géophysique tirent également profit de la cherté de l’or noir. Selon l’UFC-Que Choisir, les distributeurs de carburant n’ont pas tenu leurs promesses publiques du 10 novembre 2007 de diminuer leurs marges, mais les ont au contraire augmentées pour atteindre des sommets.

A long terme, c’est une autre histoire. Les "majors" (Exxon, Chevron-Texaco, Shell, BP et Total) risquent d’être en grande difficulté. Elles auront de plus en plus de mal à avoir accès aux nouvelles capacités de production de pétrole. D’où la nécessité pour ces groupes de redéfinir leurs stratégies, car s’ils restent concentrés sur le pétrole, ils risquent de devoir se contenter de marchés de niches. Malgré la forte hausse du prix du baril, ces majors n’ont pu reconstituer leurs réserves en quantité suffisante ; il y a donc un grand risque pour ces groupes de ne plus être capable de maintenir leur position de « Majors ».

Avec l’avènement d’un pétrole cher (et sous l’impulsion du protocole de Kyoto), les gouvernements des pays non producteurs ont réalisé l’importance de développer les énergies renouvelables, telles que la géothermie, la biomasse, l’hydraulique, le solaire et l’éolien. Ces dernières connaissent un développement spectaculaire (croissance mondiale supérieure à 27% entre 2001 et 2006 pour l’éolien par exemple). En France, EDF Energies Nouvelles est particulièrement présente sur le secteur et l’action affiche un bilan flatteur, et profite ainsi de cet engouement pour les énergies alternatives.

Donc, on le voit bien, certains secteurs vont tirer leur épingle du jeu, voire même plus, comme celui de la production d’énergies alternatives (pas forcément renouvelables), de l’automation (dans le domaine de l’efficacité énergétique), et du transport de l’électricité et de sa distribution (smart grids, lignes HVDC pour le transport haute tension en courant continu moins gourmand en pertes …).

Les agriculteurs, eux, devront pour survivre, faire de la production biologique, en utilisant des engrais issus des boues des stations d’épuration (en faisant attention cette fois-ci de ne pas utiliser des boues contaminées). Ils devront également utiliser des motorisations moins gourmandes en produits issus du pétrole. Le moteur pantone (utilisation d’eau en plus du mazout) peut être une piste, car son rendement est supérieur aux moteurs classiques et surtout, ils polluent beaucoup moins. Ils devront également chauffer leurs serres au moyen d’énergies alternatives (solaire, éolien, biomasse …).

Quand aux pêcheurs, ils devront soit ramer pour remplacer leurs moteurs, ou utiliser des voiliers, soit s’adonner à l’élevage de poissons. Pour eux les solutions semblent plus drastiques.

Les producteurs d’essence et de produits finis issus du brut, devront quand eux, délocaliser leurs raffineries dans les pays producteurs de pétrole, c’est à dire principalement au moyen orient.

L’Iran et les pays du golfe persique développent leur économie avec une forte part industrielle. Complexes pétrochimiques, usines de production d’aluminium, cimenteries, aciéries se multiplient dans la région. Ces industries lourdes, très consommatrices d’énergie, y profitent d’un pétrole à prix coûtant ou presque. Ce qui n’incite pas à porter une forte attention aux économies d’énergie. La demande dans cette région ne cesse d’augmenter et représentait déjà 7,4% de la consommation mondiale en 2008. Cette région risque donc de voire affluer les gros industriels en quête d’un pétrole plus accessible.

L’industrie automobile dont la clientèle se tourne davantage vers les petites voitures moins consommatrices mais pour lesquelles les marges du constructeur sont beaucoup moins élevées, a également des soucis à se faire. Le secteur voit ses coûts augmenter du fait d’une grosse utilisation de matières plastiques issues de la pétrochimie. Aujourd’hui l’industrie automobile semble se focaliser uniquement sur la motorisation (électrique ou autre), alors que l’une de ses principales faiblesses est l’utilisation des dérivés du pétrole dans les composants d’une voiture. L’automobile risque t’elle de disparaître, du fait du manque de matières premières nécessaires à sa fabrication ? Si c’est le cas, cela atténuera-t-il les besoins croissants en pétrole ? Les constructeurs d’automobiles feraient bien de se réorienter vers d’autres produits, tel que la robotique humanoïde par exemple. D’ailleurs, Toyota, qui est le plus grand constructeur mondial, s’y prépare déjà. A moins que le manque de ressources naturelles, ne nous laisse même pas ce choix de réorientation industrielle.

