Les énergies renouvelables : un moteur majeur pour la croissance économique, la recherche et la création d’emplois

Outre Atlantique, il semble que les Etats-Unis commencent enfin à opérer un virage à 180° en matière d’utilisation et de promotion des énergies propres. Selon un récent rapport intitulé "L’avenir des énergies renouvelables aux Etats Unis", les énergies renouvelables sont en mesure de satisfaire 40 % de la demande d’énergie prévue aux États-Unis en 2025 (contre 9 % en 2007), sous réserve que le Congrès et le gouvernement leur apportent un soutien plus important. Ce rapport a le soutien du gouvernement, qui cherche à remplacer en partie les combustibles fossiles par de nouvelles sources d’énergie. Lors du discours sur l’état de l’Union qu’il a prononcé en 2006, le président Bush a déclaré que les sources d’énergie renouvelables pouvaient contribuer à mettre fin à la dépendance pétrolière des États-Unis.

Un spécialiste, M. Georges Douglas, qui est le porte-parole du Laboratoire national de l’énergie renouvelable (NREL) situé à Denver, pensent que les objectifs visés par ce rapport sont "réalistes et réalisables" (635 gigawatts en 2025).

Il est intéressant de constater qu’un nombre croissant d’experts des questions énergétiques, comme M. Douglas ou Jim Pierobon, de l’ACORE, soulignent qu’aux États-Unis, toutes les formes d’énergie, que ce soit le pétrole, le charbon ou le gaz naturel, sont réglementées, parfois fortement, et subventionnées à un certain degré. Ils remarquent que les procédés de production d’électricité à partir de sources renouvelables sont devenus bien plus perfectionnés depuis plusieurs décennies, et que l’électricité d’origine renouvelable devient de plus en plus concurrentielle au fur et à mesure que les cours du pétrole et du gaz naturel augmentent.

Ces experts estiment également que les Américains sont de plus en plus favorables aux sources renouvelables d’énergie du fait de l’accroissement des inquiétudes au sujet de la sécurité énergétique et des changements climatiques. Selon M. Jim Pierobon, de l’ACORE, l’énergie renouvelable est gagnante si l’on tient compte de tous ces facteurs. « Prenons en considération tous les coûts et tous les aspects et laissons l’énergie renouvelable entrer en concurrence » avec les autres formes d’énergie, dit-il.

Plus près de nous, outre-Rhin, la loi allemande sur la priorité aux énergies renouvelables a permis un véritable décollage des énergies propres. C’est sur cette base que chaque année, en Allemagne, on met en place 3.000 mégawatts renouvelables et que ces dernières représentent en 2007 une capacité totale de 18.000 mégawatts. Si l’on continue à ce rythme, le passage aux énergies renouvelables sera achevé dans 40 ans en Allemagne, même si le poids respectif des différentes énergies aura changé. L’expansion de l’énergie éolienne va ralentir mais il y aura plus d’énergie photovoltaïque, de bioénergie et de géothermie. La part des énergies renouvelables (éoliennes et biomasse) dans l’approvisionnement en électricité devrait passer de 12 % aujourd’hui à 22 % en 2010 et à 27 % en 2020, contre 20 % pour l’Union européenne. L’Allemagne, qui préside l’union européenne et le G8, s’est par ailleurs fixée pour objectif une baisse de 40 % de ses émissions de CO2 d’ici à 2020.

Au Danemark, les quelque 5.200 éoliennes du pays, en majorité installées à terre, fournissent déjà 20 % des besoins en électricité, chiffre qui devrait être porté à 75% en 2025, selon une étude d’experts d’une commission gouvernementale.

