La filière ‘HVP’ (2 ème partie)

Simplement, aujourd’hui, ce n’est pas possible directement de façon massive, il faudrait apporter quelques modifications techniques fort simples aux appareils utilisés. Par exemple, dans certaines voitures un peu anciennes avec pompe à injection Bosch et injection indirecte, on peut utiliser 100% d’huile de tournesol ou de colza sans modification (peut-être juste installer un petit système de réchauffage de l’huile pour l’hiver). La plupart des véhicules diesel classiques peuvent utiliser jusqu’à 50 % d’huile de tournesol ou de colza sans modification majeure. Les moteurs les plus modernes nécessitent les aménagements les plus importants. Il faudrait qu’ils soient conçus dès le départ pour fonctionner avec de l’huile végétale. Cela n’est ni plus ni moins compliqué que ce qui est fait aujourd’hui pour un fonctionnement avec le pétrole. Notamment depuis les travaux du Dr Ludwig Elsbett, un ingénieur allemand qui, dans les années 80, avait inventé et mis au point un moteur diesel parfaitement polycarburant au pétrole et à toutes les huiles existantes, pures ou en mélange dans n’importe quelle proportion (2000 huiles végétales utilisables sont recensées autour de la planète).
C’est essentiellement pour des raisons politiques que ce moteur, dont le rendement était comparable aux plus récents diesels haute pression à rampe commune d’aujourd’hui, n’a jamais été fabriqué industriellement. Aujourd’hui, il s’avère nécessaire pour l’humanité de voir des industriels reprendre ces idées pour le produire enfin sur une grande échelle.

En Allemagne, des mécaniciens auto modifient les véhicules à la demande pour leur permettre d’utiliser l’huile végétale brute comme carburant. Cela est autorisé en Allemagne mais pas encore en France. Pourtant, depuis le 8 mai 2003, une directive européenne (N° : 2003/30/EC) permet aux États membres de donner cette autorisation [5]. Mais, à ce jour, ce n’est toujours pas fait en France.
Quelle différence peut donc bien justifier cette attitude française ?

MAIS POURQUOI DÉFENDRE AINSI L’UTILISATION DE L’HUILE VÉGÉTALE À LA PLACE DU PÉTROLE ?

Tout d’abord, il faut rappeler et garder à l’esprit que le gisement d’énergie le plus utile et le plus intelligent est celui des économies d’énergie, rien ne doit être fait dans ce domaine sans commencer par optimiser l’utilisation de l’énergie.
Mais, cela trouve vite une limite quand on lit les chiffres des taux de croissance des pays asiatiques ou des consommations nord américaines. Même si les économies sont extrêmement efficaces partout, elles ne changeront pas grand-chose au problème ; tout juste permettront-elles de "gagner" quelques années, voire quelques décennies, mais elles n’auront que relativement peu de résultats en ce qui concerne l’effet de serre et resteront sans effet sur l’extrême pauvreté de certains pays.

Aussi, sous réserve du respect des trois conditions sine qua non énoncées plus loin, on peut recommander très fortement l’utilisation massive de l’huile végétale brute car elle apporte une réponse simple et efficace aux trois menaces évoquées ci-dessus.

1 – En ce qui concerne l’effet de serre, le fait d’utiliser un combustible d’origine végétale non modifié permet d’assurer un équilibre entre le carbone fixé par la plante pendant sa maturation et les rejets de carbone dans l’atmosphère liés à sa combustion. On passe à un cycle annuel du carbone et, au total, il n’y a plus d’augmentation du taux de gaz carbonique dans l’atmosphère.

2 – En ce qui concerne le manque de pétrole, le fait d’avoir recours à une filière végétale non modifiée permet d’envisager l’utilisation de ce combustible pour la totalité de la filière, du démarrage de la culture au déversement du carburant dans le réservoir du véhicule ou du brûleur. Pas besoin de pétrole d’un bout à l’autre de la chaîne.
Aujourd’hui, il n’en est rien, quand on nous parle de "biodiesel", on parle d’ester méthylique d’huile végétale. Or celui-ci, d’abord, est cultivé avec utilisation de pétrole dans les engins de culture, de collecte et de transport puis de distribution. Ensuite, il fait l’objet de forçage par des engrais très gourmands en énergie fossile et dégageant eux-mêmes à l’usage de l’oxyde nitreux qui est un puissant gaz à effet de serre. Enfin, il est obtenu en chauffant (beaucoup d’énergie nécessaire) l’huile sous pression (beaucoup d’énergie nécessaire) en présence d’un alcool (beaucoup d’énergie nécessaire pour le produire). Si bien que, si l’on fait l’écobilan total de l’utilisation de cette filière "huile modifiée", on constate qu’il est extrêmement décevant.
Il serait incommensurablement plus facile de modifier à l’origine, à leur fabrication, les moteurs ou les brûleurs pour qu’ils puissent consommer directement et indifféremment de l’huile pure ou du pétrole ou un mélange des deux. On comprend bien que cela ne poserait aucun problème technique (sauf à s’obstiner à ne pas vouloir les régler), mais seulement un problème politique.

Oui ou non, accepterons-nous de laisser à nos petits-enfants une planète sans pétrole avec un climat gravement et durablement détraqué ou bien utiliserons-nous cette technologie simple d’accès et d’emploi ?

3 – En ce qui concerne la lutte contre l’extrême pauvreté, la culture des oléagineux est possible à peu près sous tous les climats, c’est-à-dire sous toutes les latitudes. C’est une différence capitale avec le pétrole qui n’est pas, tant s’en faut, uniformément réparti autour de la planète. C’est cette parcimonie dans la distribution des sites pétrolifères qui est à l’origine de toutes les complications géopolitiques que vit l’humanité depuis que le pétrole est roi. Combien de millions d’hommes et de femmes de cette planète ont-ils vu leur vie, leur liberté ou leur dignité sacrifiées au nom de l’accès des plus riches au Dieu pétrole ?
Et s’il existait une autre voie ? Une voie qui permette de rendre de nombreux pays dont certains très pauvres, les plus pauvres, producteurs de richesse énergétique. Une voie qui permettrait de réduire considérablement la notion de dépendance énergétique puisque beaucoup de pays, à commencer par le nôtre, deviendraient producteurs, voire marchands d’énergie, plus de "choc" à craindre.
L’idée ici est de compléter notre production européenne en développant le plus possible la culture de plantes oléagineuses, dont certaines sont très productives, sur des terres aujourd’hui inutilisées. Ces cultures pourraient donner du travail et des revenus à des populations souffrant actuellement de grande pauvreté sans remettre en cause le niveau de vie et l’emploi des pays riches.

Webographie :

[5] : Europa
Voir: alineas # 9, # 12, # 22, # 27 et les art. 2 point 2 point j et l’art. 3 point 2 point a.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par Yves Lubraniecki

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