L’histoire du pétrole paraît bien complexe à analyser, et son évolution, encore plus difficile à prévoir qu’on pourrait le penser. Et ne parlons même pas de son impact sur la nécessité de la dé-mondialisation ou de la re-localisation.

Ou plutôt, si, parlons en ! La mondialisation nous montre à quel point notre monde est petit et fragile. Elle tend également à le réduire encore plus dans la richesse apportée par la nature (les deux uniques richesses étant celle produite gratuitement par la nature, et le travail de l’homme). Ce qui nous conduit donc à un monde de plus en plus petit (ou pauvre en richesses naturelles), avec donc moins de carburants (surtout après le pic oil), où la circulation des personnes et des marchandises risque de se réduire de plus en plus. Après la réduction des prix engendrée par la mondialisation, et l’augmentation pharaonique de la logistique (circulation des marchandises), le coût d’une paire de chaussures fabriquée en Chine, de pommes produites en Amérique centrale, ou d’un voyage dans une ile de rêve, deviendra de plus en plus prohibitif.

En effet, aujourd’hui, presque tout le monde sait que la consommation d’énergie ne se limite pas à la voiture, au chauffage et à l’éclairage (enfin, je l’espère). Un yaourt peut faire un “voyage” de plusieurs milliers de kilomètres avant d’arriver dans notre réfrigérateur, et nécessite donc plus d’énergie qu’un yaourt produit localement. On comprend donc aisément que le yaourt importé deviendra un luxe dès lors que les prix des transports augmenteront de manière importante, et c’est ce qui risque d’arriver après le Pic Oil (il paraît que ce dernier est déjà parmi nous). Certains prédisent donc un cours du pétrole à 150 USD, voire plus à l’été 2011 (chose qui est déjà arrivée juste à l’aube de la crise actuelle). A l’époque nous pensions qu’il s’agissait d’une crise de l’immobilier (subprimes) qui s’est ensuite propagée à la sphère financière. Aujourd’hui nous savons qu’elle est plus profonde à plusieurs visages, puisqu’il s’agit d’une « crise caléidoscopique » (je ne sais pas si on peut dire cela car je viens d’inventer cette appellation et je ne suis pas économiste ; mais je l’écris quand même !), c’est à dire à plusieurs facettes, dont les 3 plus évidentes sont la crise financière (dont la crise de la dette des états), la crise climatique, et la crise énergétique. Cette dernière risque de faire des dégâts bien plus tôt qu’on ne le pense. Car, à chaque fois, il me semble que les économistes « chevronnés » font leur analyse en plaçant le centre de gravité du monde au cœur de la société occidentale. Cet aveuglement les a empêché de voire l’importance des pays émergents dans la demande mondiale de pétrole (et des matières premières), et que donc, malgré le prix élevé du pétrole à l’aube de cette crise, la demande mondiale de pétrole n’a pas chuté, contrairement à l’effet prix constaté lors des premiers chocs pétroliers. Ainsi, la croissance folle des BRIC continue de nous emmener droit vers le mur, avec des prix de matières premières qui exploseront, dont celui du pétrole bien entendu.

Ce prix du pétrole risque donc d’augmenter la facture de la fabrication des produits, mais aussi de leur transport. La part de la valeur du travail humain dans le processus devenant de plus en plus faible, et que donc son relatif côté bon marché lorsqu’il est produit dans des pays émergents comme la chine par exemple devenant de moins en moins rentable, il est légitime de se poser la question de la relocalisation. Non pas en termes de protectionnisme, mais tout simplement pour une question de bon sens. Bien que les entreprises peuvent depuis quelques années se protéger contre les fluctuations des prix du pétrole sur le marché à terme, cela ne suffit plus. Il faut produire là où on consomme (enfin, dans la mesure du possible) !

