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Les incertitudes sur l’évolution climatique doivent-elles justifier l’immobilisme ?

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Contrairement à ce qu’affirment les "climatosceptiques", les scientifiques savent aujourd’hui faire la part entre les causes naturelles et les activités humaines. Comme le souligne Jean JOUZEL, climatologue de renommée mondiale, "Les activités humaines ont commencé à sérieusement modifier le climat à partir des années 1960". Les modèles du climat simulent tous une forte amplification arctique du changement climatique : c’est ce qui est observé depuis quelques décennies.

Les scientifiques du GIEC n’ont jamais évoqué une quelconque disparition de l’homme ou toute autre apocalypse telle que certains sceptiques aimeraient bien le faire croire. Mais une chose est sûre  : le niveau de CO 2 atmosphérique a augmenté ces dernières années plus vite que ne le prévoyait le pire scénario du Giec . Contrairement à ce qu’affirment les "climatosceptiques", les modèles climatiques utilisés ne sont pas des extrapolations des données observées ou une prolongation des phénomènes constatés dans le passé.

Lorsque les modèles évoquent une hausse possible des températures entre 2 et 6 °C, la moitié de cette fourchette exprime cette incertitude et ces incertitudes sont toutes dans les rapports du Giec", encore faut-il les avoir lus. Les modèles ne font pas tous les mêmes projections. Aucun ne propose une hausse linéaire des températures, mais tous prédisent un réchauffement. Le rôle du Soleil fait partie du débat scientifique. Le dernier rapport du Giec y consacre plus de 50 pages. Mais le Soleil compte beaucoup moins que l’orbite de la Terre, qui modifie lentement la répartition de l’ensoleillement et a été le moteur des glaciations.

Depuis une cinquantaine d’années environ, l’effet de serre intervient à hauteur de plus de 2 w/m² dans les températures, alors que l’activité solaire compte pour moins de 2/10 de w/m². Ce n’est pas du tout le même ordre de grandeur. Si l’activité solaire était la grande responsable du réchauffement actuel, on devrait constater un réchauffement des basses couches de l’atmosphère, ce qui est le cas, mais également des hautes couches. Or, pour ces dernières, c’est le contraire qui se produit : elles se refroidissent.

Le réchauffement moyen constaté à la surface de la terre au cours du siècle écoulé s’élève à 0,74°C dont 0,55 °C depuis 1950.Le réchauffement global enregistré depuis 50 ans est le plus important depuis 1000 ans !.

Depuis 1980, la banquise arctique estivale a perdue 11 % de sa surface par décennie et son épaisseur hivernale moyenne a été divisée par deux, passant de 3,64 à 1,89 mètre.

Après être resté quasiment stable pendant 2000 ans, le niveau moyen des océans s’est mis à augmenter de 1 mm par an à partir de la fin du XIXème siècle. Cette augmentation n’a cessé de s’accélérer pour atteindre à présent 3,3 mm par an (dont un tiers du à la dilation thermique et deux tiers à la fonte des glaces), soit 3,3 cm par décennie, ce qui est considérable.

Les derniers travaux du GIEC montrent qu’au niveau mondial, les émissions de CO2 continuent d’augmenter. Depuis 1990, ces émissions annuelles sont passées de 6,5 à 8 gigatonnes et le rythme d’augmentation annuel serait passé de 1,1 à 3,1 %. Depuis 1950, nous avons multiplié par 8 nos émissions mondiales de CO2 !

Nous avons la preuve incontestable que la capacité des "puits" naturels comme les forêts ou les océans à absorber le gaz carbonique diminue depuis 50 ans (- 10 % en 50 ans).

Nous savons également que les concentrations actuelles de CO2 dépassent de 35 % celles de l’ère préindustrielle, surpassant de loin les taux des 800 000 dernières années. Elles sont passées de 280 ppm à l’époque pré-industrielle à 379 ppm en 2005, et celles de méthane ont augmenté de 150 %. L’origine humaine des gaz à effet de serre est avérée.

Engendrée par l’augmentation des concentrations de dioxyde de carbone, l’acidification des océans progresse à une vitesse jamais observée depuis 65 millions d’années. Et cette augmentation extrêmement rapide du phénomène d’acidification aura rapidement un impact néfaste sur de nombreux organismes marins.

