L’électronucléaire, des aveugles contre des démagos ?

Doit-on continuer sur la voie du nucléaire ou pas ? Le nucléaire est-il bien ou mal ? Un manichéisme des plus stériles. Prêtons-nous à un rapide tour d’horizons des forces en présence.

D’un côté, les défenseurs obsessionnels du nucléaire qui se refusent à ouvrir les yeux (ou dans le meilleur des cas se contentent de les entre ouvrir) sur la dangerosité du procédé et sur son coût réel. D’autre part, une horde d’écolos souvent démagos ou de post ados utopistes qui refusent d’admettre l’absence d’alternative.

Voici donc les principales plumes qui alimentent le web aujourd’hui. Finalement, chacun se renvoie la balle et campe sur ses positions, caractéristique typique du débat en France : « un débat c’est fait pour avoir raison », triste car nous voilà dans l’impasse. Pire encore, certains sombrent dans la bassesse du clivage droite gauche : puisque Nicolas Sarkozy défend le nucléaire je suis contre et j’en profite pour rebondir sur d’autres sujets qui n’ont rien à voir mais qui donnent l’opportunité d’habiller un peu plus notre président pour l’hiver.

Inversement, je suis docile à mon gouvernement et je n’oserais remettre en question les orientations qu’il choisit. Tout est bien ou tout est mal, manichéisme nous revoilà…

N’en déplaise à beaucoup de partisans du nucléaire, il faudra un jour en sortir, du moins dans l’état actuel de la technologie. L’énergie nucléaire n’est évidemment pas une énergie propre et les risques existent. Pas de rejet de CO2 diront certains, il n’y avait effectivement que peu de CO2 dans tout ce qui s’est échappé des centrales de Fukushima répondront d’autres. La gestion des déchets et les conséquences d’un accident que nous ne maitrisons pas, le tout dans un cadre où le risque zéro n’existe pas, ce sont des problèmes que nous ne pouvons ignorer et qui pèsent lourd dans la balance, probablement trop lourd pour être supportable très longtemps.

Par ailleurs, l’électronucléaire est une énergie chère si l’on tient compte de l’ensemble de la chaîne, de l’extraction de l’uranium jusqu’au traitement des déchets et démantèlement d’une centrale. Le coût associé au démantèlement (ou renouvellement) de notre parc vieillissant ne devrait d’ailleurs plus tarder à faire bondir nos factures d’électricité. En outre, le risque de prolifération subsiste et le contexte géopolitique actuel n’est pas des plus rassurants. Le bilan est donc sans équivoque, il faudra sortir du nucléaire.

N’en déplaise aux écologistes
, une sortie du nucléaire n’est envisageable que si deux conditions sont réunies : d’une part la sortie est planifiée et progressive parce qu’elle est chère et trop douloureuse si elle est rapide et d’autre part, elle nécessite la présence d’une alternative.

L’alternative, le vrai débat c’est ici qu’il se trouve. Les écolos les moins malins répondront qu’il faut remplacer le nucléaire par des énergies renouvelables, de l’hydrogène, favoriser l’efficacité énergétique etc. et que ce « package » nous permettrait de sortir du nucléaire à court terme. Aberration bien sûr, la demande est bien trop énorme et on ne nourrit pas un ogre avec deux tic-tacs. Les plus malins s’opposent par principe au nucléaire mais sont réalistes quant à l’absence d’alternative.

En effet, s’il y a une vérité dans la question énergétique d’aujourd’hui, c’est que pour produire de l’électricité dans des proportions suffisantes pour répondre à une demande gourmande et croissante dans les pays industrialisés, il n’y a que trois solutions : le gaz, le charbon ou le nucléaire. Inutile de préciser les dommages et les risques respectifs de chacun mais soyons réalistes et admettons le fait que cette vérité sera absolue pour encore au moins 30 ans car c’est le temps minimum qu’il faudra pour trouver et rendre exploitable à grande échelle une alternative.

Ainsi, la dure réalité des circonstances présentes réduit le débat entre nucléaire d’un côté et un mix gaz/charbon de l’autre, il faut choisir pour l’un des deux et pour les 30 prochaines années, faute de mieux. Ceux qui prétendront vouloir réduire la dépendance au nucléaire dès demain vous cacheront que cela passera fatalement par le gaz ou le charbon.

