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Les Québécois et le gaz de schiste : une relation trouble

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Les Québécois ont une réticence particulièrement vive quant à l’extraction des gaz de schiste. Cette réticence ne serait pas la manifestation du syndrome « pas dans ma cour », selon un sondage comparatif mené auprès de 2.500 Québécois et Américains par des professeurs du Département de science politique de l’Université de Montréal, et des États-Unis.

Rencontre avec M. Montpetit, l’un des auteurs de cette étude, pour en apprendre davantage sur la cause de cette perception négative.

Le sondage, commandé il y a quelques mois par le ministère de l’Environnement du Québec, a permis de mieux comprendre pourquoi les Québécois s’opposent si farouchement à l’exploitation des gaz de schiste. Des traits politico-culturels auraient une influence négative sur la perception des enjeux. Expliquez-nous.

É.M. : Le sondage a été réalisé auprès de 1500 répondants du Québec, dont une grande proportion venait de la Montérégie, où il y a des projets d’exploitation des gaz de schiste, et de 1000 répondants de deux États américains, le Michigan et la Pennsylvanie. Nos résultats révèlent que l’opposition est beaucoup plus forte au Québec comparativement aux États-Unis. La raison principale ne serait pas liée au manque d’information. Ce serait plutôt l’importance des valeurs politiques qui viendrait en quelque sorte détourner la compréhension des enjeux.

De quelles valeurs politiques parle-t-on et comment agissent-elles sur les perceptions?

É.M. : Dans notre sondage, deux valeurs prédominaient dans les perceptions: l’égalitarisme et l’individualisme. Les personnes égalitaristes ont des attentes très élevées en matière de justice sociale, d’équité et d’égalité entre les citoyens, alors que les individualistes valorisent davantage le succès personnel. On a constaté que les égalitaristes avaient tendance à percevoir plus fortement les risques, tandis que les individualistes les sous-estiment. Cela est vrai au Québec et aux États-Unis. La différence est qu’il y a bien plus d’égalitaristes ici que chez nos voisins américains. C’est ce qui explique pourquoi l’opposition à l’égard des gaz de schiste est aussi virulente au Québec par comparaison aux États-Unis.

Vous dites également que la façon dont les journalistes ont parlé des enjeux associés à l’exploitation des gaz de schiste a joué un rôle dans les perceptions. Pouvez-vous donner des exemples?

É.M. : On a très peu souligné dans les médias le fait que les Québécois consomment beaucoup de gaz et que présentement ce gaz est importé de l’Alberta. Développer cette filière nous permettrait d’être plus indépendants sur le plan énergétique. C’est un argument important qu’on a pourtant peu entendu. On en a beaucoup parlé en mettant l’accent sur les multinationales originaires de l’Ouest canadien ou de l’étranger qui viennent faire de l’exploration au Québec et qui paient très peu de redevances. Or, cette façon d’aborder les gaz de schiste a fait écho aux valeurs des égalitaristes. Ils sont très sensibles à ce type de discours qui renvoie à un problème de justice et d’équité sociale. Ils se disent : « Nous allons payer le coût que pourrait engendrer l’extraction, alors que les bénéfices iront dans les poches des compagnies, souvent étrangères en plus. » C’est ce qui est venu indigner les égalitaristes, qui sont ensuite devenus préoccupés par les risques environnementaux.

Parlez-nous de ces risques liés à l’extraction des gaz de schiste
.

É.M. : Le problème est justement qu’on ne sait pas quels sont les effets nocifs possibles. Il y a une très grande incertitude à ce sujet. Des études américaines ont rapporté des fuites de méthane en Pennsylvanie, mais à d’autres endroits comme en Arkansas il n’y a eu aucun problème. Les caractéristiques du sol, de la roche et de la nappe phréatique sont très importantes. Avant d’évoquer les risques, il faut connaître ces caractéristiques. Au Québec, il y a eu très peu d’exploration, ce qui ne nous permet pas de savoir quels sont les risques réels de l’extraction des gaz de schiste sur notre territoire.

Dans le cadre de votre sondage, vous avez aussi mené une expérience qui indique que de nouvelles informations provenant d’une source crédible étaient susceptibles de faire changer les avis aux États-Unis comme au Québec. Qu’en est-il plus précisément?

É.M. : Une proportion appréciable des égalitaristes québécois est susceptible de revoir à la baisse sa crainte des risques si le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement et des scientifiques crédibles approuvaient un rapport montrant que les risques liés à l’extraction des gaz de schiste sont faibles. Cependant, un tel changement dans la perception des risques serait insuffisant pour transformer les réticences très élevées des Québécois en un appui majoritaire. Il faut savoir que l’opposition au Québec en ce qui a trait à l’extraction des gaz de schiste s’élève actuellement à 70 %. La principale raison de cette opposition se fonde sur une très forte crainte associée aux risques potentiels. Des sources crédibles permettraient de réduire cette crainte, mais l’opposition demeurerait au-delà de 50 %. Par contre, aux États-Unis, en Pennsylvanie en particulier, l’opinion est divisée à peu près également entre ceux qui sont favorables à l’extraction des gaz de schiste et ceux qui s’y opposent. Une étude rassurante à propos des risques aurait là un effet plus significatif qu’au Québec.


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    6 Commentaires sur "Les Québécois et le gaz de schiste : une relation trouble"

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    Alexfr
    Invité

    Gentillette propagande pour le gaz de shit!

    Jmn
    Invité

    Je comprends donc qu’en Amérique du Nord, les valeurs prédominant dans les perceptions sont: “l’égalitarisme ou l’individualisme”. En somme, c’est le vieux modèle des bons et des méchants. Et il est clair que ceux qui pensent comme nous sont les bons. De plus, comme le monde est bien fait, ils parlent Français. Tout est clair maintenant. Merci pour ce splendide article sur les gaz de schiste.

    Nicias
    Invité

    On a constaté que les égalitaristes avaient tendance à percevoir plus fortement les risques, tandis que les individualistes les sous-estiment. Pourquoi est-ce que les uns sous-estiment, et les autres perçoivent ? Des études américaines ont rapporté des fuites de méthane en Pennsylvanie D’abord, à ma connaissance, c’est pas des mais une étude. En quoi la présence de traces de méthane dans l’eau représente t-elle un risque ?Un risque de quoi ? Un risque d’explosion des nappes phréatiques ? On a foré des centaines de milliers de puits à l’aide de la fracturation hydraulique, et le dossier est toujours vide.

    sonolisto
    Invité

    Aux USA, si on vient creuser sur votre terrain pour exploiter du gaz de schiste, une partie des revenus vous appartient… Au Québec, c’est différent: le sous sol n’appartient pas au propriétaire du sol. Les compagnies achète des « claims » à prix ridicules au gouvernement et possèdent donc la possibilité de s’accaparer votre sous-sol. Ce qui expliquerait peut-être la grande méfiance des Québécois face à l’exploitation de leur sous-sol.

    Magnum
    Invité

    Mais je vous en prie, buvez-en de l’eau contaminée, et on en reparle…

    pierreerne
    Invité

    A 10 °C la solubilité du méthane en équilibre avec l’atmosphère est de 40,6 microgramme par kg (loi de Henry pour 1 55 ppm de méthane et mesures du groupe Duan). Il est donc fort improbable qu’une « contamination » soit réellement possible. Méfions nous des nouvelles sensationnelles ou des films à sensations.

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