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Les grandes métropoles se placent à la pointe du combat contre le réchauffement climatique

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Ce sommet, dit "C40", a regroupé les dirigeants de 46 cités les plus importantes et les plus polluées du monde qui ont désigné la lutte contre le réchauffement climatique comme une priorité. "Nous demandons aux leaders du G8 lors du prochain sommet de Heiligendamm (Allemagne) de s’engager sur un objectif à long terme d’une stabilisation de la concentration des gaz à effet de serre", ont indiqué les maires qui soulignent que les villes consomment plus de 75% de l’énergie mondiale et génèrent aussi plus de 75 % des gaz à effet de serre, a affirmé Bill Clinton.

Le maire de Londres, Ken Livingstone, a exprimé l’espoir que le groupe des huit grands pays industrialisés, qui doit se rencontrer début juin en Allemagne, trouve un consensus sur le sujet. Il a aussi critiqué le président américain George W. Bush pour son opposition continue à la plupart des propositions visant à combattre le réchauffement du climat.

Parallèlement à ce sommet, 500 maires américains se sont démarqués de la politique de Georges W. Bush en signant une déclaration dans laquelle ils s’engagent à respecter les objectifs du protocole de Kyoto en matières d’émission. "Les maires agissent car le gouvernement reste muet", commente Douglas Palmer, maire de Trenton dans le New-Jersey, président de la conférence des maires.

Mais ce sommet de New York a également été l’occasion, pour les principaux maires présents, de présenter un ambitieux programme de 5 milliards de dollars pour réhabiliter des bâtiments dans 16 métropoles du monde afin que leur coût de fonctionnement en énergie soit fortement réduit. Ce programme, défendu par M. Livingstone et Bill Clinton, pourrait permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’un dixième sur dix ans.

L’initiative devrait apporter des fonds aux municipalités et aux propriétaires de bâtiments privés pour introduire des techniques modernes d’économie d’énergie, allant des ampoules fluorescentes aux mesures d’isolation et de chauffage économiques. A terme, les économies d’énergie devraient excéder en valeur le coût du programme, ont indiqué les maires, sans toutefois donner de date butoir pour atteindre cet objectif.

En prélude à ce sommet des maires des grandes villes, le maire de New York Michael Bloomberg a présenté, le 22 avril, un vaste plan pour "un New York plus grand et plus vert" comprenant 127 mesures. Le moins qu’on puisse dire est que ce plan a surpris par son ampleur, sa globalité et son volontarisme politique et qu’il alimente un véritable débat démocratique, à New York mais aussi dans le reste des Etats-Unis, sur le rôle de la puissance publique et de la fiscalité en matière de lutte contre la pollution et contre le réchauffement climatique.

L’objectif du plan de Bloomberg est de réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 dans "The Big Apple", d’enrichir les parcs, d’assainir les rivières, de planter un million d’arbres d’ici 2017 (dont un quart le long des routes), de réhabiliter 3 000 ha de terrains industriels abandonnés, de réduire la dépense énergétique, de supprimer les taxes new-yorkaises sur les voitures hybrides, de relever de 2,50 dollars par mois les factures d’électricité pour financer des investissements… Bloomberg veut également que, d’ici 2012, les 13 000 taxis new yorkais se soient convertis à la motorisation hybride.

Dans cette mégapole où l’individu est roi, la majorité des New Yorkais considèrent que ce plan est nécessaire mais des automobilistes restent néanmoins très partagés contre la mesure-phare de ce plan : instaurer, comme à Londres ou Stockholm, une taxe sur l’entrée des véhicules. Ce péage urbain serait de huit dollars pour les automobilistes entrant dans Manhattan la semaine entre 06h00 et 18h00 (21 dollars pour les camions). Les taxis seraient exemptés et les résidents auraient droit à un traitement spécial.

Pays conçu pour l’automobile, les Etats-Unis ont un réseau routier et autoroutier unique par sa dimension. En outre, ce réseau immense est gratuit. Alors qu’il faut payer plus de 50 euros de péage pour traverser la France du Nord au Sud, on peut traverser les Etats-Unis sans rien payer. En outre, l’essence est trois moins chère qu’en France. Il y a cependant de nombreux exemples de péage en Amérique, mais ils sont pour des passages bien particuliers, comme le Golden Gate à San Francisco, ou le pont du Verrazano à New York. Des ponts qui ont coûté cher, et pour lesquels l’idée de péage est bien acceptée. Mais dans la circulation courante, les américains ne sont pas habitués à payer quoi que ce soit, et le maire de New York, Michael Bloomberg, a pris un risque politique important en lançant l’idée d’un péage urbain à New York.

