L’accord de Copenhague est insuffisant mais va dans la bonne direction

Afin d’atteindre cet objectif, l’accord précise que les pays industrialisés s’engagent à mettre en œuvre, individuellement ou conjointement, des objectifs quantifiés de réductions d’émissions à partir de 2020. Ces objectifs devraient être scellés par un traité contraignant avant le 31 Janvier 2010. Les engagements des pays industrialisés devront être « mesurables, notifiables et vérifiables » (règles MRV), afin d’en contrôler la réalité.

Les pays en développement communiqueront eux-mêmes, tous les deux ans, les informations sur leurs politiques nationales, en offrant les éléments ouvrant à des "consultations et analyses internationales", dans le "respect de leur souveraineté nationale" (concession à la Chine).

Un certain nombre de pays en développement, y compris les principales économies émergentes, ont accepté de communiquer leurs efforts pour limiter les émissions de gaz à effet de serre tous les deux ans et devront également préciser leurs annonces de contributions volontaires avant le 31 Janvier 2010.

Les chefs d’Etat ont demandé une révision de cet accord en 2015, afin de permettre un examen de l’objectif à long terme visant à limiter l’élévation de la température moyenne mondiale à 1,5 degré.

Un engagement collectif a été obtenu sur un Fonds alimenté par les pays développés au cours des trois prochaines années à hauteur de 30 milliards de dollars US, l’objectif étant de 100 milliards de dollars par an d’ici 2020, pour répondre aux besoins des pays en développement.

Le président SARKOZY a souligné qu’il mettrait tout en œuvre pour que l’Europe se dote d’une Organisation européenne de l’Environnement, qui "aura vocation à accepter les candidatures de tous les pays qui voudront participer à ces travaux". Il a également assuré que l’Union européenne porterait bien son objectif de réduction de ses émissions de GES de 20 % à 30 % en 2020 par rapport à 1990, en fonction des engagements qui seront pris par les autres pays du monde en 2010.

Cet accord de Copenhague doit donc être remis dans une perspective historique et politique de long terme et, de ce point de vue, il constitue une avancée réelle vers un nouveau traité mondial plus ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Nous devons sortir de notre « européocentrisme » et nous mettre un instant à la place de pays comme l’Inde, la Chine ou le Brésil qui ne nient pas leurs responsabilités présentes dans le réchauffement climatique mais font observer qu’historiquement, ce sont bien les pays développés qui ont déversé dans l’atmosphère, depuis le début de la révolution industrielle, 80 % des gaz à effet de serre anthropiques responsables de l’accélération sans précédent du réchauffement planétaire.

Le fait que depuis deux ans les émissions des pays en voie de développement aient dépassé celles des pays développés ne change rien à cette réalité historique et entraîne une responsabilité politique et morale encore plus forte des pays riches vis-à-vis des pays en développement qui nous demandent une aide massive et durable pour réaliser leur transition énergétique vers une économie « décarbonnée, sans casser leur croissance indispensable pour sortir définitivement leur immense population de la misère et du sous développement.

Même si nos concitoyens, comme le montrent de récentes enquêtes d’opinion, ont à présent bien pris conscience de la réalité et de l’ampleur de la menace climatique au niveau mondial, ils continuent cependant à croire, dans leur majorité, que la France n’est que peu concernée par ce réchauffement annoncé. Malheureusement, il n’en est rien, comme le montre très bien le rapport sur "l’évaluation du coût des impacts du changement climatique et de l’adaptation en France", publié en septembre 2009, par l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc), placé sous la tutelle du ministère de l’écologie. (Voir rapport ONERC ).

Ce rapport qui n’a pas eu un grand écho médiatique montre que notre pays ne sera pas épargné par le réchauffement climatique et que les coûts annuels liés aux changements climatiques pourraient atteindre plusieurs milliards d’euros par an si aucune mesure d’adaptation ne venait à être prise.

L’étude prospective de l’Onerc prend pour hypothèse que l’élévation des températures atteindra entre 3°C et 4°C à la fin du siècle. La répétition des événements climatiques extrêmes (canicules, tempêtes, inondations) ressort comme le risque majeur pour plusieurs secteurs comme l’agriculture, la forêt, ou la production d’énergie. Sans être encore en mesure de les quantifier avec précision, les auteurs mettent aussi en avant "l’existence de seuils au-delà desquels les impacts du changement climatique auront des conséquences graves voire irréversibles".

En matière d’accès à l’eau, à demande constante, la France pourrait connaître un déficit de 2 milliards de m3 par an pour satisfaire les besoins de l’industrie, de l’agriculture et de l’alimentation en eau potable à l’horizon 2050. Cela représente 13 % des besoins actuels. Les zones les plus touchées seraient les zones déjà concernées aujourd’hui par des déficits structurels comme le Sud-Ouest.

Dans le domaine agricole, la hausse des températures s’accompagnera d’une multiplication de pics climatiques et de tempêtes, de sécheresses et d’une grande variabilité d’une année sur l’autre. En prenant l’exemple du blé, l’étude arrive à la conclusion que la récurrence de canicules comparables à celle de 2003, "pourrait, en l’absence de mesures d’adaptation, représenter un coût annuel de plus de 300 millions d’euros" à l’horizon de la fin du siècle.

Le rapport souligne également qu’en l’absence de politiques d’adaptation, le recul de la côte liée à l’érosion ou à la montée des eaux, "devrait concerner plusieurs centaines de milliers de personnes et la destruction de logements pourrait coûter plusieurs dizaines de milliards d’euros à l’échelle du siècle pour la seule région Languedoc-Roussillon".

Face à cette situation préoccupante, la France s’est dotée d’un « Plan Adaptation Climat » qui vise à déterminer et anticiper les mesures à prendre dans tous les domaines pour atténuer les conséquences du réchauffement climatique désormais inéluctable et nous y adapter.

Mais quelles que soient les mesures qui seront prises au niveau national, européen et mondial, cette nécessaire adaptation au changement climatique sera complexe et difficile et ne pourra se faire qu’au prix d’un profond changement de nos comportements privés et de nos habitudes de vie et de consommation.

Comme l’a bien vu Michel Serres dans son dernier essai, l’espèce humaine est pour la première fois de son histoire confrontée à un défi conceptuel inédit et gigantesque qui ne sera pas surmonté uniquement par la technologie, l’action politique ou la mutation économique. C’est seulement en pensant au niveau individuel et collectif, un nouveau lien, un nouveau contrat, une nouvelle solidarité avec notre planète que nous pourrons éviter ou plus probablement limiter les conséquences les plus désastreuses des grands bouleversements climatiques en cours.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par René Tregouët

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