En Suède, le gouvernement suédois, en partenariat avec les acteurs industriels, se donne quinze ans pour se débarrasser des énergies fossiles, et s’en remet aux énergies renouvelables. Aujourd’hui déjà la Suède n’utilise le pétrole que pour la voiture. L’électricité y est produite par des turbines hydrauliques ou la filière nucléaire. Les maisons sont presque toutes chauffées à l’eau chaude ou à la vapeur, grâce à l’énergie géothermique et à la récupération de la chaleur produite en milieu industriel. En 2003, 26 % de l’énergie consommée en Suède provenait de sources renouvelables, un pourcentage largement supérieur à la moyenne européenne, de 6 %. Les Suédois ont déjà réussi à réduire leur utilisation du pétrole de 45 % en trente ans.

Quant aux énergies propres, leurs possibilités d’utilisation de cessent de s’étendre et leurs coûts d’exploitation ne cessent de diminuer grâce à une accélération des innovations depuis quelques mois. C’est ainsi que les Japonais viennent de commercialiser des cellules sans silicium pour panneaux solaires à base de CIS. Le CIS (de l’anglais Copper Indium di-Selenide) est un semi-conducteur capable de se substituer au silicium des cellules photovoltaïques habituelles tout en étant beaucoup plus simple et moins onéreux à fabriquer.

De son côté, Sharp a développé une vitre qui accumule l’énergie solaire de la lumière et la transforme en électricité. C’est une simple vitre transparente en apparence, qui est pourtant capable de restituer jusqu’à 4,6 heures de lumière la nuit, grâce à l’énergie accumulée le jour.

Les chercheurs britanniques, pour leur part, ont également mis au point des cellules solaires nanocristallines sans silicium, à très bon rendement, utilisables sur les toits des entrepôts et supermarchés. Ces cellules (appelées DSSC pour Dye-Sensitised Semi-conductor Cells) sont des nanostructures en oxyde de titane capables de convertir la lumière en électricité. Leur taille infime permettrait de les projeter en spray sur des feuilles d’acier. En Grande-Bretagne, 100 millions de m2 de toits pourraient produire, avec ces cellules, 5400 GWh par an d’électricité solaire, soit plus de 5 % de toute l’électricité consommée annuellement en Grande Bretagne.

En matière d’éolienne, une société française, GUAL Industrie, a inventé une éolienne à axe vertical appelée « StatoEolien » Particulièrement adapté au milieu urbain, le StatoEolien permet d’exploiter les vents de toutes directions grâce à sa conception axisymétrique. Il en résulte une production d’électricité 30 % supérieure à celle des éoliennes à axe horizontal.

Sur le plan économique, le marché des énergies renouvelables représenterait, selon le Programme des Nations Unis pour l’Environnement, entre 40 et 78 milliards de dollars par an d’ici 2010. Le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) estime de son côté que les technologies liées à l’efficacité énergétique pourraient atteindre 87 milliards de dollars sur les trente prochaines années. Rappelons par ailleurs qu’en Europe, ce secteur devrait créer, à l’horizon 2010, 1 million d’emplois.

Pour notre seul voisin allemand, 175.000 personnes travaillent déjà dans le secteur qui représente un chiffre d’affaires de 32 milliards d’euros en 2007 (+ 17 % sur un an). Ce secteur des énergies renouvelables pourrait pourtant devenir à l’horizon 2020 le premier employeur du pays avec 500.000 salariés, selon la fédération des énergies renouvelables.

Nous voyons donc que l’abandon des énergies fossiles et l’utilisation généralisée et massive des énergies propres répondent à un triple enjeu, environnemental bien sur, mais aussi technologique et économique. Les économies compétitives de demain seront celles qui sauront à la fois fonctionner avec un haut niveau d’efficacité énergétique et ne plus recourir aux énergies fossiles émettrices de gaz à effet de serre.

Mais les différents exemples et pays évoqués montrent également que la nécessaire mutation vers les énergies renouvelables ne se fera pas sous le seul effet des forces du marché et nécessite un volontarisme politique fort capable de mettre en œuvre de puissants leviers législatifs, réglementaires et fiscaux. Souhaitons que le nouveau gouvernement affirme rapidement cette volonté politique et mène avec courage et détermination cette révolution énergétique qui doit devenir un moteur majeur pour la croissance économique, la recherche et la création d’emplois.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par René Tregouët

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