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« L’ère des combustibles fossiles est loin d’être révolue »

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"Nous nous dirigeons vers un baril – de pétrole – à 150 dollars dès 2015, un prix qui pourrait redescendre légèrement ensuite", a affirmé Fatih Birol, l’économiste en chef de l’Agence internationale à l’énergie (AIE), à l’occasion de la publication annuelle du "World Energy Outlook 2011".

L’AIE prévient au mieux que le baril devrait s’échanger à environ 120 dollars à l’horizon 2035, à condition toutefois que la part du pétrole dans la consommation énergétique mondiale passe seulement de 33 % à 27 %.

La totalité de l’augmentation nette de la demande de pétrole est imputable au secteur des transports dans les économies émergentes car la croissance économique stimule la demande de mobilité individuelle et de transport de marchandises. "La demande de produits pétroliers (biocarburants non compris) s’accroît et passe de 87 millions de barils par jour (Mb/j) en 2010 à 99 Mb/j en 2035. Le nombre total de voitures particulières double pour atteindre près de 1,7 milliard en 2035. Les ventes sur les marchés hors OCDE dépassent celles de la zone OCDE en 2020, tandis que le centre de gravité de l’industrie automobile se déplace vers les pays hors OCDE avant 2015."

Les coûts de production du pétrole augmentent parce que les compagnies pétrolières doivent se tourner vers des champs plus coûteux et plus difficiles à exploiter pour remplacer les capacités épuisées et faire face à la demande croissante.

"La production de pétrole brut conventionnel – principale composante des approvisionnements pétroliers – se maintient aux niveaux actuels, avant de baisser légèrement pour s’établir à environ 68 Mb/j en 2035. Pour compenser le déclin de la production de pétrole brut des gisements existants, la mise en œuvre de 47 Mb/j de nouvelles capacités de production sera nécessaire, soit le double de la production totale actuelle de pétrole de l’ensemble des pays de l’OPEP du Moyen-Orient. Les liquides de gaz naturel représentent une fraction de plus en plus importante de la production (plus de 18 Mb/j en 2035), de même que les hydrocarbures non conventionnels (10 Mb/j). Le plus fort accroissement de production pétrolière provient de l’Irak, suivi par l’Arabie saoudite, le Brésil, le Kazakhstan et le Canada. Les approvisionnements en biocarburants triplent et dépassent l’équivalent de 4 Mb/j, dopés par 1 400 milliards de dollars de subventions allouées pendant la période considérée."

Le gaz naturel :

Le gaz non conventionnel, géographiquement plus dispersé que les ressources conventionnelles, représente aujourd’hui la moitié des ressources estimées de gaz naturel, renforçant la sécurité des approvisionnements.

"La part du gaz non conventionnel augmente et atteint un cinquième de la production totale de gaz en 2035, mais elle progresse à un rythme qui varie considérablement d’une région à l’autre. La croissance de la production dépend aussi du succès de l’industrie à relever les défis environnementaux. L’âge d’or du gaz exigera le respect de normes de production très strictes. Le gaz naturel est le "plus propre" des combustibles fossiles, mais l’accroissement de son utilisation ne suffira pas, à lui seul (sans captage et stockage du carbone), à contenir les émissions à un niveau limitant l’augmentation de la température moyenne mondiale à 2°C."

Le charbon :

Le charbon a contribué à près de la moitié de l’augmentation de la demande mondiale d’énergie au cours de la décennie écoulée. Savoir si cette tendance changera et à quel rythme est l’une des plus importantes questions qui se posent au sujet de l’avenir de l’économie énergétique mondiale. "La Chine affiche une consommation de charbon pratiquement égale à la moitié de la demande mondiale et son plan quinquennal pour 2011 à 2015, qui vise à réduire l’intensité énergétique et l’intensité en carbone de son économie, sera déterminant pour les marchés mondiaux du charbon."

D’après l’AIE, le déploiement généralisé de centrales à charbon plus efficaces et de la technologie de captage et de stockage du carbone (CSC) pourrait renforcer les perspectives du charbon à long terme, mais il faut encore surmonter des obstacles considérables.

