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La Chine prépare sa transition énergétique pour 2030

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Le pays est en effet bien parti pour atteindre l’objectif de produire d’ici 2020, 15 % de ses besoins énergétiques à partir de sources renouvelables, contre 8 % actuellement, et d’atteindre 30 % d’ici 2050. Par ailleurs, selon le rapport, plus de 50 milliards de dollars ont été investis dans le monde entier dans les énergies renouvelables en 2006 et on s’attend à ce que la Chine investisse plus de 10 milliards de dollars en 2007. La Chine prévoit d’investir 1500 milliards de yuan soit environ 146 milliards d’euros sur quinze ans dans les énergies renouvelables afin de couvrir 16 % de ses besoins en énergie.

Les énergies éoliennes et solaires se développent particulièrement rapidement dans le pays, avec des productions de turbines et de piles solaires qui ont doublé en 2006. Ainsi, grâce à son économie florissante, à ses politiques ambitieuses et à la capacité de fabrication de ses industries, la Chine est présumée dépasser les leaders dans le solaire et dans l’éolien en Europe mais également au Japon et en Amérique du nord d’ici les trois prochaines années. Selon l’analyse, le pays dominerait déjà les marchés de l’eau chaude solaire et de la petite hydro-électricité : plus de 10 % des ménages chinois utilisent déjà le soleil pour chauffer leur eau. Le capacité éolienne installée devrait passer de 2300 MW en 2006 à 4300 MW cette année et à 10 000 MW en 2010. Le projet du Golfe du Bohai d’ici 2020, devrait produire à lui seul 10 000 MW. Soit 6 fois la production totale de la France.

Mais la Chine a bien l’intention de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier et mise également sur le solaire. Elle a ainsi décidé de construire la plus grande centrale solaire du monde dans la ville de Dunhuang, dans le Gansu (nord-ouest de la Chine). Son coût est estimé à 765 millions dollars (585 millions dollars) et devrait être achevée d’ici 5 ans. C’est la société Zhonghao New Energy Investment (Beijing) qui aura en charge sa réalisation. D’une superficie de 31 200 m², cette centrale géante aura une puissance de 100 MW.

En matière de solaire thermique, le taux de couverture des systèmes de chauffe-eau à énergie solaire fonctionnant en Chine atteindra 150 millions de mètres carré en 2010, soit une augmentation de 50 % par rapport au niveau actuel, prévoit un rapport d’une autorité de planification du pays. La Chine consomme plus de la moitié de l’eau chauffée par l’énergie solaire au monde et produit la moitié des systèmes de chauffe-eau solaire produits dans le monde chaque année. En 2006, le taux de couverture des chauffe-eau solaires fonctionnant en Chine avait atteint 100 millions de m2, bénéficiant à 20 millions personnes. La capacité de production annuelle a atteint 20 millions de m2 en 2006, en hausse de 20 % par rapport à l’an dernier.

Autre atout de la Chine, son immense potentiel hydraulique exploitable. Alors qu’elle est déjà la première puissance hydroélectrique mondiale, la Chine veut faire progresser la part de l’hydraulique dans sa capacité de production d’électricité de 22,8 % en 2005 avec 117 GW installés à 30 % en 2020 avec 200-240 GW.

La Chine compte également sur le nucléaire pour satisfaire sa soif d’énergie. Sa part devrait croître de 1,3 % en 2005 à 4 % en 2020, pour une production qui passerait d’environ 7 GW à 36 GW et un coût évalué à milliards d’euros. Afin de rattraper son retard, la Chine a lancé durant l’été 2004 un premier appel d’offres pour la construction de quatre centrales dites de ” troisième génération ” d’une puissance de 1.000 MW.

La Chine est devenue en 2006 le premier émetteur mondial de CO2 et rejette le quart du CO2 mondial avec 6,2 milliards de tonnes de CO2, 8 % de plus que les USA (Rappelons cependant qu’un Américain émet 20 tonnes de CO2 par an, contre 3 pour un Chinois). Il est vrai que le charbon est la ressource énergétique fondamentale de la Chine. Il représente encore les deux tiers de son bilan énergétique primaire contre une moyenne mondiale de 26 % et assure les trois quarts de l’électricité chinoise. Le pays est ainsi le 1er producteur (2 milliards de tonnes) et consommateur de charbon au monde.

La Chine est également le deuxième consommateur de pétrole au monde et doit importer 40 % de ses besoins en pétrole (plus de 170 millions de tonnes par an). La Chine a déjà multiplié par 11 sa consommation de pétrole en 40 ans. En raison de son développement industriel, la Chine devrait voir sa demande d’énergie bondir de 5,1 % par an. Le parc automobile devrait être multiplié par sept pour atteindre 270 millions de véhicules, et les ventes de véhicules neufs en Chine devraient dépasser celles des États-Unis vers 2015. D’après le WEO, l’Inde deviendra le troisième importateur net du monde en pétrole d’ici 2025 et l’importation journalière actuelle de pétrole de la Chine (3,5 millions de barils) devrait presque être multipliée par quatre d’ici 2030.

La sécurisation de son approvisionnement énergétique est devenue une obsession pour la Chine et la clef de voûte de sa stratégie géopolitique mondiale. C’est ainsi qu’en 2006, la Chine a conclu des accords de partenariat majeurs avec le Kenya et le Nigéria dans le domaine pétrolier, entrant ainsi en compétition directe avec les compagnies européennes et américaines.

Depuis 2003, la Chine s’est par ailleurs engagée dans des projets massifs d’investissements publics et privés en Amérique latine, pour un montant total de plus de 10 milliards de dollars. Le volume des exportations de pétrole du Venezuela vers la Chine est passé de 12 300 b/j en 2004 à 70 000 b/j l’année suivante. En matière énergétique, la Chine achète à présent 15 % du pétrole vénézuélien et ce pays va exporter en 2008 500 000 barils par jour vers la Chine, contre 12 000 en 2004 !

Consciente de sa puissance mais également de ses fragilités structurelles et de la nécessité de mieux préserver son environnement, la Chine est fermement décidée à réussir sa transition énergétique et à devenir le champion mondial des énergies renouvelables. Elle sait en effet qu’il n’y a pas d’autre voie pour assurer un développement durable à long terme et pour devenir une économie compétitive maîtrisant les technologies propres qui seront demain, avec les technologies de l’information et les biotechnologies, le principal moteur de la croissance, de l’innovation, de l’emploi et, in fine, de la puissance politique.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par René Tregouët


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