Le Québec pense aussi à “puiser l’électricité sous (ses) pieds”

L’eau coule dans les veines du Québec. Une eau fraîche à saveur de géant hydroélectrique. Une centrale par-ci, un barrage par-là. Horizon bleu à perte de vue. Pourtant, une ressource insoupçonnée patiente sous ses pieds, endormie : de l’eau chaude.

Une fois sortie de son lit, elle pourrait illuminer nos chaumières. Demain. Un rêve? Non. Les travaux sur la géothermie profonde de Jasmin Raymond, hydrogéologue et chercheur postdoctorant au Centre Eau Terre Environnement de l’INRS, élargiront l’horizon énergétique québécois d’ici une quinzaine d’années.

Forez la croûte terrestre à une profondeur de 3 à 5 km, captez l’eau souterraine entre 80 et 120 °C et remontez-la à la surface pour alimenter les turbines d’une centrale électrique. Voilà, le tour est joué : vous venez de produire de l’électricité à partir d’eau chaude. Cette technologie s’appelle la géothermie profonde. Vous la croyez déjà implantée au pays? Que nenni. Ce serait une première pour le Canada, où l’électricité est générée principalement par des centrales hydroélectriques, nucléaires, au gaz naturel ou au charbon! Déjà opérationnelle en Europe et sur la côte ouest américaine, cette technologie s’intégrerait sans encombre à notre réseau électrique actuel.

Un flot d’avantages, des coûts à réduire

« Avec la géothermie, on parle d’une énergie renouvelable capable de produire de l’électricité en flux constant, ce qui n’est pas le cas de l’hydroélectrique ou de l’éolien, dont la production est intermittente. Son empreinte environnementale est également très faible : presque pas de gaz à effet de serre, contrairement aux centrales au gaz ou au mazout. De plus, la superficie utilisée par une centrale géothermique est dérisoire par rapport à celle d’une centrale hydroélectrique », explique le jeune chercheur de l’INRS et nouveau lauréat d’une prestigieuse bourse postdoctorale Banting.

Puiser l'électricité sous nos pieds

Seul revers de la médaille : les coûts du forage – quelques millions de dollars par kilomètre – et d’installation sont très élevés. Car oui, on ne parle pas ici de creuser un puits à 150 mètres de profondeur pour chauffer ou climatiser une maison privée, mais bien de puiser l’eau chaude entre 3 000 et 5 000 mètres sous nos pieds. Cette eau passera dans un échangeur de chaleur pour transférer son énergie, faire fonctionner une turbine et produire, en bout de ligne, de l’électricité. Enfin, l’eau sera réinjectée dans le sous-sol pour maintenir la pression de l’exploitation.

« Contrairement à la Ceinture de feu du Pacifique, le territoire québécois ne dispose pas de sites volcaniques où de l’eau à 200-300 °C peut être captée à près de 1 000 mètres de profondeur, mentionne Jasmin Raymond. Pour limiter les coûts de forage, un de nos défis sera donc de détecter des anomalies thermiques formant des aquifères d’eau chaude à profondeur modérée. »

Sources de chaleur

« Ce projet de géothermie profonde est une initiative de l’Institut de recherche d’Hydro-Québec (IREQ) pour développer le potentiel des énergies renouvelables, explique le spécialiste de la thermique. Pendant les trois prochaines années, nous évaluerons les ressources disponibles dans les bassins sédimentaires des Basses-terres du Saint-Laurent et des Appalaches. Ce travail passe par un inventaire des données de température existantes et par l’établissement d’un modèle précis en 3D de la géométrie des bassins sédimentaires. Notre principale difficulté? Le peu de prélèvements de température à de telles profondeurs actuellement à notre disposition. On va donc s’appuyer, par exemple, sur des mesures prises lors de forages pétroliers et extrapoler avec des observations faites à la surface.

Puiser l'électricité sous nos pieds

Avec la collaboration du géologue Michel Malo, professeur au Centre Eau Terre Environnement de l’INRS et titulaire dela Chaire de recherche sur la séquestration géologique du CO2, Jasmin Raymond déterminera les endroits où des couches épaisses de roches isolantes jouent le rôle de couverture thermique et maintiennent ainsi en place un réservoir d’eau chaude à haute température. En d’autres mots, plus la couverture est épaisse, plus l’eau du réservoir sera chaude. Au final, la compilation de toutes ces données permettra de modéliser le flux de chaleur terrestre et de cartographier les endroits prometteurs pour l’installation d’une centrale pilote d’ici 15 ans sur le territoire québécois.

