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Irak : Quand la Turquie tire les marrons du feu américain

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Depuis, la guerre tire quand même à sa fin, les troupes américaines vont quitter le pays, un semblant de démocratie à été établi et nombre de nouveaux gisements ont été adjugé après appel d’offres internationaux. Il reste quantité de problèmes non résolus, dont la rivalité entre sunnites et chiites, mais on se dirige peu à peu vers la normalisation du fonctionnement du pays.

Or le pays émergent de la région, c’est … la Turquie (6ème économie de l’Union Européenne) qui est limitrophe de l’Irak au nord du territoire irakien, le Kurdistan, et à l’extrémité est de la Turquie. Et par rapport aux grand pays industrialisés du monde dont les États-Unis, il a l’avantage d’être sur place! Bien sur il y a quelques obstacles difficiles à franchir pour établir des relations fortes et à long terme avec l’Irak, dont celui du problème kurde en Turquie n’est pas le moindre.

La Turquie a réussi à s’implanter fortement en Irak grâce à la logistique et à ses infrastructures modernes qui permettent à ce pays dévasté d’exporter son pétrole et son gaz et d’importer les marchandises et les matériaux dont il a besoin.

Le point de passage est le poste douanier à 26 voies(!) d’Ibrahim Khalil, par lequel passent tous les jours 1500 camions et la route Zakho, Erbil (Capitale du Kurdistan), Bagdad et jusqu’à Bassorah à l’extrême sud de l’Irak. Les ressortissants turcs se sont installé en force à Erbil ( 15 000 turcs soit les deux tiers des ressortissants étrangers dans la ville et 700 entreprises) mais aussi à Bagdad et jusqu’à Bassorah.

Ils ont réussi également à mettre en place une influence politique réelle en soutenant la coalition laïque de l’ex premier ministre, Ilyad Allaoui,amis aussi avec les Chiites de Moktada el Sadr. Même sur le plan culturel, ils ont envahi l’espace télévisuel en exportant leurs séries télé à succès comme la Vallée des Loups. C’est dire qu’ils sont maintenant un peu comme chez eux en Irak.

Il a fallu quand même trouver un modus vivendi avec le peuple Kurde. L’économie et les intérêts communs y ont été beaucoup plus efficaces que les efforts diplomatiques au point que l’on commence à envisager une stabilisation des zones kurdes limitrophes au profit de l’accès aux marchés émergents du Moyen Orient. Enfin il y a la grande question de l’exploitation du pétrole et du gaz irakien. La Turquie ne dispose pas de grandes compagnies pétrolières avec suffisamment de ressources pour avoir une participation significative dans l’exploitation de ces richesses irakiennes. Par contre elle offre les infrastructures et la logistique pour pouvoir les exploiter.

C’est ainsi que c’est par la Turquie que transitent les matériaux dont les programmes d’exploration ont besoin. Et pour l’évacuation du pétrole brut, il existe une branche du pipeline BTC, Bakou/Tblissi/Ceyhan qui, de Kirkouk, permet d’amener le brut jusqu’au port turc de Ceyhan sur la Méditerranée. Pour le gaz c’est le gazoduc Nabucco, dont la Turquie est un partenaire, qui doit, à terme, amener le gaz irakien vers l’Union Européenne en contournant la Russie;

Vous voyez que la Turquie risque d’être le premier bénéficiaire du redéploiement de l’Irak. Vous vous souvenez peut être qu’à l’aube de son mandat présidentiel, notre Président, Nicolas Sarkozy, avait lancé l’idée de l’Union Méditerranéenne qui n’avait pas plus beaucoup à la Turquie qui y avait vu surtout un lot de consolation à la position française de lui refuser l’accès à l’Union Européenne. Elle a visiblement néanmoins repris l’idée et tache désormais de se développer économiquement vers les marchés naissants du Moyen Orient. Après tout c’est peut être bien comme cela que l’on peut recréer un jour l’Empire Ottoman ?

[ Archive ] – Cet article a été écrit par CaDerange


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