Les robots vont-ils sauver nos sociétés vieillissantes ?

Selon un groupe d’études nippon, le Machine Industry Memorial Foundation, les robots pourront accomplir les tâches de 3,5 millions de personnes dans une quinzaine d’années au Japon et aider ainsi à combler les risques de pénurie de main d’œuvre face au vieillissement de la population. Le gouvernement estime que la population active baissera de 16 % d’ici 2030, ce qui fait naître des inquiétudes dans un pays qui ne souhaite pas recourir à une immigration massive. Le Japon ne souhaite pas remplacer un homme par un robot pour chaque tâche mais plutôt utiliser les robots pour améliorer la qualité, l’efficacité et le confort de travail.

Le Japon, ajoute-t-il, pourrait économiser une vingtaine de milliards de dollars de versements d’assurance-maladie en 2025 en utilisant des robots pour surveiller l’état de santé des personnes âgées.
Les machines pourraient également être employées utilement dans l’aide aux personnes, en s’occupant des enfants, des personnes âgées ou en faisant le ménage.

Déjà, dans un grand centre commercial de la ville de Fukouka, le magasin Aeon a mis à disposition des parents un robot de 1,4 mètre. Depuis hier, les parents laissent leur enfant à ce robot. Il a pour mission de le surveiller et l’occuper pendant que les parents vont faire leurs courses tranquillement…

Ce robot développé par le fabricant japonais Tmusk est équipé d’une caméra qui lui permet de reconnaitre les enfants munis d’une carte code-barre. Ainsi, il peut les appeler par leur prénom et vérifier qu’ils sont présents autour de lui. Il peut également discuter avec les enfants même si son vocabulaire reste pour le moment limité. Aeon et Tmusk réfléchissent à ajouter plus de robots dans les magasins pour assister les clients dans les rayons, en les aidant à mettre les courses dans les caddies, à les informer sur les nouveautés produits etc…

Cette expérience inédite a aussi pour but de familiariser les enfants et les prochaines générations à vivre entourées de robots. Car selon le constructeur, ils feront partie de leur quotidien.

Il est vrai que le Japon reste le champion mondial incontesté de la robotique, tant en matière de recherches que d’applications. Toshiba a ainsi présenté, il y a quelques mois, une caméra capable de reconnaître une personne, même à 3 mètres de distance. Le coût du dispositif – 2,83 millions de yens, environ 17.600 euros – le cantonne pour l’instant au contrôle d’accès des bâtiments. Mais, sous réserve de simplification et de production en grandes séries, le procédé pourrait un jour remplacer les identifiants et mots de passe que nous devons tous taper avant d’ouvrir une session personnelle sur un ordinateur ou un site Web.

En mars 2007, une équipe du laboratoire Intelligent Systems de l’université de Tokyo, dirigée par le Professeur Yasuo Kuniyoshi a, pour sa part, fait une démonstration d’un Robot humanoïde bipède capable de soulever un paquet de 30 kg d’une étagère ou encore de tirer à lui en le décollant du sol par dessous des deux bras un mannequin de taille humaine de 66 kg. Le robot mesure 1,55m et pèse 70 kg. L’humanoïde utilise son corps entier pour pousser ou tirer des objets grâce aux indications des capteurs, surtout dans les mains et les pieds, qui aident à déterminer la force nécessaire à fournir par les différents membres.

En octobre 2007, des chercheurs japonais de l’institut national des technologies de l’information et de la communication japonais (NICT) ont par ailleurs réussi à mettre au point un robot humanoïde qui sait communiquer par la parole et par les gestes. Selon les concepteurs de ce robot, c’est la première fois au monde qu’une équipe parvient à mettre en œuvre un mécanisme qui donne la capacité à un être mécatronique d’accorder réellement le geste à la parole, pour s’exprimer de façon intelligible et rationnelle.

La plupart des économistes s’accordent sur le fait que les robots de nouvelle génération (e-japan) représenteront en 2020 une des industrie-clés du Japon, au même niveau que l’industrie automobile. On retrouvera ces robots partout, robots que l’on peut distinguer selon quatre groupes : les robots communicants (vie à la maison, accomplissement de certaines tâches). On pourrait citer ici des robots comme Asimo, Qrio, Aibo. Le deuxième groupe concerne les robots effectuant des tâches ménagères, comme par exemple celle de passer l’aspirateur. Le troisième groupe est celui des robots allégeant les charges de travail, dans les entreprises ou dans les hôpitaux. Citons par exemple le C4 (robot gardien), Hospi (robot infirmier), My spoon (aide soignant). Enfin, le dernier groupe rassemble les robots effectuant des tâches dangereuses : secours par exemple lors de séismes, aide dans l’espace, etc.

Sur un total d’environ un million de robots en activité dans le monde, 40 % le sont au Japon, 30 % en Europe de l’Ouest, et 15 % aux Etats-Unis. Mais en dépit de ce fort taux de robotisation, le taux de chômage au Japon reste plus de deux fois inférieur à celui de la France. Car si les robots remplacent ou secondent les hommes dans les tâches les plus ardues sur les chaînes de production, les humains sont toujours là pour les développer, les programmer, les contrôler, les maintenir, les faire évoluer…

L’industrie des robots japonaise, qui comprend quelque 150 entreprises, compte sur la rapide montée en puissance des pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine, Indonésie, Afrique du Sud, Turquie, Argentine) qui s’industrialisent et font un usage croissant d’automates. Selon l’association des fabricants nippons, le marché des robots d’usines va continuer de croître à un rythme soutenu pour atteindre 6,5 milliards d’euros en 2010. Quant au marché global de la robotique, il devrait atteindre au Japon 18 milliards d’euros en 2020.

Il reste qu’il y a un véritable saut qualitatif entre un robot capable de remplir une liste de tâches simples dans un environnement connu et un robot qui, confronté à un événement totalement imprévu, va pouvoir "imaginer" la bonne réaction, ce qui est le propre de l’intelligence humaine. Les robots de prochaine génération, et notamment ceux destinés aux services à la personne, devront également être capables de mimer toute une palette d’émotions dans leur comportement pour être acceptés sans réserve dans l’intimité de nos foyers.

Reste enfin la question du contrôle social : comment s’assurer que la masse d’informations personnelles recueillies par ces robots de compagnie ne soient pas utilisées à des fins mercantiles ou dans un but de contrôle politique. A cet égard, la généralisation des robots d’assistance personnelle va poser à nos démocraties un véritable défi. Faire passer les robots de l’usine ou du bureau au foyer n’ira donc pas de soi mais cette évolution reste cependant inéluctable compte tenu des avancées technologiques et des besoins socio-économiques liés au vieillissement accéléré de nos sociétés. Il serait temps que notre pays prenne pleinement conscience des conséquences sociales, culturelles et éthiques de cette révolution technologique qui nous touchera de plein fouet d’ici 20 ans.

[ Archive ] – Cet article a été écrit par René Trégouët

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