La zone à péage serait le Sud de la presqu’île de Manhattan, à partir de la 86ème rue. Pour tous les travailleurs non résidents et ne bénéficiant pas d’abonnement, le montant annuel de ce péage s’élèverait à 4000 dollars. Le maire précise aussi que les recettes du péage (environ 500 millions de dollars par an) permettront de grands travaux d’amélioration du réseau routier, tandis qu’une petite réduction des émissions de gaz à effet de serre est aussi escomptée. En dépit d’une forte opposition, Michael Bloomberg souhaiterait une mise en place en 2009.

La presse, les medias et la population se sont accaparés de ce sujet qui suscite un débat passionné et passionnant. Le journal New York Times met en avant que "cette démarche en faveur d’une taxation du trafic était attendue depuis longtemps. Mais cela va susciter beaucoup d’opposition." Le New York Post souligne, pour sa part, que les huit dollars sont "une grosse charge – en plus des autres taxes et cotisations déjà écrasantes" mais il admet que le plan du Maire est "réfléchi et complet pour s’attaquer à un objectif vital : la viabilité à long terme de New York". Pour la secrétaire américaine aux Transports, Mary Peters, « ce plan est le genre de réflexion courageuse que les dirigeants à travers le pays doivent entreprendre ».

"Nous devons commencer à affronter les défis qui se présenteront à nous alors que New York va gagner un million d’habitants en 20 ans, en plus des huit millions actuels" souligne Bloomberg qui ajoute "Ce péage n’affecterait que 5 % des personnes travaillant sur l’île. Il s’appliquerait d’abord sur une période-test de 3 ans. J’étais moi-même sceptique. Mais j’ai regardé les faits, et c’est ce que je demande aux New Yorkais de faire. Dans des villes comme Londres et Singapour, les péages ont réussi à réduire le trafic et améliorer la qualité de l’air. Le tarif de huit dollars pourrait générer plus de 500 millions de dollars par an. C’est la bonne manière de gagner de l’argent. Le changement climatique est un défi national. Nous n’attendrons pas Washington. Il faut agir maintenant."

Le Maire de New York poursuit "Si nous ne faisons rien, la facture énergétique de la ville augmentera de 3 milliards de dollars d’ici 2015. Il est notamment prévu d’engager 10 % de la facture annuelle d’énergie de la ville dans des investissements en économie d’énergie, de créer une autorité locale d’efficacité énergétique pour fixer, suivre et atteindre des objectifs de réduction de la demande en énergie de la municipalité ou encore de stimuler le marché des énergies renouvelables en créant une réduction d’impôt foncier pour les installations solaires. La ville souhaite avant tout diversifier ses approvisionnements en testant toutes les technologies possibles, notamment la production d’énergie à partir de déchets solides.

Nul ne peut dire aujourd’hui si Bloomberg parviendra à faire adopter son plan très ambitieux et à le mettre en oeuvre mais le simple fait qu’il mette toute son autorité politique en jeu pour présenter un tel plan montre à quel point, face à la menace climatique et environnementale, les esprits sont en train d’évoluer aux Etats-Unis, y compris sur la question de la nécessité de l’intervention publique et sur l’usage d’une fiscalité écologique. Mais, fidèles à leur culture et à leur système de valeur, les grandes collectivités américaines, qu’il s’agisse des villes ou des états, ont décidé de prendre elles-mêmes en charge ce problème capital sans attendre de grandes mesures ou d’aides du gouvernement fédéral. C’est ainsi que la Californie n’a pas hésité à voter une loi, en 2003, qui oblige les constructeurs automobiles à réduire de 30 % d’ici 2012, les émissions de CO2 de leurs voitures.

On peut néanmoins penser qu’aux Etats-Unis comme ailleurs, le gouvernement, sous la double pression de son opinion publique et de ses collectivités, va devoir infléchir sérieusement sa position et prendre contre le réchauffement climatique des mesures beaucoup plus énergiques.

On voit bien que des idées ou mesures considérées comme utopiques ou insupportables il y a encore quelques années, sont en train de s’imposer pour répondre à la gravité de la situation climatique mondiale. C’est le cas pour le péage urbain, qui se généralise partout dans le monde ou pour la fiscalité écologique que sait utiliser de manière remarquable l’Allemagne.

Le gouvernement allemand vient d’annoncer à ce sujet qu’il envisageait de taxer les véhicules non plus en fonction de leur cylindrée mais en fonction de leur rejet en CO2.

Il est vrai qu’il y a quelques jours deux nouvelles études internationales très sérieuses (Voir notre article dans la rubrique « Environnement) ont montré que les émissions de CO2 ont augmenté plus vite depuis 2000 que dans le pire scénario envisagé par le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec).

Dans un tel contexte, souhaitons que notre pays, sous l’impulsion du nouveau Président, Nicolas Sarkozy, sache s’inspirer de ces exemples étrangers et mette en place au niveau local comme au niveau national, des politiques beaucoup plus ambitieuses, volontaristes et contraignantes pour réduire la pollution, protéger l’environnement et lutter plus efficacement contre le réchauffement climatique.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par René Trégouët


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