La qualité de l’air intérieur en France – acte 2

Le constat de départ est simple mais souvent négligé : nous passons aujourd’hui 80 à 90 % de notre temps en intérieur. Des études européennes récentes ont montré que les sources de pollution de l’air intérieur étaient variées et requéraient des actions non seulement pour contrôler les émissions de substances chimiques mais aussi pour mieux gérer l’humidité et améliorer les matériaux de construction.

Zoom sur les conséquences pour les acteurs du bâtiment.

De nombreux polluants sont présents dans l’air à l’intérieur de nos maisons : mono et dioxyde de carbone ou d’azote, benzène, formaldéhyde et autres composés organiques volatiles, particules fines… sans oublier les microorganismes, moisissures ou acariens. Or les effets potentiels sur la santé s’accentuent, allant des irritations légères des voies ORL jusqu’au déclenchement de certains cancers. De ce fait, le contrôle de la qualité de l’air intérieur (QAI) s’impose de plus en plus clairement comme un enjeu de santé publique majeur.

Des projets conduits au niveau européen (INDEX, EnVIE) ont étudié les polluants contenus dans l’air intérieur et ont montré leur grande diversité. Y figurent aussi bien les substances chimiques traditionnellement identifiées que l’air extérieur, qui forme la principale “base” de l’air intérieur. Améliorer la QAI dans les bâtiments nécessite donc une approche globale à laquelle doivent contribuer aussi bien les autorités publiques, les associations que les acteurs du bâtiment.

Ces derniers étudient actuellement deux leviers : améliorer la ventilation de l’air pollué d’une part, et diminuer les émissions de polluants d’autre part. Sur chacun de ces leviers, tous ont un rôle à jouer – architectes, maîtres d’œuvre, fabricants de matériaux, applicateurs, etc.

« La gestion de la QAI est non seulement en train de lancer de nouveaux enjeux technologiques aux acteurs du bâtiment mais aussi de leur ouvrir de nouveaux marchés », explique Frédéric Taché, consultant au sein de l’activité Chimie Matériaux d’Alcimed.

Le principal levier pour l’amélioration de la qualité de l’air est la ventilation. Deux pistes sont explorées : la mise au point de nouvelles techniques de ventilation mécanique contrôlée (VMC) ; et l’amélioration de la mise en œuvre et de la maintenance pour que les systèmes installés soient efficaces.

La qualité des solutions développées par les fabricants s’améliore progressivement et de nouveaux systèmes très performants font leur apparition comme les ventilations double flux à récupération de chaleur. Leur prix demeure cependant bien trop élevé à l’heure actuelle pour qu’ils soient généralisés.

L’autre chantier porte sur l’amélioration de l’installation et de la maintenance. Il reste à ce titre encore beaucoup de chemin à parcourir et les enjeux, pour les parties prenantes, sont extrêmement élevés. Force est de constater que l’état des installations de VMC est bien souvent désastreux : beaucoup sont de qualité médiocre, avec des VMC mal installées et mal entretenues, voire obstruées par les habitants eux-mêmes. Il est essentiel que les bureaux d’études, les architectes et les maîtres d’œuvre intègrent, lors de la conception, la problématique du renouvellement d’air – via les systèmes de ventilation mécanique notamment. La filière des installateurs de ventilation doit quant à elle se structurer et se consolider afin que installation et maintenance soient plus performantes. Enfin, tous ont un rôle à jouer dans l’information du grand public sur les “bonnes pratiques” pour gérer l’humidité ambiante comme pour utiliser et entretenir des ventilations mécaniques.

Le deuxième levier étudié par les acteurs du bâtiment est la réduction des émissions par les matériaux de construction. De nombreux fabricants ont déjà réduit les émissions de leurs produits. Ainsi, les enduits et peintures, qui étaient parfois regardés comme des contributeurs majeurs à la pollution de l’intérieur, sont moins mis en cause que certains produits d’intérieurs, meubles ou aérosols. D’autres ont poussé la logique encore plus loin et commercialisent des matériaux à effet photocatalytique revendiqués « dépolluants ». C’est notamment le cas de l’enduit Airfresh de Maxit et de la peinture StoClimasan de Sto. Ils pourraient espérer créer ainsi de nouveaux segments de marché avec des applications orientées santé et bien-être considérées comme très porteuses.

Reste que les matériaux de construction sont toujours des émetteurs de polluants, particulièrement dans les premiers mois suivant leur installation, et que les normes en la matière pourraient continuer à se durcir. Les fabricants ont donc tout intérêt à poursuivre leurs efforts pour diminuer toujours plus les émissions.

« L’ensemble des professionnels du bâtiment se sent aujourd’hui concerné par la QAI et par l’enjeu de santé publique qu’elle représente. Ils sont aussi à l’écoute des évolutions de leur marché et des nouvelles opportunités de business qui sont en train d’apparaître, notamment au niveau de la ventilation. Enfin, ils sont conscients de l’évolution en cours des modes de construction pour suivre le renforcement des contraintes d’efficacité énergétique. Ce nouveau paradigme du “construire autrement” pourrait au final s’avérer être une opportunité de mieux intégrer la QAI dans la conception du bâtiment », conclut Vincent Pessey, Responsable du pôle nanotechnologies de l’activité Chimie, Matériaux et Énergie d’Alcimed

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