La France peut-elle réduire de 40 % ses émissions de GES ? (Edito)

Alors que la Conférence internationale sur le Climat de Varsovie (COP19) s’achève sur un bilan mitigé, la situation climatique de la planète, elle, se détériore. Pour de nombreux experts, il ne fait pas de doute que les politiques climatiques actuelles ne donnent pas des signaux suffisants pour diminuer les émissions de GES, ni même d’ailleurs pour ralentir leur taux d’accroissement.

Ainsi, l’Organisation Météorologique Mondiale a relevé que la teneur en CO2 dans l’atmosphère a augmenté de 2,20 ppm en 2012, alors que la moyenne décennale se monte à 2,02.

Plus inquiétant encore, certains progrès réalisés ne sont pas à mettre au crédit des politiques énergétiques mais tout simplement à la stagnation économique qui caractérise certaines régions du globe, et en particulier l’Europe. Mais surtout, les principaux acteurs responsables de ces émissions ne projettent aucun signe de ralentissement.

Ainsi la Chine a vu passer en 40 ans sa consommation de charbon de 1Mdt à plus de 3,6 Mdt, entrainant une hausse de ses émissions de près de 300 %. Même l’Allemagne, le champion européen des EnR, a vu ses émissions ré-augmenter en 2012, du fait d’un recours accru au charbon, au détriment du gaz naturel.

Une nouvelle gouvernance à établir d’urgence

Comme le dit Christian De Perthuis, « il n’y a plus aucun lien entre le prix du carbone et les réductions d’émissions en Europe ». D’où la proposition de création d’une autorité indépendante supranationale qui pourrait gérer le montant des quotas d’ETS sans en référer au pouvoir politique et qui éviterait les transferts d’émissions inter-régionaux (à l’instar du charbon américain, chassé par le gaz de schiste et consommé en Allemagne). Du côté de la Commission Européenne, les réflexions s’accélèrent en vue de la fixation d’un nouveau scénario de diminution des émissions qui serait à la fois « clair, inconditionnel et domestique » .

En pratique, trois niveaux de réduction sont actuellement évoqués, entre – 35%, – 40%, – 45% en 2030 sur la base des émissions de 1990. Le Secrétaire d’Etat à l’Energie et à l’Environnement du Royaume-Uni va même plus loin en proposant -50% et, pour cela, vient de lancer une coalition de 13 Etats (dont l’Allemagne, la France, l’Espagne, l’Italie et, bien sûr, le Royaume-Uni) et de grands groupes industriels dont Shell et Coca-Cola.

L’UFE** ne peut que se féliciter d’une telle initiative. En effet, pour l’UFE, la politique énergétique européenne devrait être recentrée sur un seul objectif cohérent et contraignant, celui de la réduction des émissions à un niveau très conséquent, le développement des EnR ou de l’efficacité énergétique ne représentant que des moyens d’action dont l’usage devrait être laissé à l’initiative des Etats. Concernant le niveau de l’objectif 2030, l’UFE considère qu’il est nécessaire au préalable d’évaluer les coûts et les moyens exigés par les différents scénarios.

Prendre en compte certaines réalités pour la France

En 2011, la France a émis 485 Mt de Gaz à effet de serre. L’objectif de -40% par rapport à 1990 suppose d’économiser 170Mt par rapport au niveau actuel. Rappelons au passage que sur ces 485 Mt émis actuellement, seuls 30 Mt, soit 6% du total, proviennent du fonctionnement du secteur électrique, tous moyens thermiques confondus. En supposant que les émissions du secteur soient réduites de 50 % – ce qui serait déjà un effort considérable – cela ne permettra d’économiser que 15 Mt. Autrement dit, si la France veut atteindre son objectif de 40%, c’est clairement sur l’usage des combustibles fossiles dans le chauffage (résidentiel ou tertiaire) et dans le transport (véhicules individuels ou collectifs, transport de marchandises), que se situe le potentiel de réduction massive des émissions, comme le rappelle d’ailleurs François Dauphin du cabinet HP : « le développement [en France] d’un volume additionnel de production d’électricité verte n’a de sens que s’il est accompagné d’un transfert vers l’électricité d’usages fortement carbonés, tels que le carburant des véhicules ou le chauffage au fuel. Car c’est bien là que l’enjeu français pour une réduction massive des émissions de CO2 se situe ».

Au moment où la France réfléchit au projet de loi de programmation énergétique, il est essentiel que celui-ci ait pour axe central la mise en œuvre d’une stratégie bas carbone pour le pays. Celle-ci doit être fondée sur des objectifs de réduction des émissions de CO2 et non sur des trajectoires de développement de tel ou tel moyen de production ou de réduction de la demande.