Plusieurs éléments prouvent que nous sommes responsables de cet excédent de CO2, comme la baisse du taux de carbone 14 (un isotope du carbone) dans l’atmosphère pour la période comprise entre 1850 et 1954. Une baisse qui n’est explicable que si une bonne partie du carbone relâché dans l’atmosphère à l’époque provenait de combustibles fossiles, qui ne contiennent pratiquement pas de carbone 14.

Les membres du GIEC n’ont jamais nié les lacunes et incertitudes qui caractérisent la connaissance des mécanismes complexes du climat au niveau planétaire mais doit-on attendre indéfiniment que toutes ces incertitudes soient levées et que tous les scientifiques soient d’accord, ce qui est une manière de ne rien faire, pour agir raisonnablement et commencer à réduire sensiblement nos émissions de GES ?

Le GIEC ne dit pas non plus que l’homme est entièrement responsable de l’accélération incontestable du réchauffement climatique enregistré depuis 150 ans.

Il reconnaît que la Terre est évidemment soumise à des variations climatiques cycliques, mais sur de grandes échelles de temps, alors que nous assistons depuis 150 ans à une accélération sans précédent du rythme de concentration de CO2 dans l’atmosphère et du rythme du réchauffement global.

Au rythme d’accroissement actuel des concentrations de gaz à effet de serre (GES), il y a de fortes probabilités pour que le réchauffement moyen de la planète augmente de 0,2° par décennie durant les trente prochaines années.

Nous pouvons bien entendu nous mettre la tête dans le sable et, invoquant des incertitudes inévitables dans notre compréhension du climat, continuer à nier la responsabilité de l’homme et de l’utilisation massive des énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) dans le réchauffement global de la planète mais une telle attitude ne fera pas disparaître la réalité du problème auquel est confronté l’humanité et ne peut que justifier l’immobilisme et le conservatisme. Ce sont nos enfants et petits enfants qui feraient les frais de cet aveuglement irresponsable.

Rappelons enfin qu’en admettant même que l’accélération sans précédent des émissions humaines de CO2 dans l’atmosphère (un milliard de tonnes en 1950, entre 8 et 10 milliards de tonnes en 2009) n’ait aucune conséquence sur le climat, position soutenue seulement par une infime minorité de scientifiques, il n’en resterait pas moins vrai qu’au rythme où le monde consomme les énergies fossiles, nous aurons consommé d’ici la fin de ce siècle la totalité des réserves connues de pétrole.

Nous devrons donc trouver d’autres sources d’énergie durables et renouvelables pour remplacer le pétrole, que l’on croit ou non au réchauffement climatique et à la responsabilité humaine dans ce domaine !

Ce n’est pas en refusant d’admettre qu’il y a bien un réchauffement climatique accéléré de la planète et que les activités humaines en sont pour partie responsables que nous ferons disparaître ce problème. Au contraire, plus nous anticiperons et prendrons des mesures globales et réalistes, sans catastrophisme mais sans faiblesse, plus nous aurons de chances de surmonter ce défi majeur de civilisation.

Cependant, en science il ne doit pas y avoir de vérité "officielle", définitive et immuable. C’est pourquoi les "climatosceptiques » ont toute leur place dans le débat scientifique et leurs thèses sont d’ailleurs présentées dans les travaux du GIEC et largement présentes dans les médias.

Mais la reconnaissance de ces opinions divergentes et le débat légitime qu’elles alimentent ne doit pas nous conduire à l’immobilisme, comme le souhaitent de manière avouée ou implicite beaucoup de leurs auteurs qui contestent également l’utilité de toutes les mesures prises au niveau national ou international pour réduire massivement nos émissions de GES.

En nous appuyant sur les avancées scientifiques nombreuses, raisonnables et convergentes dont nous disposons déjà, nous avons la responsabilité historique et le devoir moral, tout en poursuivant le débat scientifique de manière rigoureuse, ouverte et sereine, de commencer à agir maintenant pour prendre toutes les mesures nécessaires, même si elles sont difficiles et impopulaires, pour éviter ou limiter les effets désastreux que pourrait avoir pour l’humanité un dérèglement climatique de grande ampleur.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par René Tregouët


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