L’éolien offshore : un enjeu majeur pour la France

"L’avant-projet que je présente aujourd’hui pourrait permettre aux sociétés de produire jusqu’à 25 gigawatts d’énergie éolienne offshore d’ici 2020, en plus des 8 gigawatts déjà planifiés" qui devraient être disponibles vers 2014, a annoncé le secrétaire d’Etat britannique aux Entreprises. M. Hutton a indiqué que si le Royaume-Uni parvenait à mettre en oeuvre ce projet, "d’ici 2020 suffisamment d’énergie pourrait être générée sur nos côtes pour alimenter l’équivalent de toutes les maisons britanniques". Selon lui, 33 gigawatts permettraient d’alimenter jusqu’à 25 millions de foyers.

Les éoliennes seraient construites uniquement le long des côtes anglaises avec deux turbines par mile (1,6 km), dans des eaux de 60 mètres de profondeur maximum. L’objectif de l’Union européenne est de produire 20 % de l’énergie consommée par des sources renouvelables d’ici 2020. Depuis 2002, le Royaume-Uni a doublé sa production à presque 5 %, et les prévisions tablent sur un triplement d’ici 2015 pour atteindre 15 %. Mais la seule énergie éolienne produite actuellement au Royaume-Uni représenterait moins d’un demi gigawatt. "Le Royaume-Uni a parmi les meilleures ressources éoliennes offshore au monde", a souligné M. Hutton. Le gouvernement britannique a donné son feu vert en décembre 2006 à la construction dans l’estuaire de la Tamise de la plus vaste ferme d’éoliennes en mer au monde avec 341 éoliennes maximum s’égrenant sur une surface de 232 km2, pour un coût de 1,5 milliard de livres (2,23 milliards d’euros). Elle devrait produire 1 gigawatt, soit de quoi alimenter 750.000 foyers.

Selon ALCIMED, une société de conseil et d’aide à la décision appliquée aux sciences de la vie et à la chimie, en 2006, l’éolien représentait une capacité totale installée de 70 GW dans le monde et de 48 GW en Europe, soit un parc approximatif de 50 000 éoliennes quasi exclusivement onshore (terrestres). Sa capacité totale installée en Europe devrait atteindre 85 GW en 2010.

L’industrie éolienne terrestre ne cesse d’augmenter ses capacités de production pour essayer de suivre la demande et l’année 2006 a confirmé l’essor mondial de l’énergie éolienne qui est passée de 60 000 à 75 000 MW installés en un an, soit une production mondiale annuelle d’électricité correspondant à la moitié de la consommation nette française.

Mais l’avenir appartient à la filière éolienne offshore, même si les défis technologiques à relever restent nombreux. En 2006, le parc éolien offshore mondial était de 900 MW exclusivement situés en Europe (continent où l’industrie éolienne est née), ce qui ne représentait que 2 % du parc éolien total. Les machines offshore ont initialement été développées à partir des modèles terrestres : ce sont des installations modérément complexes qui se situent sur des zones proches des côtes et en eaux peu profondes comme les bancs de sable.

En premier lieu, les acteurs travaillent au développement de structures flottantes supportant les éoliennes et résistant aux sollicitations de l’environnement marin : vagues ou encore rafales de vent. Ces structures devront être économiquement compétitives. Ainsi, le DOE américain s’est fixé comme objectif de limiter ce coût à 25 % du coût total de l’éolienne (installation comprise) afin d’arriver à produire un kWh éolien offshore à 0,5$.

Quant à la France, elle dispose d’un remarquable potentiel éolien offshore et notre pays pourrait parfaitement produire, à l’horizon 2020, 10 % de sa consommation électrique totale, soit 53 TWh, à l’aide de 3000 éoliennes maritimes de 5 MW. Ces 53 TWh produits grâce à l’éolien offshore correspondraient à la quasi-totalité de notre production électrique d’origine thermique et permettraient en outre de réduire de 13,5 % (56 millions de tonnes par an) nos émissions annuelles de CO2.

Si nous voulions atteindre l’objectif britannique et produire à l’aide de l’éolien offshore la totalité de notre consommation électrique domestique (environ 140 TWh par an), nous devrions installer environ 7700 éoliennes maritimes de 5 MW, ce qui représenterait environ 400 éoliennes offshore à installer chaque année, pendant 20 ans, ce qui est tout à fait réalisable si l’éolien est porté par une volonté politique forte.

Quant au coût réel de l’éolien offshore, il est estimé actuellement à environ 1,6 million d’euros le MW en mer (raccordement au réseau compris). Cependant, comme la ressource éolienne est bien meilleure en mer qu’à terre et compte tenu du fait que les éoliennes offshore auront une durée de vie plus longue que celles situées à terre, grâce à la turbulence très faible en mer, nous obtenons finalement un coût moyen de l’électricité éolienne offshore d’environ 0,04 € par kWh (taux d’actualisation de 5 %, durée de vie de 25 ans, coûts d’exploitation et d’entretien de 0,01€). Ce coût du kWh éolien serait donc équivalent à celui de kWh nucléaire estimé par EDF.

On le voit, avec le renchérissement inévitable des énergies fossiles et compte tenu des progrès technologiques considérables intervenus dans les aérogénérateurs et des objectifs drastiques de réduction de nos émissions de gaz à effet de serre et d’augmentation du recours aux énergies renouvelables, le choix du développement massif de l’éolien offshore dans notre pays relève bien à présent d’une volonté politique. Il est regrettable de constater que dans ce domaine absolument stratégique sur le plan de l’environnement, de la recherche et de l’emploi, la France est dramatiquement en retard par rapport à ses principaux voisins européens (Allemagne, Grande- Bretagne, Espagne, Danemark…) et n’a pas encore de programme de développement de l’éolien maritime digne de ce nom.

Il nous suffit d’observer l’extraordinaire essor de l’éolien dans le monde, y compris dans les pays émergents (Chine, Inde…) et en Europe pour voir que, si nous ne réagissons pas très vite, nous allons rater un train majeur pour notre avenir. Au lieu de continuer à nous enfermer dans nos défiances et nos réticences, ouvrons enfin les yeux pendant qu’il en est temps et donnons nous les moyens de devenir l’un des leaders mondiaux de l’éolien, tant terrestre que maritime.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par René Tregouët

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