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La fibre optique pour tous en 2020 : un enjeu majeur pour notre pays

Plusieurs autres études montrent que le déploiement de réseaux THD (très haut débit) a un impact positif à 3 niveaux : socio-économique, qualité de vie, environnemental. Une étude aux USA a en effet montré que les personnes ayant un accès FTTH sont 9 % de plus à travailler depuis la maison, et ceci pour 11 jours supplémentaires par an en moyenne. La satisfaction des utilisateurs est aussi bien meilleure, avec 86 % pour le FTTH contre 66 % pour le câble, 60 % pour le xDSL et 30 % pour le dial-up.

Une autre étude (réalisée par Ovum pour le FTTH Council – Europe, et portant sur les réseaux FTTH déployés par les collectivités en Suède) a fait ressortir des bénéfices importants pour les municipalités et les entreprises publiques (réduction des coûts télécom, amélioration des conditions pour l’éducation et les services à la population), avec un bémol pour les foyers connectés, ceci en raison du manque actuel de services nécessitant vraiment une connexion THD.

Au niveau des autorités de régulation, les différentes interventions (Danemark, Royaume-Uni, Espagne, Pays-Bas, Portugal) avaient toutes un point commun, la difficulté à trouver une règlementation qui permette “d’encourager les investissements” tout en “favorisant la concurrence” : en effet, autoriser des prix élevés (ou libres) va motiver des entreprises à investir dans le déploiement de réseaux, mais risque d’empêcher une large palette de services et des prix bas, alors qu’une régulation des prix ou un accès obligatoire aux infrastructures pourrait compromettre le déploiement. Malgré ceci, tous les pays sont d’accord sur le fait qu’ils doivent prendre position rapidement, car l’indécision actuelle retient en grande partie les investisseurs.

TDC, l’opérateur historique danois, a clairement expliqué qu’il ne comptait pas investir dans le FTTH/B, car leur stratégie, en tant qu’entreprise commerciale, “se base sur un bon retour sur investissement”, et que “la fibre est la technologie du futur, mais que le futur n’est pas aujourd’hui”, car le marché n’est pas encore prêt à livrer des services qui nécessitent la fibre optique. La fibre se concentre donc sur leur backbone (45′000 km de fibre, 2000 nœuds), et leur stratégie passe par du FTTN/FTTC (Node/Curb) et du xDSL pour le dernier kilomètre.

Heureusement, des collectivités ont présenté leurs projets, et on peut mentionner les succès suivants. KrsNET, un réseau finlandais déployé et géré par 17 municipalités, dans une zone rurale (9 hab/km2). La population a été activement impliquée, principalement à travers des groupes de travail pour la planification et les discussions avec les propriétaires. Le réseau a actuellement 400 foyers connectés (pour un coût moyen de 2000€) et un backbone de 140km reliant les communes.

En Suède, la “Swedish Urban Network Association” est une organisation à but non lucratif qui gère 150 réseaux communaux (sur 290 municipalités), et près de 150 “partenaires” (opérateurs, fournisseurs de services ou équipementiers). Plus près de nous, Jacques Robadey a parlé de l’expérience d’EWZ à Zurich : “la vision à long terme de la population (65 % de oui lors du vote du budget) permet un investissement pour l’avenir avec la fibre optique”.

Benoit Felten a effectué une analyse des services sur les réseaux de nouvelle génération (NGN) auprès de 20 opérateurs au niveau mondial. Celle-ci fait ressortir 3 points. Au niveau des usages, les foyers connectés au FTTH consomment entre 5 et 10 fois plus de bande passante que les foyers xDSL. Ceci se voit au niveau économique, car le THD semble profitable en lui-même, le revenu par utilisateur (ARPU) étant en moyenne 30 % plus élevé qu’avec une connexion haut-débit “normale”.

Enfin, dans un récent article Bernard Benhamou, expert français de l’Internet, montre que l’Internet des Objets peut devenir un puissant facteur de compétitivité pour l’Europe. (Revue Esprit de Mars – Avril 2009). On sait que l’expression "Internet des objets" évoque des fonctions nouvelles associant l’Internet à des objets communicants, équipés de capteurs qui peuvent émettre et recevoir en permanence des signaux numériques grâce à des étiquettes lisibles par des dispositifs mobiles. C’est donc cette évolution qu’évoque Bernard Benhamou et au sujet de laquelle l’auteur souligne les défis technologiques, économiques et politiques qui y sont rattachés. "L’évolution vers l’Internet des objets pourrait être pour l’Europe l’occasion de modifier le centre de gravité de l’économie de l’Internet". Selon Benhamou, l’Union Européenne pourrait avoir pour objectif de devenir le berceau des nouvelles générations de services de l’Internet des objets.

Il est clair que pour généraliser l’accès à cet Internet des objets et à la virtualisation de notre environnement qui en résulte, la fibre optique jusqu’au foyer est indispensable car c’est la seule technologie qui permet d’offrit un débit symétrique de plusieurs gigabits aux particuliers. Si nous voulons passer de l’économie de l’information à l’économie cognitive et rester dans le peloton de tête des nations prospères et puissantes, nous devons mettre en œuvre un grand plan national visant à amener d’ici 2020 la fibre optique dans tous les foyers de notre pays, qu’ils soient urbains ou ruraux. Cet objectif doit devenir une priorité nationale car il conditionne l’avenir et le rang de la France pour ce siècle.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par René Tregouët



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