Un œil vers l’avenir

Le travail qu’effectueront Jasmin Raymond et Michel Malo est colossal sur le plan scientifique, bien sûr, mais également économique et social, puisque leurs résultats démontreront la faisabilité et la rentabilité de la géothermie profonde chez nous. « Au Québec, il n’existe pas de loi pour encadrer l’exploration et l’exploitation des ressources géothermiques. Aucune étude au pays n’a d’ailleurs évalué les risques de forer si profond, comme la contamination des eaux de surface par des eaux profondes plus chargées en sels dissous ou le risque de séismes en cas de potentielle fracturation hydraulique du socle rocheux. Dans nos travaux de recherche, nous fournirons au législateur des recommandations en ce sens. Cet aspect du projet est essentiel, car il ne faut pas oublier que les futures centrales seront de petites unités installées près des communautés pour répondre à la demande locale et réduire les coûts de transport d’énergie », précise Jasmin Raymond.

Quand on lui demande si la géothermie profonde sera viable au Québec, l’homme esquisse un sourire confiant et regarde vers l’est. Cet automne, Jasmin Raymond s’envolera pour l’Allemagne puis la France où, à Soultz-sous–Forêts (Alsace), il arpentera la première centrale au monde fonctionnant à partir de sources géothermiques profondes et produisant de l’électricité depuis l’automne 2010.

Nul doute que sa visite galvanisera son énergie. Suffisamment pour faire « turbiner ses neurones » à pleine puissance sur ce projet qui imposerait le Québec, dans un futur pas si lointain, en leader canadien de la géothermie comme source d’électricité verte. ?

Les photos de Jasmin Raymond ont été prises au Centre de la nature à Laval

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8 Commentaires sur "Le Québec pense aussi à “puiser l’électricité sous (ses) pieds”"

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Sicetaitsimple
Invité

L’article est digne de Paris Match, je ne sais pas de quelle source il est recopié; Loin de moi l’idée de dénigrer les travaux de ce chercheur, mais tel que c’est rédigé on a l’impression qu’il pourrait avoir inventé quelque chose… La géorthermie profonde, il y a certes beaucoup de choses à explorer, mais les principes et les problèmes sont déjà bien identifiés. Bon, il va visiter Soultz cet automne, il aurait peut-être dû commencer par ça!

zelectron
Invité

Soultz-sous–Forêts ou l’exemple de l’incurie d’EDF !!! adressez vous aux islandais pour la conversion et à Total pour le forage et la réinjection (Pour ne pas épuiser les nappes phréatiques) et oubliez EDF …

Guydegif(91)
Invité
Jasmin Raymond a l’air d’avoir perçu 2 aspects importants à ne pas perdre de vue: ”…contamination des eaux de surface par des eaux profondes plus chargées en sels dissous ou le risque de séismes en cas de potentielle fracturation hydraulique du socle rocheux.” C’est Très Bien d’y être sensibilisé, d’en être conscient, et de conduire les recherches et travaux en conséquence ! Attention, à Soultz-sous-Forêts et ses 5000m de profondeur des puits, il n’y a pas d’eau en place: c’est du HDR (Hot Dry Rock), càd du cristallin sec, chaud, mais fissuré. On injecte de l’eau ”froide” via puits d’injection… Lire plus »
Dan1
Invité

Pour zelectron. Merci Guydegif pour ces précisions, mais c’est bien dommage que le projet de Soultz soit franco-allemand et que ce soit EDS et non EDF qui soit partenaire. C’est rageant de ne pas pouvoir taclé EDF. Mais au fait, qu’est-ce qu’EDF vous a vraiment fait quand vous étiez petit ?

Sicetaitsimple
Invité

Je n’arrive pas à me connecter sur le site de Soultz mais je crois bien qu’EDF contribue, ci-joint un extrait d’une brochure de l’Ademe: “Le GEIE-EMC exploite un site en géothermie profonde de type EGS(Enhanced Geothermal System) situé dans le fossé rhénan à Soultzsous-Forêts/Kutzenhausen. Il est géré par un groupement d’énergéticiensfranco-allemands (ES, EDF, EnBW,Plafzwerke, Steag, Bestec).” Et donc c’est forcément de la daube, voire de l’incurie! La preuve, ça épuise les nappes phréatiques! Un lien vers une présentation interessante que j’avais déjà donné:

Dan1
Invité

Je présente mes excuses à zelectron et j’en profite pour confirmer que le projet franco-allemand de Soultz sous Forêt… c’est de la daube car il y a bien EDF dedans : C’est un peu dommage pour les autres partenaires de ternir l’image d’un tel projet EnR par sa seule présence !

Sicetaitsimple
Invité

De la logique que diantre! C’est bien parce qu’EDF est dans le coup qu’il faut faire de la “stimulation” hydrauliqe et chimique ( le poids des mots, on stimule, on ne fracture pas, puisque qu’il y a une fracturation initiale des roches!), et que ça provoque des micro-séismes (magnitude 2,9 quand même, ça commence à être sensible). Sans EDF, il n’y aurait pas besoin de faire ça…Ils doivent même le faire exprès pour tuer la géothermie profonde.

Sicetaitsimple
Invité

Remplacer Fesseinheim ne sera donc pas un souci. Il suffit de faire environ un millier d’installations comme Soultz et le tour est joué. Ca va secouer!

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