C’est à ce prix que la France, citée, à l’heure actuelle, parmi les pays développés, comme un modèle de « sortie » des énergies fossiles (à la suite de la première transition énergétique des années 1970), conservera et amplifiera son leadership et pourra contribuer de façon décisive à la lutte contre le réchauffement climatique.

** Edito 25 novembre 2013 – l’Union Française de l’Electricité (UFE)

 

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18 Commentaires sur "La France peut-elle réduire de 40 % ses émissions de GES ? (Edito)"

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gp
Invité

et donc au final, on arrive toujours à la même conclusion : En France, la priorité n°1 de la transition énergétique, c’est de sortir du tout pétrole dans le transport (ou de les électrifier massivement, au choix…) CQFD

Nicias
Invité
la situation climatique de la planète, elle, se détériore C’est un regard subjectif voir religieux (Gaia) porté sur le patient “Terre”. On lui prend sa température tous les jours et son état est stable depuis au moins 15 ans. l’Organisation Météorologique Mondiale a relevé que la teneur en CO2 dans l’atmosphère a augmenté de 2,20 ppm en 2012, alors que la moyenne décennale se monte à 2,02. L’OMM devrait arrêter de tromper les gens en prétendant déceler une accélération dans une année de donnée (véridique, c’est dans le cp de l’OMM) alors que le rythme de hausse fluctue beaucoup d’une… Lire plus »
Temb
Invité

Il s’agit de l’Edito de l’UFE? Si c’est le cas que fait-il ici non signé?

climax1891
Invité
En Europe, 13 centrales thermiques émettent chacune entre 10 et 30 millions de tonnes de CO2 (chiffres 2009). Soit un total de 224 millions de tonnes de CO2. Le remplacement de ces 13 centrales par 13 centrales supercritiques charbon/biomasse permmetrait de réduire d’environ 40% les émissions de ces centrales. Soit une réduction de 90 millions tonnes de CO2 par an. A 2 milliards d’euros la centrale supercritique charbon biomasse de 1 GW, un tel remplacement coûterait 100 milliards d’euros. Avec un coût de 110 milliards d’euros, le solaire allemand a produit 27,6 TWh en 2012. Soit une économie d’environ 30… Lire plus »
Luis
Invité
¤ D’ici 2030, nous aurons passé le “peak oil”, le “peak coal” et le “peak gas”. La production de ces fossiles sera en diminution partout dans le monde. Et puis, avant cette date déjà, la production d’électricité solaire accompagnée de son stockage quotidien sera moins coûteuse qu’à partir de l’un ou l’autre de ces fossiles (et du nucléaire bien sûr). Alors, pas d’inquiétude pour ceux qui croient encore à une influence anthropique prépondérante sur la variabilité thermique de la planète. Mais un autre problème pourrait se poser avec l’entrèe dans la partie froide du cycle thermique d’une soixantaine d’années :… Lire plus »
Temb
Invité
D’accord avec vous sur la nécessité de remplacer les centrales à charbon actuelles. Par contre votre raisonnement sur le PV est biaisé, vous jettez l’ensemble alors que les 110milliards allemands concernent le PV depuis le début, donc beaucoup de PV très cher, 6fois celui d’aujourd’hui. Surtout, sans l’investissement allemand, le PV ne serait pas devenu aussi “compétitif” que le MWh issu de l’EPR. Le PV à 100€ le MWh, contre 600€ il y a 5 ans, c’est grace aux allemands et à leurs investissement massifs. Aujourd’hui ils produisent 30TWh par an (2013), à un prix moyen certes très élevé, mais… Lire plus »
Temb
Invité
D’accord avec vous sur la nécessité de remplacer les centrales à charbon actuelles. Par contre votre raisonnement sur le PV est biaisé, vous jettez l’ensemble alors que les 110milliards allemands concernent le PV depuis le début, donc beaucoup de PV très cher, 6fois celui d’aujourd’hui. Surtout, sans l’investissement allemand, le PV ne serait pas devenu aussi “compétitif” que le MWh issu de l’EPR. Le PV à 100€ le MWh, contre 600€ il y a 5 ans, c’est grace aux allemands et à leurs investissement massifs. Aujourd’hui ils produisent 30TWh par an (2013), à un prix moyen certes très élevé, mais… Lire plus »
climax1891
Invité

Entre 2004 et 2012, le monde a dépensé environ 1150 milliards de dollars (850 milliards d’euros) pour le solaire et le l’éolien. Eolien : 539 milliards de dollars. Solaire : 609,9 milliards de dollars. Au final, en 2011, le solaire ne produisait que 0,3% de l’électricité dans le monde et l’éolien 2,1%. Avec 1150 milliards de dollars, on aurait pu remplacer des centaines de centrales au charbon en Europe, aux USA et en Chine par des centrales supercritiques charbon/biomasse. Aux USA, 50 centrales thermiques sont responsables de 33% des émissions de CO2 de l’ensemble des centrales électriques.