Le nucléaire :

Les événements survenus à Fukushima Daiichi ont amené à s’interroger sur le rôle futur de l’énergie nucléaire, bien que des pays moteurs de son développement comme la Chine, l’Inde, la Russie et la Corée n’aient pas modifié leurs politiques de ce fait.

Dans le scénario d’un moindre recours à l’énergie nucléaire, L’AIE confirme que cela créé des opportunités pour les énergies renouvelables, mais stimulent aussi la demande de combustibles fossiles : "l’accroissement de la demande mondiale de charbon est égal au double des exportations actuelles de charbon vapeur de l’Australie, et celui de la demande de gaz équivaut aux deux tiers des exportations actuelles de gaz naturel de la Russie. Cela résulterait en une nouvelle pression haussière sur les prix de l’énergie, des craintes accrues pour la sécurité énergétique, et une lutte contre le changement climatique plus difficile et plus coûteuse. Les conséquences en seraient particulièrement sévères pour les pays ayant des ressources énergétiques limitées et qui prévoyaient de faire une place relativement importante à l’énergie nucléaire. De même, les économies émergentes auraient considérablement plus de mal à satisfaire leur demande d’électricité en expansion rapide."


Les énergies renouvelables :

La part des énergies renouvelables non hydrauliques dans la production d’électricité augmentera de 3 % en 2009 à 15 % en 2035, une évolution soutenue par des subventions annuelles presque multipliées par cinq, atteignant 180 milliards de dollars. Les moteurs de cette expansion, la Chine et l’Union européenne, assurent près de la moitié de l’augmentation. Même s’il est prévu que le coût des subventions par unité de production diminue, la plupart des sources d’énergie renouvelables ont besoin, pour être compétitives sur les marchés de l’électricité, d’un soutien ininterrompu pendant toute la période considérée.

Dans l’Union européenne, 25 % de l’investissement dans les réseaux de transport sont nécessaires à cet effet. La part de l’énergie hydraulique dans la production mondiale d’électricité reste constante à environ 15 % ; près de la moitié de 680 gigawatts de puissance installée supplémentaire est construite en Chine, en Inde et au Brésil.

Des perspectives crispantes :

"L’ère des combustibles fossiles est loin d’être révolue, mais leur prépondérance diminue." La demande de tous les combustibles augmente, mais la part des combustibles fossiles dans la consommation mondiale d’énergie primaire faiblit légèrement, passant de 81 % en 2010 à 75 % en 2035. Le gaz naturel est la seule énergie fossile dont la part progresse dans le mix énergétique mondial d’ici à 2035. Dans le secteur de l’électricité, les énergies renouvelables, hydraulique et éolienne en tête, représentent la moitié de la nouvelle puissance installée pour faire face à l’augmentation de la demande.

Bien que les perspectives de croissance économique soient incertaines à court terme, dans le Scénario « nouvelles politiques », la demande d’énergie s’accroît vigoureusement d’un tiers entre 2010 et 2035. Les hypothèses d’une augmentation de la population mondiale de 1,7 milliard d’habitants et d’un taux de croissance annuel moyen du PIB mondial de 3,5% entraînent une demande de services énergétiques et de mobilité toujours plus forte.

L’investissement nécessaire en infrastructures énergétiques dans le monde pour la période 2011-2035 se chiffre à 38 000 milliards de dollars (en dollars de 2010). Près des deux tiers de l’investissement total interviennent dans des pays hors OCDE. Les secteurs du pétrole et du gaz combinés absorbent presque 20 000 milliards de dollars, reflétant l’augmentation à moyen et à long terme à la fois des besoins d’investissement en exploration et production et des coûts associés. La majorité des investissements restants sont destinés au secteur de l’électricité, dont plus de 40 % vont aux réseaux de transport et de distribution.

