L’oléochimie en Chine, un secteur d’activité en développement

Le marché mondial de l’oléochimie comprenant notamment les acides gras et les alcools gras était, en 2010, estimé à 13 millions de tonnes et devrait atteindre les 15 millions de tonnes en 2018.

Ces 25 dernières années, l’Asie a connu un développement rapide de son industrie oléochimique et aujourd’hui, la zone Asie Pacifique domine le marché de l’oléochimie avec 60% de la capacité de production totale. Alcimed, société de conseil en innovation et développement de nouveaux marchés, dresse le tableau du marché de l’oléochimie en Chine utilisé dans les industries agroalimentaire, cosmétique ou pharmaceutique.

Matières premières de l’oléochimie, les huiles végétales sont encore largement destinées à l’alimentation

Matières premières de l’oléochimie, les huiles végétales ont été produites en 2012 à hauteur de 160 millions de tonnes dans le monde pour les 9 principales huiles végétales (1).

La Chine qui annonce en produire 20 millions de tonnes est le leader mondial pour les huiles de soja, d’arachide et de graine de coton mais elle ne produit quasiment pas d’huile de palme et est, pour cette huile largement utilisée en oléochimie, entièrement dépendante de ses importations qui s’élèvent à plus de 6 millions de tonnes sur un total d’importation d’huiles végétales de 9 millions de tonnes.

Traditionnellement réservées à l’alimentation, les domaines d’utilisation des huiles végétales se sont largement diversifiés au niveau mondial. En 10 ans, la part des utilisations non alimentaires a doublé pour atteindre aujourd’hui 30%. Cependant, cette évolution concerne essentiellement l’Europe et les Etats-Unis alors qu’en Chine, tout comme en Inde, la part non alimentaire atteint à peine 10% des utilisations des huiles végétales. Parmi ces utilisations non alimentaires, en Chine, les industries du plastique, du caoutchouc et du textile sont les premières consommatrices d’acides gras dérivés des huiles végétales.

L’industrie oléochimique chinoise stimulée par l’arrivée des multinationales étrangères dans les années 2000
Avant les années 2000, l’activité des industries chinoises en oléochimie était insignifiante en raison de l’utilisation de technologies obsolètes et la disponibilité d’une offre produits limitée.

Depuis, sous l’impulsion du gouvernement, les industries chinoises ont commencé à se doter des technologies étrangères, essentiellement allemandes et italiennes, plus sophistiquées, améliorant rendement et qualité. Cette filière a également fortement bénéficié des apports technologiques des multinationales venues s’installer en Chine. Ainsi, Wilmar, société Singapourienne déjà présente en Chine depuis les années 90 avec la société Yihai Kerry, a démarré son activité oléochimique en 2005 en Chine. Autre exemple, la multinationale KLK Oléo, originaire de Malaisie, a ouvert en Chine la société Taiko Palm Oleo en 2004.

Une présence de l’industrie oléochimique essentiellement dans les provinces de l’Est de la Chine

D’un point de vue géographique, il est intéressant de constater que la plus grande partie de la production oléochimique chinoise se concentre dans les régions de l’Est de la Chine, 43% de la production chinoise d’acide gras provient ainsi de la province de Jiangsu située au Nord de Shanghai.

Une montée en gamme revendiquée par les acteurs chinois de l’oléochimie

Aujourd’hui, les composés oléochimiques produits en Chine restent basiques, il s’agit essentiellement d’acides gras et d’alcools gras. En 2011, 2 millions de tonnes d’acides gras et 800 000 tonnes d’alcools gras, soit 20% de la production mondiale, provenaient de Chine, ce qui représente le double de la production américaine ou européenne. Cette production chinoise reste largement dominée par les multinationales mais quelques sociétés chinoises font partie des acteurs majeurs comme les sociétés Rugao Shuangma et Jiahua qui ont des capacités de production supérieures à 250 000 tonnes respectivement pour les acides gras et les alcools gras.

A côté de cette production de base tendant à une surcapacité et afin d’accroitre leur profitabilité, certains acteurs chinois déclarent vouloir produire des dérivés plus complexes et revendiquent des efforts en recherche et développement accrus. « La société chinoise Zhejiang Zanyu Technology (2), avec un laboratoire de recherche très dynamique (3) dans le domaine des surfactants, fait partie des entreprises chinoises innovantes en oléochimie et cette société collabore régulièrement avec des laboratoires universitaires chinois.», précise Valérie Michaut, consultante Chimie-Matériaux chez Alcimed.

L’analyse menée par Alcimed démontre que le marché de l’oléochimie en Chine doit faire l’objet d’un suivi attentif car il peut être à l’origine d’innovation produits ou procédés. « L’augmentation attendue de la demande locale pour des produits comportant des composés issus de l’oléochimie, combinée à une montée en compétence des industriels chinois de l’oléochimie, tendent à indiquer que ce marché devrait connaître une forte croissance à court terme » conclut Pierre Gadrat, directeur de la BU Chimie-Matériaux d’Alcimed.

Reste cependant la question de l’accès aux matières premières : la Chine sera-t-elle pénalisée à cause de sa dépendance vis-à-vis de ses importations en huile de palme, matière première prépondérante dans l’industrie oléochimique ?

(1) Palme (palm et palm kernel), soja, pépins de raisin, arachides, graines de coton, tournesol, noix de coco, olive
(2) La société chinoise Zhejiang Zanyu Technology a été privatisée en 2000 par le gouvernement chinois.
(3) Une cinquantaine de publications et une vingtaine de brevets revendiqués

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