Lionel-fr
Invité
Vos chiffres et vos graphes sont impressionnants et instructifs mais je trouve votre conclusion réductrice. Réalisez vous que pour 1.15 trilliard$, le monde s’est offert non pas des TWh mais des technologies ? C’est grâce à ces technologies et parce qu’il reste un gros 80% de marché à couvrir que les perspectives peuvent être anticipées et non en imaginant un super-gouvernement-mondial qui distribuerait un super-budget-mondial dans une vieille technique éprouvée mais encore très polluante et toujours aussi dépendante. Parler de ce trilliard comme une somme unique donne le tourni mais il ne faudrait pas oublier que ce n’est qu’une vision… Lire plus »
Dan1
Invité
C’est sûr que si la France doit réduire de 40 % ses émissions de GES… ce n’est pas en tapant sur la production d’électricité qu’on va y arriver : Le CITEPA, nous dit qu’en 2011, la France a émis 474 millions de tonnes (équivalent CO2) de gaz à effet de serre. Evidemment c’est hors énergies renouvelables notamment combustion de la biomasse (+ 53 millions de tonnes) et hors UTCF (puits évalué à – 50 millions de tonnes). La production d’électricité représentait alors seulement 27,4 millions de tonnes de CO2, soit seulement 5,8% des émissions de GES. La solution est donc… Lire plus »
Dan1
Invité

Voici la légende du graphique du CITEPA :

Sicetaitsimple
Invité

C’est un discours de communicant que vous avez là! N’allez pas penser que les gens vont tomber dans le panneau!

Sicetaitsimple
Invité
Vos chiffres sont certainement exacts techniquement (encore que vous ne précisez pas le pourcentage de biomasse), mais dans la vie ça ne se passe pas comme ça. Une centrale charbon ( ou nucléaire, ou gaz, où n’importe quoi d’ailleurs) qui fonctionne correstement et qui est amortie ou en voie d’amortissement, elle ve continuer à fonctionner (sous réserve de sa conformité aux normes notamment d’émissions, ou de sureté pour le nucléaire) tant qu’elle sera jugée “rentable” par rapport à un moyen neuf. C’est un peu comme si vous nous disiez que vous mettez à la casse votre voiture qui a 8… Lire plus »
Nicias
Invité
Ce que dit Climax est tout à fait pertinent. Franchement pour déclarer obsolette une centrale nucléaire, il n’y a aucun problème. Pour que cela “se passe comme cela”, c’est pas compliqué, il faut mettre une norme plafond d’émission de CO2 par MWh produit, comme on le fait avec le SO2 pour ces même centrales au charbon, puis dédomager les exploitants des centrales en puisant dans les fonds consacrés aux EnR. Avec un peu de pédagogie des politiques et la coopération des journalistes, c’est tout à fait possible de convaincre les gens qu’on a fait quelques boulettes en matière de politique… Lire plus »
climax1891
Invité
Dan1
Invité

“des propriétaires qui se font payer leurs carburant par l’état comme pour les centrales charbon…” heu, c’est qui ces propriétaire sans gêne ? Donc ceux qui se font payer par l’Etat et l’imposition sont des parasites ?

Sicetaitsimple
Invité
Climax: merci pour la précision, ceci dit en Europe des centrales charbon à 31% de rendement ( les 1100g/kWh de la référence), je ne pense pas que vous en trouviez beaucoup (quand je dis je ne pense pas, je suis quasiment sûr). à Nicias: c’est sûr la “manière forte” ça peut marcher. Allez en parler à Bruxelles. PS: votre référence au SO2 n’est pas pertinente, car dans ce cas vous pouvez pour légiférer vous apppuyer sur des données “locales” relatives à des impacts avérés en termes par exemple de qualité de l’air. Dans le cas du CO2, le problème est… Lire plus »
Sicetaitsimple
Invité
“Je sais bien que la spécialité d’EDF (euh pardon l’UFE) c’est de profiter de l’Europe quand on peut vendre de l’électricité à l’étranger et de vouloir fermer les frontières quand les européens veulent faire la même chose”. Ah bon? Vous avez la moindre “preuve” à l’appui de ce que vous racontez? A ma connaissance, tout le monde à intéret à acheter ou vendre de l’électricité à son voisin quand elle est moins ou plus chère que celle qu’on peut produire par soi même. Tien, une “preuve”: aujourd’hui, la France a importé de l’électricité de 0h à 24h00 Vous en déduisez… Lire plus »
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