Pour l’heure et avec 80% d’électricité issue du nucléaire, la France est prisonnière de son choix des années 1970 et ne peut plus faire volte-face.

L’Allemagne n’avait pas cette contrainte et a su profiter de cette impasse dans laquelle la France se trouve. L’Allemagne parlons-en. Quand dans un premier temps on peut importer 3 fois plus d’électricité en provenance de l’électronucléaire français (une sortie du nucléaire qui encourage l’industrie nucléaire du voisin, on n’est pas très loin de la schizophrénie).

Quand ensuite on peut s’affranchir de la hausse des coûts de l’électricité à base de nucléaire : les exigences en matière de sécurité sont plus grandes, les coûts fixes augmentent, en sortant du nucléaire l’Allemagne laisse donc l’exclusivité de ces coûts au parc français. Et finalement, quand on peut faire payer le coût de démantèlement, le surcoût lié aux importations et à peu près tous les coûts qu’entraineront la sortie du nucléaire sur le consommateur allemand lambda, pourquoi se priver…

En fin de compte, l’Allemagne, qui selon quelques naïfs a montré l’exemple, serait très embarrassée si la France suivait cet exemple et c’est ce qui lève le voile sur l’hypocrisie et la démagogie du gouvernement allemand. A moyen terme c’est-à-dire sur les 30 prochaines années, la France ne pourra que réduire très légèrement sa dépendance pour le nucléaire en favorisant les énergies renouvelables mais ne pourra s’en affranchir et malgré toute l’impopularité que cela suscite, l’argent du grand emprunt investi dans le nucléaire se justifie.

Notre président
nous offre suffisamment d’occasions pour être critiqué, inutile d’aller pêcher dans d’autres étangs. Le choix du nucléaire civil dans les années 1970 et les conséquences que ce choix implique aujourd’hui, il faut reconnaître, ce n’est pas du fait de Nicolas Sarkozy, même pas celui d’Eric Besson.

En réalité, le problème se résume finalement à une question de timing, une partie du parc nucléaire français approchant dangereusement de sa fin de vie, il est nécessaire d’agir presque dans l’immédiat et donc sans pouvoir attendre une vraie alternative. Promouvoir et développer les énergies renouvelables c’est bien mais ça ne fera jamais vivre une population entière. Nous revoilà donc au dilemme nucléaire et gaz/charbon. Il serait assez ridicule et surtout hors de prix de troquer aujourd’hui l’atome contre du gaz et du charbon. C’est pourquoi notre gouvernement prend ses responsabilités et assument les choix qui ont été faits il y a 40 ans, difficile de leur reprocher…

L’heure est venue d’entrer pleinement dans le vrai débat, assez de manichéisme et cessons de camper sur nos positions dans un échange stérile qui ne mène à rien. Oui il faut sortir du nucléaire parce que c’est loin d’être la panacée mais oui ce sera très long et ça ne se fera pas sans alternative (autre que le gaz et le charbon) et donc ça ne se fera pas aujourd’hui. Le vrai débat se concentre finalement sur l’Alternative pour l’avenir. Quoi ? Quand ? Comment ? Combien ? Qui ? Voilà les questions. La science donne des pistes pour répondre au « quoi », l’hydrogène par exemple ou encore des renouvelables qui seront un jour (peut-être) exploitables à grande échelle. Le « quand » a une réponse des plus simples : le plus vite sera le mieux.

Le « comment » passera par des investissements massifs dans la recherche et la mise en application de cette recherche. Restent le « qui » et le « combien » et là le débat est intéressant, et là la politique du gouvernement est critiquable. Qu’a-t-on prévu comme véritable investissement public dans la recherche ? Qu’a-t-on prévu comme mécanismes de soutien à l’investissement privé ? Et entendons-nous bien, nous ne parlons pas de cacahuètes jetées au premier agriculteur qui plante un panneau solaire. Qu’attendons-nous pour mettre en place un calendrier avec des échéances et des montants d’investissements ?

Voilà les questions que notre gouvernement a tenté d’éviter, voilà les questions auxquelles le prochain gouvernement devra répondre et voilà les questions qui devraient alimenter les forums et les débats plutôt que ce référendum artificiel du oui ou du non au nucléaire.

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[ Archive ] – Cet article a été écrit par Camisole

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