Il faut donc que les sphères économique, sociale, et environnementale se rapprochent, ne serait-ce que pour trouver à une distance raisonnable ce qui est importé de chine aujourd’hui. Certains économistes n’hésitent pas à dire que « le choc pétrolier qui s’annonce sonnera le glas de la mondialisation ».

S’il est difficile d’estimer le degré de relocalisation auquel nous aurons à faire face, il est facile d’imaginer que les différentes productions et services se rapprocheront du consommateur (commerces et services de proximité, vente directe, valorisation des ressources locales ou régionales, production d’énergie selon deux dimensions (l’une avec une partie de renouvelables de plus en plus importante (une partie centralisée comme les centrales CSP et éoliennes offshores par exemple), et l’autre non centralisée basée par exemple sur les panneaux PV)).

Il sera donc nécessaire de re-trouver des matériaux ou des fournisseurs plus près, re-trouver des clients plus proches (si ceux-ci n’ont pas disparus d’ici là), recréer des solidarités de proximité, recycler et réutiliser les matériaux plus localement (au lieu de laisser la chine s’accaparer cette fabuleuse réserve de matières premières que nous possédons dans nos poubelles), produire une partie de notre énergie moins loin (par contre nous ne pourrons nous passer de l’électricité produite dans les déserts du Sahara, à mon humble avis ; à moins que nous ayons trouvé la recette de la fusion nucléaire, ce qui semble difficilement possible avant la fin de la disponibilité relativement facile des matières premières, prévue pour le milieu de notre siècle).

Un autre enjeu de taille est de produire l’alimentation plus près et avec moins d’énergie.

Cela ne signifie pas que les échanges à grande échelle cesseront, mais que la production bio et locale retrouvera une importance significative.

La relocalisation ne sera pas seulement une conséquence du pic pétrolier, mais ce sera aussi une nécessité pour éviter une dégénérescence de nos économies occidentales.

En temps de crise (ou de guerre économique, selon le point de vue), c’est à proximité que l’on trouve les soutiens et l’entraide nécessaires.

Moins d’énergies fossiles, c’est probablement la disparition de nombreux métiers, mais aussi un besoin de main d’œuvre plus grand dans certains secteurs (agriculture bio, énergies renouvelables etc.), le retour de certaines industries disparues (textile, sidérurgie …), le développement et l’apparition de nouveaux métiers (systèmes énergétiques, systèmes de recyclage, éco-design, éco-construction …).

Certains économistes appellent cette relocalisation dû au choc des matières premières « La Transition ».

Un enjeu important de la transition à venir sera la requalification de la population active, bien qu’il soit aujourd’hui difficile d’anticiper où seront les besoins, les activités nouvelles et l’ampleur de la requalification.

Le monde a beaucoup changé, et la relocalisation ne peut donc pas être un simple retour en arrière. De nouvelles techniques, de nouveaux matériaux, de nouvelles connaissances, de nouveaux types de relations humaines sont apparus ces dernières années, offrant des perspectives difficiles à cerner.

La transition vers une relocalisation et un monde moins gourmand en énergie ne sera pas aisée. Elle sera longue et incertaine. Il est donc nécessaire que les entreprises anticipent cette nouvelle donne et envisagent leur relocalisation, et revoient et/ou optimisent leur processus de conception et/ou production afin de mieux épouser les besoins de cette nouvelle période qui nécessite la prise en compte du « triple bottom line » (économie + environnement + sociale). Et il semblerait bien que ce troisième choc pétrolier accélère le mouvement.

Nous entrons donc dans une nouvelle épopée (je n’ose pas dire « ère de l’après pétrole »).

[ Archive ] – Cet article a été écrit par greenly


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