Le jour où l’internet sera un fil conducteur de l’électricité

La vision des réseaux optiques de Martin Maier, ingénieur et professeur au Centre Énergie Matériaux Télécom- munications de l’INRS (Canada), pourrait bien changer la façon dont on communique et distribue l’information, mais aussi l’énergie.

Formé en génie électrique dans son Allemagne natale, sa préférence pour la fibre optique étonne. C’est que les fils de cuivre qui servent à acheminer l’électricité ne sont pas fameux pour le transport d’information, n’en déplaise à messieurs Morse et Bell. « La bande passante et la vitesse y sont limitées, explique le professeur, sans compter que les fils s’oxydent et ont une durée de vie limitée. La fibre optique décuple les possibilités de transmission et surtout, elle est pratiquement inusable. »

Martin Maier ne se qualifie pas pour autant de spécialiste de la fibre, lui dont la spécialité est les réseaux, plus particulièrement l’architecture des réseaux. Avec d’autres spécialistes de partout dans le monde, il construit l’Internet nouveau, un Internet tout en fibre optique, où le fil électrique n’aura plus sa place.

C’est à la Technical University de Berlin qu’il a fait ses études d’ingénieur électrique et informatique. En 2005, il débarque au Québec pour entrer à l’INRS et y fonder l’Optical Zeitgeist Laboratory, une infrastructure vouée à fournir un aperçu des technologies, des protocoles et des algorithmes qui formeront l’avenir des réseaux optiques, et à démontrer leur intégration parfaite avec la prochaine génération d’accès réseaux sans fil à large bande.

Du fil de cuivre à la fibre optique

Car actuellement, on peut diviser le Web en deux parties : il y a le noyau ou le cœur, c’est-à-dire l’ensemble des grands serveurs de la planète qui s’échangent en continu des masses colossales d’information. Et il y a les accès à ce noyau, les branchements qui relient chaque utilisateur à cette masse de données. Alors que les communications dans le noyau bénéficient présentement de la performance de la fibre optique, les connexions au noyau se font encore par des fils de cuivre (câbles coaxiaux ou téléphoniques). Martin Maier rêve du moment où la fibre optique se rendra directement jusqu’à l’utilisateur. Ce sera la fin du cuivre et l’avènement du tout optique : « Dopé par la capacité de transmission des fibres optiques, c’est seulement à ce moment qu’Internet pourra déployer tout son potentiel », s’enthousiasme-t-il.

Après le WiFi, pour Wireless Fidelity, viendra donc le FiWi, pour Fiber-Wireless. En combinant la capacité des réseaux de fibre optique avec l’ubiquité et la mobilité des réseaux sans fil, les réseaux FiWi formeront une puissante plateforme. Ils permettront le support et la création d’applications et de services émergents ou jamais vus, comme la télévision HD et la téléprésence, qui permettra de voir, d’entendre et même de manipuler des objets à distance lors de vidéoconférences par exemple.

Le Web de l’énergie

Et ce n’est pas tout! « Le changement que le Web a apporté à notre façon de partager l’information, il va l’apporter aussi à notre façon de partager l’hydroélectricité », prédit l’ingénieur. Au Québec, l’énergie électrique est générée dans quelques grosses centrales avant d’être transmise directement vers les utilisateurs. Un peu comme autrefois l’était l’information, émise à sens unique par la radio, la télé, les journaux… Mais l’avènement du Web a tout bouleversé : les utilisateurs eux-mêmes alimentent le flux d’information en ajoutant les leurs et le réseau n’est plus seulement vertical (des centrales vers les utilisateurs), mais aussi horizontal (d’utilisateur à utilisateur).

Imaginez maintenant un Québec où le réseau électrique ressemble à celui du Web : chaque utilisateur produira un peu d’électricité (par le solaire, l’éolien ou les piles à combustible) et l’injectera dans le réseau. En contrepartie, nous aurons des voitures électriques rechargeables qui, une fois stationnées et branchées sur le réseau, deviendront des parties de ce réseau et serviront à autre chose : leur électricité pourra être utilisée pour recharger un autre appareil qui en a un besoin plus pressant…

« Tout cela nécessitera un réseau intelligent, souligne Martin Maier. On l’appelle déjà la Smart Grid, la grille intelligente. Le couplage entre le réseau électrique et Internet sera très intime, et il permettra de tout analyser en continu. Le système prendra l’énergie où il y en a trop pour l’acheminer là où il y a une demande. Cet équilibre constant fera diminuer les pics et les creux de demande en électricité. »

Dans un monde où les voitures seront majoritairement électriques, les magasins à grande surface, pour attirer la clientèle, offriront des espaces de stationnement avec bornes de recharge. En garant sa voiture dans ces espaces, la recharge s’amorcera d’elle-même, et comme le réseau électrique et Internet seront intimement liés, la voiture pourra être reconnue et un message du genre jaillira de ses hautparleurs : « Bienvenue M. Maier. À votre dernière visite, vous avez acheté tel produit. Vous serez peut-être intéressé d’apprendre que cet article est présentement en solde… »

Bien sûr, une telle vision de l’avenir ouvre la porte à de possibles dérapages dans les sphères de la vie privée. En effet, ces nouvelles technologies de l’information apporteront avec elles leurs lots de questionnements éthiques, et il faudra réfléchir aux limites qu’on voudra s’imposer et à la façon de les faire respecter. Martin Maier, toujours un peu plus loin dans le futur, y réfléchit déjà… ?

Partagez l'article

 



Articles connexes

Poster un Commentaire

1 Commentaire sur "Le jour où l’internet sera un fil conducteur de l’électricité"

Me notifier des
avatar
Trier par:   plus récents | plus anciens | plus de votes
Tech
Invité

non non et non , je ne désire pas que l’on me suive encore plus à la trace! je suis pour la fibre, mais contre la big brotherisation croissante. Il faut demander à mieux respecter la vie privée de chacun, le système actuel ne le fait déjà pas!

wpDiscuz