D’après l’AIE, "Nous ne pouvons pas nous permettre de remettre à plus tard l’action contre le changement climatique si nous voulons atteindre à un coût raisonnable l’objectif à long terme d’une limitation à 2°C de l’augmentation de la température moyenne mondiale : c’est ce que montre le Scénario 450. Dans le Scénario « nouvelles politiques », le niveau des émissions mondiales de CO2 entraîne à long terme une hausse de la température moyenne de plus de 3,5°C. Si ces nouvelles politiques ne sont pas mises en œuvre, le monde s’oriente vers une issue encore plus dangereuse, à savoir une augmentation de la température de 6°C ou plus."

L’organisation tient à alerter les pays réticents à s’engager fortement dans la voie de réduction des émissions de CO2 : "En reportant l’action, nous réaliserions de fausses économies : chaque dollar d’investissement non réalisé dans le secteur de l’électricité avant 2020 entraînerait 4,3 dollars de dépenses supplémentaires après cette date afin de compenser l’augmentation des émission."

De l’énergie pour tous ?

L’AIE estime qu’environ 9 milliards de dollars ont été investis en 2009 dans le monde entier afin de donner accès aux services énergétiques modernes à des populations qui en étaient privées jusque là, mais il faudrait investir chaque année plus de 5 fois ce montant, à savoir 48 milliards de dollars, pour réussir à donner à tous l’accès à l’énergie en 2030.

L’accès universel à l’énergie en 2030 est un objectif fondamental annoncé par le Secrétaire général de l’ONU. À ce jour, 1,3 milliard d’individus n’ont pas d’électricité, et 2,7 milliards utilisent toujours la biomasse traditionnelle pour la cuisson des aliments. L’investissement nécessaire pour parvenir à assurer un accès universel s’élève à 3 % de l’investissement énergétique total d’ici à 2030. Sans cet investissement supplémentaire, la situation en 2030 n’aura pas beaucoup changé par rapport au monde d’aujourd’hui et aura même empiré en Afrique subsaharienne.

Certaines politiques actuellement en vigueur, conçues pour aider les plus pauvres, manquent leur cible. En effet, en 2010, seulement 8 % des subventions à la consommation de combustibles fossiles ont bénéficié aux 20 % les plus démunis.


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    5 Commentaires sur "« L’ère des combustibles fossiles est loin d’être révolue »"

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    gaga42
    Invité
    De toute évidence, l’AIE souffle le chaud et la froid car il y a qq semaines ils étaient beaucoup moins optimistes: « La réalité du pic pétrolier et de l’érosion des puits matures est également reconnue par l’AIE, qui souligne que, chaque année, entre 2,5 et 3 millions de barils par jour viennent à manquer en raison du déclin des champs pétroliers arrivés à maturité. A court terme, deux phénomènes se télescopent : la hausse de la demande pétrolière des pays émergents qui représenteront 90% de la demande additionnelle d’ici à 2035, et la contraction de l’offre pour des raisons géologiques… Lire plus »
    ecoenergie
    Invité

    La catastrophe a venir, ce ne sera pas le manque de petrole mais de continuer a en trouver methode sure pour aller au rechauffement climatique

    gp
    Invité
    En effet, tant que les USA se refusent obstinément à taxer le carburant à la hauteur de ce qu’il faudrait pour commencer à réduire sérieusement leur hyper-dépendance au pétrole, pas de miracle à attendre même avec un baril de pétrole à 150$ 🙁 La barre des 400ppm de CO2 dans l’atmosphère va donc ben être affranchie en toute impunité d’ici à 2015. Le prix du brut augmentant, les très riches compagnies pétrolières américaines vont pouvoir continuer à forer à feu et à sang le sous-sol américain jusqu’en eau profonde en mettant en chantier des plateforme toujours plus couteuses. En accélérant… Lire plus »
    Toutoule
    Invité

    C’est à ne rien comprendre sur le futur et l’énergie de demain pour nos voitures car selon Shell, le bioéthanol représentera 30% des véhicules en 2030

    Yvessevy
    Invité

    N’investissons que ce qu’il faut pour vivre en harmonie avec notre environnement utile à une vie décente sans excès. Les besoins de base étant satisfaits pour tous. Le superflu pourra l’être pour ceux qui participent activement à la recherche des solutions de maintien d’un équilibre éconologique pour tous.

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