Japon : l’après Fukushima…. c’est maintenant

Nous sommes moins informés de ce qu’il s’est passé depuis, que ce soit sur l’analyse des causes et des responsabilités de la catastrophe, sur l’évolution des normes de sécurité dans les autres pays du monde ou de l’évolution de l’industrie nucléaire dans le monde . Le but de cet article, très modestement, est d’essayer de faire le point sur ces sujets comme suit :

La catastrophe survint alors que nombre de réacteurs devaient être mis à l’arrêt pour révision ou inspection. Elle se traduisit également par une révision générale de leurs conditions de fonctionnement et de sécurité et par un changement drastique de l’acceptation du nucléaire par les populations. Il devint en particulier très difficile de redémarrer des réacteurs après leur arrêt.

De ce fait la contribution du nucléaire à la production d’électricité ne cessa de diminuer jusqu’à devenir nulle début mai.Ceci se traduisit par des difficultés considérables dans l’approvisionnement des foyers et des industries, les centrales autres que nucléaires n’ayant pas la capacité suffisante pour pouvoir prendre le relai. Les japonais eurent et continuent à vivre avec des interruptions fréquentes de fourniture de courant qu’ils supportent avec courage.

Japon : l'après Fukushima.... c'est maintenantL’approvisionnement en gaz liquéfié pour compenser la fermeture des centrales se fit sans difficultés majeures à partir des usines de liquéfaction du golfe Persique, de l’Australie et de l’Asie du Sud Est et avec la flotte de méthaniers existantes, à ceci près que ce ne fut pas gratuitement et que cet afflux de demande supplémentaire se traduisit par des tensions fortes sur le prix du gaz et du fret. Le prix du gaz naturel dans la zone a ainsi augmenté de 50% début 2012 par rapport au prix de fin 2011. Il est devenu huit fois plus cher que celui du gaz aux États-Unis qui bénéficie lui de l’écroulement du marché lié aux gaz de schistes.

L’industrie a réussi remarquablement à redémarrer les usines lourdement endommagées par la catastrophe. Elle est par contre en situation compétitive gravement défavorable du fait de l’augmentation du prix de l’énergie. La situation économique actuelle avec une inflation forte et une balance des chances déséquilibrée n’est donc pas tenable. Le gouvernement souhaiterait de ce fait redémarrer les centrales ou tout au moins certaines d’entre elles qui ont passées avec succès de nouveaux tests de sécurité organisées avec l’aide de l’AIEA, Agence Internationale de l’Energie Atomique.

Il faut pour cela faire face et convaincre une opinion publique qui est devenu opposée au nucléaire. Le Premier Ministre est monté au créneau lors d’une intervention télévisée du début Juin durant laquelle il a affirmé que "la société japonaise ne pouvait pas survivre si nous stoppons ou maintenons à l’arrêt tous les réacteurs" et annoncé le processus de redémarrage des réacteurs 3 et 4 de la Centrale d’OI dans le nord du Japon ou ceux de la Centrale de Tomari dans le nord qui conditionne l’activité économique de la zone.

La catastrophe a eu également pour conséquence de conduire TEPCO, l’opérateur de Fukushima à la faillite entre les frais de surveillance et de maintenance de Fukushima, la disparition des revenus de sa production et de ceux des autres centrales nucléaires et le coût des indemnisations actuelles et à venir. C’est l’État qui a déjà du lui venir en aide et nul doute qu’il va falloir qu’il nationalise si l’on veut éviter une faillite inévitable.

La question va se poser à court terme de la survie des autres compagnies privées en l’absence ou avec une forte diminution de leur production nucléaire. On peut aussi se poser la question du prix de l’électricité dans le pays qui devrait être drastiquement augmenté pour refléter les coûts d’approvisionnement en gaz liquéfiés actuels.Ils sont pour l’instant 25% plus cher que la moyenne des prix d’accès à l’électricité dans les pays de l’OCDE

La politique énergétique du Japon, du fait de ces bouleversements et de l’évolution des mentalités va devoir être revue complètement et le gouvernement travaille activement dessus pour présenter un pré projet dès la rentrée.L’option du pouvoir politique d’avant Fukushima de faire passer le pourcentage d’électricité d’origine nucléaire de 30 à 50% n’est bien entendu plus d’actualité et les experts travaillent sur trois scenarii, 25%, 15% et 0% pour en étudier toutes les conséquences. La géothermie, dans ce pays très volcanique, semble une piste prometteuse. Le potentiel en est estimé à une vingtaine de tranches nucléaires. Malheureusement, les gisements géothermiques sont situés majoritairement (80%) sous les parcs nationaux et le Japon a également une tradition de bains thermaux (les onsens) qui risquent d’en limiter encore l’exploitation.

Le gouvernement japonais vient aussi d’instaurer pour la première fois un prix de reprise du Kwh produit par des fermes solaires de 0,42 euros, deux fois plus qu’en Allemagne, et de 0,23 euros pour l’électricité d’origine éolienne. Les grands consommateurs, comme les opérateurs télécoms, ont annoncé la mise en chantier de grandes fermes solaires à Hiroshima, Hokkaido ou Gunma. Et une projet de ferme solaire de 70 MW va être lancé très prochainement par Kyocera et IHI coproration avec l’appui de la banque Mizuho. Reste que les énergies renouvelables au Japon comme ailleurs vont devoir faire face à leur défaut congénitaux, l’intermittence et donc le taux de production faible. Quant au photovoltaïque, on peut imaginer les industriels chinois du panneau, Yingli ou Suntech se frotter les mains d’ores et déjà de cette opportunité.
 
Autre opportunité que cette redéfinition de la politique énergétique va faire émerger, l’éclatement éventuel des grands acteurs monopolistiques de ce marché ou l’arrivée de nouveaux "petits" opérateurs indépendants.Il en existe déjà une quarantaine au Japon qui ne représentent que 4% de la production. Arriveront ils pour autant à émerger dans une industrie fortement capitalistique, rien n’est moins sur. Ils peuvent avoir néanmoins une effet régulateur sur les prix de l’électricité au client final. Reste qu’il leur faudra trouver l’accès aux réseaux de distribution, actuellement comme en Europe entre les mains des grands producteurs.On peut leur suggérer, comme en Europe, le découplage distribution/production.

Comme vous voyez, une activité riche qui va déboucher sur des solutions éventuelles qui se rapprocheront des nôtres. Nous suivrons avec intérêt l’annonce de ces nouvelles politiques énergétiques…

[ Archive ] – Cet article a été écrit par CaDerange

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