Le label Minergie est-il exportable dans les déserts ?

Le label Minergie, appliqué en Suisse à la consommation énergétique des bâtiments, n’en est pas moins le standard le plus largement appliqué dans le monde, avec près de 20.000 bâtiments.

En collaboration avec EPFL Middle East, Jean-Louis Scartezzini le directeur du Laboratoire d’énergie solaire et physique du bâtiment espère étendre l’expérience helvétique à d’autres parties du monde. Un challenge à la fois culturel et technique, qu’il nous a expliqué.

La construction de maisons et de bâtiments à haut rendement énergétique est une tradition bien ancrée en Suisse. Qu’apporte le label Minergie à cette tradition ?

Minergie est aujourd’hui bien plus qu’un label. En Suisse, il est intégré dans le code du bâtiment pour la construction de bâtiments à haut rendement énergétique. C’est en 1994, que Ruedi Kriesi, alors étudiant doctorant à l’EPFL, créa ce label qui regroupe un grand nombre de technologies du bâtiment, dans le but de réduire la consommation. Un bâtiment respectant le label Minergie doit non seulement utiliser moins de trois litres de fuel par mètre carré – cinq fois moins que pour une construction traditionnelle – mais il doit aussi être équipé d’une ventilation contrôlée, de fenêtres à double vitrage avec couche sélective, d’une isolation thermique adaptée et disposer d’une source d’ombre provenant de l’extérieur. De plus, les bâtiments qui appliquent cette norme offrent également plus de confort.

Travaillez-vous avec EPFL Middle East pour développer ce label aux Emirats Arabes Unis?
Nous avons pu observer sur ordinateur, grâce à plusieurs modèles de simulation dynamique, que des techniques similaires sont efficaces dans un climat désertique. Les mêmes principes, qui permettent de réduire les dépenses d’énergie pour le chauffage en Suisse, peuvent être appliqués afin de réduire l’énergie utilisée pour refroidir. Il s’agit également d’améliorer le confort des habitants. Avec le doyen de l’EPFL Middle East Franco Vigliotti, qui dirige ce projet, nous espérons que le futur centre de recherche inclura des bâtiments labélisés Minergie. Un étudiant du Politecnico di Milano travaille actuellement dans nos laboratoires, dans le cadre d’un programme d’échange. Il utilise un programme de simulation du milieu urbain développé à l’EPFL (CitySim) dans le but d’étendre le concept Minergie pour l’appliquer à un quartier tout entier ou à un centre de recherche.

Quels seront les principales difficultés?

Les principaux obstacles vont être d’ordre culturel et non technique. En Suisse, il nous a fallu plusieurs années et une coordination consciencieuse entre les associations professionnelles du secteur du bâtiment et le gouvernement, au niveau fédéral et cantonal, pour progresser en la matière. Aux Emirats Arabes Unis, il faudra sûrement que la décision vienne d’en haut, pour mettre en place ces standards. C’est à cette seule condition que le secteur du bâtiment les adoptera.

Pourquoi est-ce important pour les Emirats Arabes Unis?

En fait, c’est important pour le monde entier. La Suisse consomme aujourd’hui 6,5 Kilowatt par habitant (énergie moyenne utilisée par habitant 24h/24, 7j/7). Nous devons réduire cette consommation pour atteindre 2kW dans les années à venir. Quant à eux, les Emirats Arabes Unis consomment actuellement 12kW par habitant. Si nous voulons vraiment atténuer les effets du changement climatique, nous devons promouvoir notre technologie dans d’autres régions du monde, notamment auprès des grands consommateurs d’énergie ou de ceux qui le deviendront, par exemple l’Inde où l’Asie.

Quelle est l’étape suivante?

Nous nous appuyons non seulement sur ce que nous avons appris ces trente ou quarante dernières années en matière de technique du bâtiment, mais nous nous servons aussi de notre expérience en termes de changements politiques. Comme nous l’avons fait en Suisse, nous espérons bâtir des bâtiments de démonstration témoins, que les divers décideurs pourront visiter en appréciant la différence. Par exemple, un bâtiment Minergie construit dans un climat désertique offrira une température agréable pour vivre ou travailler, ainsi qu’un air frais et pur. En outre, il dépensera 80% d’énergie en moins que les constructions actuelles.

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